‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 183 sur 198 · LI.VÎIE XVIII. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LI.VÎIE XVIII. — CORRESPONDANCE

réussit sur tous les points; mais vous n'employez aucune des précautions dont on se sert à la guerre. Comment, depuis deux jours, avec trente mille hommes, n'avez-vous fait aucun prisonnier1? Le fait est que votre corps est un des plus beaux de l'armée, qu'il est en bataille contre rien, et que vous manœuvrez comme si vous aviez, à une lieue et demie de vous, une armée campée, tandis qu'il est clair qu'avant-hier et hier vous n'avez vu personne.

« Napoléon. »

napoléon au maréchal mahmont.

« Rcudnitz, le 10 octobre 1813, six heures du matin.

« Mon cousin, il me parait que rien n'annonce que l'ennemi veuille déboucher par Halle, et qu'il n'y a là qu'un corps de cavalerie. Il parait douteux qu'on ait vu hier, comme on le prétend, quelques bataillons d'infanterie. — A la rentrée des reconnaissances, ce matin, cela sera entièrement vérifié, et, comme je vais faire attaquer les Autrichiens, je pense qu'il est convenable que vous passiez la ville au pont de la Partha, dans le faubourg

1 Comment faire des prisonniers à quatre ou cinq mille hommes <!<• cavalerie qui nous entouraient, quand on a moins de mille à douze cents

eli. vaux?

[Note du duc de Raguse.)

et que vous veniez vous placer en réserve, à une demi-lieue de la ville, entre Leipzig et Liebertwolkwitz, vos divisions en échelons. De là vous pourrez vous porter sur Lindenau, si l'ennemi faisait une attaque sérieuse de ce côté, ce qui me paraîtrait absurde. Je vous appellerai à la bataille, aussitôt que je verrai la force de l'ennemi et que je serai certain que l'ennemi s'engage. — Enfin vous pourrez vous porter au secours du général Bertrand qui placera des postes sur votre position, si, ce qui n'arrivera probablement pas, une armée ennemie pouvait paraître sur le chemin de Halle. — Il faudra vous tenir, de votre personne, sur la grande route, hors de la ville. Il faudra laisser la division Lorge au général Bertrand, afin que cette division, soutenue par l'infanterie du général Bertrand, occupe toujours vos postes avancés.

« Napoléon. »

le maréchal marmont au major général.

« 19 octobre 1813.

« Monseigneur, la part qu'a prise le sixième corps d'armée aux batailles des 16 et 18 octobre, devant Leipzig, étant de nature à mériter l'intérêt de Sa Majesté, je crois de mon devoir de vous en adresser le rapport.

« Le sixième corps était placé, depuis plusieurs jours, à Liebenthal, chargé d'observer les mouvements de l'ennemi, qui pourrait déboucher de ce côté. Le 16, au matin, Sa Majesté étant dans l'intention d'attaquer l'ennemi, et aucun corps d'armée considérable ne s'étant encore montré devant moi, je reçus l'ordre de me rapprocher de Leipzig, afin, tout en le couvrant, d'être plus à même de prendre part, s'il y avait lieu, au combat qui devait se livrer de l'autre côté de cette ville. Je mis en marche mes équipages, et bientôt après mon corps d'armée s'ébranla.

« A peine mon mouvement était-il commencé, que de grosses masses de troupes ennemies débouchèrent par les routes de Halle et Gandsberg.

« Il était trop tard, et j'étais trop faible, pour occuper la position de Liebenthal. En conséquence, je continuai ma marche sur Leipzig, en soutenant mon mouvement par une vive canonnade. L'ennemi nous suivit avec activité, en ne montrant touteibis que des forces qui n'étaient pas trop supérieures aux miennes.

« J'avais deux partis à prendre: ou continuer nia marche et passer par le défilé de Leipzig, sous le feu et les efforts de l'ennemi, avec tous les désavantages que le terrain comporte, ou de faire face à l'ennemi.

o J'y fus d'autant plus décidé, que je reçus plusieurs fois du prince de la Moskowa l'assurance que la disposition ordonnée par Sa Majesté pour que le troisième corps me soutint était exécutée, et qu'il marchait à mon secours. Je m'arrêtai donc; je fis face à l'ennemi, j'occupai la position qui a sa droite au ruisseau d'Eutritzet sa gauche à l'Elster, au village de Meckern, et je me préparai à combattre, soutenu par près de cent pièces de canon.

L'armée ennemie marcha à moi avec rapidité. Ses forces semblaient sortir de dessous terre; elles grossirent à vue d'œil : c'était toute l'armée de Silésie.

« L'attaque de l'ennemi se dirigea d'abord sur le village de Meckern. Ce village fut attaqué avec vigueur, et l'ennemi supporta tout le feu de mon artillerie. Il fut défendu de même par les troupes de la deuxième division, sous les ordres du général Lagrange. Le 2e régiment d'artillerie de marine, qui était chargé de ce poste, y mit vigueur et ténacité ; il conserva ce village pendant longtemps, le perdit et le reprit plusieurs fois. Mais l'ennemi redoubla d'efforts et envoya de puissants secours, ne s'occupant que de ce point. Alors je fis exécuter un changement de front oblique par brigade, ce qui forma immédiatement six lignes en échelons, qui étaient également bien disposées pour soutenir ce village, où paraissait être toute la bataille.

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