‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 10 sur 156 · LIVRE XXV. — 18ÔD · texte numérisé non relu

LIVRE XXV. — 18ÔD

M. Mayer a modifié d'une manière avantageuse la construction des fourneaux. Il est l'inventeur de la belle couleur bleue, dont, au surplus, il fait un secret. Il m'a donné les renseignements suivants sur la manière dont on opère dans sa fabrique. Le travail est continu, et les fourneaux ne sont éteints qu'après un roulement de vingt-buit à trente semaines. Cbaque fourneau contient sept pots; les matières premières, silice, potasse ou soude et cbaux, y sont placées. Vingt ou vingt-quatre beuressont nécessaires pour que la pâte soit dans l'état convenable. Alors les ouvriers viennent la mettre en œuvre. Après dix heures de travail environ, les pots sont vides. On les remplit de nouveau, et les ouvriers vont se reposer jusqu'au moment où le travail recommence.

Je visitai ensuite plusieurs établissements d'agriculture. J'ai trouvé les bêtes à laine de bonne espèce, mais de petite taille. Deux faits m'ont paru curieux : on nourrit à la paille les vacbes, en soumettant auparavant la paille à une fermentation qui dégage de l'alcool et lui donne, au moment où on la distribue, une température assez élevée. A cet effet, on la place par lits successifs et saupoudrés de sel. Ces lits sont mouillés et pressés convenablement dans des cuves de trois pieds de baut, ouvei-tes sur un des côtés. Au bout d'un certain temps.

lorsque la paille exhale une odeur alcoolique, on la distribue au bétail, qui mange cette nourriture avec plaisir. Par ce procédé, les vaches donnent beaucoup de lait, et l'on obtient une grande économie. On m'a dit aussi que les vaches nourries au seigle vert donnaient quatre fois plus de lait que celles nourries au trèfle vert.

Enfin, avant de quitter les établissements du prince de Schwarzenberg, j'ai été voir une mine de graphite, qu'il exploite avec avantage. Sa profondeur est de cent pieds. Il y a un appareil d'épuisement mû par une machine à vapeur. Chaque année, on extrait de dix à douze mille quintaux, que l'Angleterre consomme en très-grande partie.

Je quittai Rothenhof le 2 juillet, et je pris la route de Prague. Pendant les deux premiers tiers, le pays est varié et ondulé; les sommets et les coteaux sont couverts de bois , et l'aspect du paysage est assez beau ; une culture soignée l'embellit constamment. En approchant de Prague, le pays change de caractère; des plateaux élevés et nus environnent la ville et la cachent à la vue.

Le Hradschin seul, bâti sur le plateau de la rive gauche de ia Moldau, offre un coup d'œil magnifique. La ville, au premier abord, paraît immense, mais dépeuplée. Son enceinte fortifiée, qui est peu

Page 1