‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 5)Chapitre 74 sur 126 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

lonel Fabvier, arrivant en toute liàte d'Essonne, vint maiinoncer que, peu de temps après mon départ lie cette ville, plusieurs officier.s d'ordonnance étaient venus me chercher pour aller trouver l'Empereur à Fontainebleau, et le dernier venu avait ajouté que, puisque le maréchal était absent, le général commandant à sa place devait se rendre au quartier général impérial. Effrayés de cette injonction, les généraux, croyant avoir des dangers à courir, n'avaient trouvé rien de mieux pour s'y soustraire que de mettre les troupes en mouvement pour franchir les lignes ennemies. Le colonel Fabvier les avait rejoints lorsque la tête des troupes était déjà au pont sur la grande route. Il avait fait aux généraux les plus énergiques représentations sur leur détermination. Il leur avait demandé d'attendre mon retour et les ordres qu'il irait chercher. Ils l'avaient promis formellement. A l'instant, je fis partir mon premier aide de camp, Denys de Damrémont, pour Essonne. Je me disposais à m'y rendre, lorsqu'un officier étranger, envoyé à l'empereur Alexandre, vint annoncer que le ^ sixième corps devait être, en ce moment, arrivé à Versailles. Aussitôt après le départ du colonel Fabvier, les généraux avaient repris l'exécution de leur coupable dessein. Tel est l'historique de ces événements.

264 MÉ.MOIl'.KS Wl HL'C DE UACUSii.

Lorsque, en 1815, je crus de mon devoir de publier une réponse aux accusations dont j'éliiis {"objet, je rendis compte de cette circonstance, et je m'expliquai ainsi :

• « Les généraux avaient mis les troupes en mouvement pour Versailles, le 5 avril, à quatre lieures du matin, effrayés qu'ils étaient des dangers personnels dont ils croyaient être menacés et dont ils avaient eu l'idée par l'arrivée et le départ de plusieurs officiers d'état-major, venus de Fontainebleau le 4 au soir. La démarche était faite et la chose irréparable. »

Ces événements étaient alors si récents, que j'eusse été, à coup sûr, contredit par ceux qui y avaient pris part, si j'eusse le moins du monde altéré la vérité, et certainement je n'aurais pas entrepris de me justifier ; mais il est une preuve bien plus positive. J'ai entre les mains une lettre du général BordesouUe, écrite de Versailles, par laqueHe ce général, en m'annonçant l'arrivée du corps d'armée dans cette ville, s'excuse par les raisons que j'ai détaillées, davoir enfreint mes ordres'. Ainsi que je le disais en 1815, la démarche

' « Veisriillfs. le S avril 1814 « Monseigneur,

« M. le colonel FaLvier a clù dire à Votre Excellence les n.otifs qui nous ont eno-ascs à exécuter le niçuvenient que nous éti(/ns convenus de sus-

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