‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 155 sur 198 · LIVRE XVIII. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. — CORRESPONDANCE

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT

« Pirna, le 16 septembre 1815, neuf heures du matin.

« L'Empereur a chassé hier l'ennemi au delà de Peterswald, mais il occupe encore le col des hautes montagnes, entre Peterswald et Nollendorf. Sa Majesté le fera attaquer aujourd'hui à midi pour le chasser et le rejeter entièrement au delà des montagnes.

« Sa Majesté a appris avec plaisir la nouvelle du convoi ; votre présence, monsieur le maréchal, ainsi que celle du roi, dans toutes ces directions, est utile, parce qu'elle menace Berlin; Sa Majesté suppose d'ailleurs que cela fait un moment de repos pour votre corps, comme pour la grosse cavalerie.

« Sa Majesté a déjà fait connaître qu'il fallait occuper Radebourg et Kônigsbruck. Elle suppose que cela est fait; elle suppose aussi qu'on se sera mis en correspondance avec le prince de la Moskowa en établissant un bateau à la hauteur de l'endroit où se trouve le roi.

« L'Empereur désire, monsieur le maréchal, que vous envoyiez un officier reconnaître le château de Meissen, le pont, la tête de pont; savoir si elle est armée et si tout est en bon état.

c< Le prince vice-connétable, major-général,

« Alex andre. »

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MÀRMONT

« Pirna, le 20 septembre 1813, quatre heures du matin.

« Mon cousin, la journée d'hier et cette nuit sont si horribles, qu'il n'y a pas moyen de bouger. — Le duc de Ta rente a donné une fausse alarme. Vous devez rester, jusqu'à nouvel ordre, dans votre position; il n'est pas probable que l'infanterie ennemie ose s'avancer. Si cela était, je viendrais vous renforcer et nous livrerions bataille, ce qui serait une chose bien avantageuse, mais qui parait opposée à leur système. La grande affaire de ce moment parait être de conserver les armes et les cartouches le plus possible.

a Napoléon. »

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT

« Harta, le 25 septembre 1815, une heure après midi.

« Mon cousin, l'ennemi a repassé en désordre la Sprée. Le duc de Tarente doit, dans ce moment, être entré à Bautzen. — Mon intention est de faire remplacer le général Normam par une colonne du corps du duc de Tarente dans la journée de demain et de vous donner ordre de vous replier demain sur Meissen. Aussitôt que le roi de Naples sera revenu

LIVHE XVIII. — CORRESPONDANCE. 315

à Dresde, le général Latour-Maubourg sera sous vos ordres. Je dirige sur Meissen le troisième corps, qui sera également sous vos ordres. Il arrivera à Meissen le 25 ou au plus tard le 26. — Cela vous fera une forte armée, avec laquelle vous serez prêt à vous porter partout où les circonstances l'exigeraient. Faites préparer des vivres à Meissen et dans les bailliages environnants. J'attache une haute importance au pont de Meissen. Pressez les travaux du pont de Meissen, et fournissez tous les ouvriers nécessaires aux travaux de la tête de pont. 11 est inutile de changer le pont de bateaux, puisque j'espère que, sous huit jours, le pont de pierre sera réparé. — J'aurai un pont à Kœnigstein, un pont à Pirna, un pont à Pilnitz, trois ponts à Dresde et un pont à Meissen. J7ai ordonné de construire, à une demi-lieue en avant du camp retranché de la rive droite à Dresde, deux redoutes, l'une sur la route de Berlin, et l'autre sur celle de Bautzen. Le duc de Tarente est chargé de la garde de camp retranché, et occupera tous les débouchés de la forêt par des postes retranchés à deux lieues en avant. — Par ce moyen, je pourrai disposer des troisième, cinquième et huitième corps, et de la plus grande partie de la cavalerie du général Sébastiani, ainsi que de toute ma garde. Avec ces forces, je battrai l'ennemi de l'œil, afin de profiter de la première

faute qu'il pourrait faire. — Envoyez un officier au prince de la Moskowa pour lui faire connaître verbalement le contenu de cette lettre, afin d'éviter que celui-ci puisse tomber entre les mains de l'ennemi. — Le général Lefebvre-Desnouettes a battu Thielmann et a rétabli la communication avecErfurth. Je viens aussi de recevoir sept estafettes de Paris tout à la fois. — Le cinquième corps de cavalerie restera à Grossenhayn, et sera chargé de couvrir les routes de Meissen, de Moritzbourg, etc. — Tenez vos postes en avant de Meissen le plus loin que vous pourrez et aussi longtemps qu'il sera possible. — Faites travailler, je vous le répète, avec la plus grande activité à la tête de pont de Meissen en faisant relever vos ouvriers trois à quatre fois par jour. — Vous verrez, par les ordres que vous recevrez du major général, que, dès que vous aurez repassé FElbe, vous devez placer vos postes de manière à garder parfaitement la rive gauche jusqu'à Torgau. Le troisième corps y sera plus particulièrement destiné. — Je vous écrirai plus en détail de Dresde, où je serai ce soir.

« Napoléon. »

« P. S. Ne faites aucun mouvement que vous n'en receviez l'ordre du major général. »

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