LIVRE XXV
de chose , ne doit être considérée que comme un camp retranché.
J'allai voir les autorités, le grand burgrave, comte de Choteck, qui se mit à ma disposition pour me faire voir ce que la ville renferme de curieux. Je vis aussi le commandant de la province, un émigré français, comte de Poullié, qui a pris un nom allemand et s'appelle aujourd'hui comte de Mensdorff. Il a fait une grande fortune en épousant une princesse de Cobourg, sœur du duc régnant, et se trouve ainsi beau-frère du roi des Belges, oncle de la reine d'Angleterre, du roi de Portugal, du duc de Nemours, etc.
Cette division de l'Allemagne en petites souverainetés, dont les princes sont d'un rang égal à celui des têtes couronnées, produit des alliances extraordinaires et qui donnent à l'aristocratie allemande un caractère particulier. La fortune élève quelques-uns de ces princes intermédiaires, tandis que la pauvreté ou le hasard abaisse les autres; et il se trouve que, entremêlés en même temps dans des familles de gentilshommes et de rois, de simples particuliers appartiennent de très-près à de grands souverains : ce qui relève la noblesse et abaisse ceux qui occupent des trônes.
Il résulte au moins de cet inconvénient un avantage, c'est de rappeler à ceux-ci que, s'ils sont l'ob-
jet du respect et des hommages, ils ne sont cependant pas étrangers à l'humanité, comme certains individus de race royale, bien connus de moi, en sont convaincus.
La ville de Prague mérite l'examen le plus attentif. Elle porte le cachet d'une grande capitale déchue, mais qu'une industrie vivace relève et enrichit. La beauté de ses palais, dont l'architecture rappelle l'Italie, lui donne une physionomie imposante.
Le Hradschin, quartier le plus ancien de la ville, renferme le palais, la cathédrale, le musée et les habitations des principaux seigneurs.
Le palais est vaste, mais sans architecture et ^ans caractère. J'ai visité la salle d'où, au commencement delà Réforme, on jeta par les fenêtres divers membres des États, qui furent la plupart sauvés par une espèce de miracle. La salle de représentation et de cérémonie est grande et belle, quoique un peu basse et d'un décor mesquin. La salle des fêtes, dite d'Espagne, est magnifique et dans les plus belles proportions. Joseph II, qui avait le besoin de tout rabaisser, de flétrir tout ce qui a de la grandeur et rappelle de grands souvenirs, avait transformé le palais en caserne; mais François I", mieux inspiré, a rétabli les choses telles qu'elles étaient autrefois.