‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 147 sur 198 · LIVRE XVIII. - isir · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. - isir

nuées par les marches, les combats, les revers et les privations, s'abandonnèrent bientôt à l'indiscipline. L'impossibilité de faire vivre les soldats par des distributions régulières motiva et justifia leurs dispositions. Chacun s'occupa, avant tout, à trouver sa subsistance; et, comme l'esprit militaire était éteint, comme un abattement et un dégoût que rien ne saurait rendre le remplaçaient, tous ceux qui s'étaient éloignés des drapeaux jetèrent leurs armes et marchèrent un bâton à la main. Sur soixante mille hommes qui restaient encore, vingt mille étaient ainsi formés en troupes de huit ou dix hommes, couvrant toute la campagne, et marchant sur les flancs des colonnes, bivaquant pour leur compte. Les plaines et les vallées étaient, chaque nuit, couvertes d'une quantité de feux épars, et placés sans régularité. Ces soldats reçurent de l'armée un surnom devenu historique, qui rappelait leur unique occupation, la recherche des moyens de vivre ; on les appela les fricotenn.

Au commencement d'octobre, les négociations qui déjà existaient depuis quelque temps entre l'Autriche et la Bavière, prirent un caractère sérieux, et se terminèrent par une alliance. L'armée du général de Wrede, qui, dans l'intérêt de l'alliance française, était rassemblée sur les bords de l'Inn, et couvrait la Bavière contre les troupes de

l'Autriche, commandées par le prince de Reuss, se réunit à celles-ci pour nous attaquer. Se plaçant sous les ordres mêmes du général de Wrede, elles se mirent en marche pour se porter sur nos derrières et couper nos communications. Dès le 15 octobre, cette armée avait commencé son mouvement. Le 17, elle était à Landshut; le 20, à Nordlingen ; le 22, à Anspach, et le 24 devant Wùrtzbourg. Le général Tarreau commandait dans cette ville avec une garnison de douze cents hommes. Jl refusa d'en ouvrir les portes. De Wrede fit mettre en batterie tous les obusiers de son armée, et bombarder la ville pendant la nuit, mais sans effet. Plusieurs sommations ayant été infructueuses, il se disposait à donner l'assaut à cette ville, dont l'étendue était beaucoup trop grande pour la faible garnison qui l'occupait, lorsque le général Tarreau consentit à la lui remettre et à se retirer dans la citadelle. L'armée austro-bavaroise continua son mouvement sur Aschaffenbourg et sur Hanau. Son avant-garde entra dans cette ville ; mais, chassée par une première colonne qui marchait à deux journées en avant de l'armée, les Bavarois, soutenus par des renforts, y rentrèrent après son passage. Obligés de nouveau d'évacuer la ville et d'attendre la division du général Lamotte, cette division et celle du général de Roy étant arrivées,

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