‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 148 sur 198 · LIVRE XY11I · texte numérisé non relu

LIVRE XY11I

ils occupèrent la ville et les bords de la Kinzig. Le 29, Wrede dirigea la division Rechberg sur Francfort. Elle y arriva le 50, et occupa le faubourg de Sachsenhausen. Une avant-garde autrichienne de cette même armée se porta sur Gelnhausen, et prit position à Altenhausen. Toute l'armée de Wrede, forte de cinquante mille hommes, était rassemblée sur le terrain le plus favorable pour agir contre l'armée française. Il eût dû porter toutes ses forces à l'entrée du défilé de Gelnhausen; jamais il n'aurait été au pouvoir de l'armée française de déboucher; mais il se tint timidement dans la plaine, peu en avant de la Kinzig, et à portée de repasser cette rivière et de se retirer dans la vallée du Mein, s'il était battu.

Ce même jour, 29, l'avant-garde de l'armée française culbuta la brigade autrichienne de Wolkmarin, placée à peu de distance de Gelnhausen. Vers trois heures après-midi, elle arriva devant Langenselbold qui était occupé par une division bavaroise. Cette division fut forcée à se retirer. L'armée ennemie s'établit alors de la manière suivante, en position en avant de Ilanau et de la Kinzig. Elle avait cette rivière à dos; sa droite, composée de la division Beckcr, appuyée à la rivière et à la ferme de Neuhof. Venait ensuite une partie de la division autrichienne du général

de Fresnel. Au delà de la route de Francfort était placée la division bavaroise de Lamotte. Plus à gauche était la cavalerie bavaroise et une nombreuse artillerie. Cette ligne était terminée par le reste de la division de Fresnel, et des Cosaques qui voyaient la route de Friedberg. Enfin la division du général Bach occupait la ville de Hanau.

Le 50, au matin, l'armée française, aussitôt qu'elle fut à portée, et qu'elle put se développer dans la plaine, mit en action sa cavalerie et l'artillerie de la garde. La cavalerie aux ordres du général Sébastiani les soutint. L'ennemi, écrasé par le feu auquel il fut soumis,., pressé par les charges qu'il eut à supporter, plia. Quand il fut arrivé à la lisière du bois, plusieurs milliers de tirailleurs furent chargés de l'y suivre. Les troupes peu nombreuses du duc de Bellune et du duc de Tarente reçurent cette mission. Deux bataillons de chasseurs de la vieille garde, commandés par le général Curial, eurent l'ordre de les soutenir. La manière dont ces deux bataillons se portèrent en avant et culbutèrent ce qu'ils avaient devant eux fut un objet d'admiration pour ceux qui en furent témoins.

Appelé par le feu, dont j'entendais le bruit, et par les ordres que je reçus, je hâtai ma marche et j'arrivai à temps pour prendre part au combat avec la tète de ma colonne. Une charge de six cents hom-

Page 1