‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 9 sur 156 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

Le prince Adolphe s'occupe avec ordre de l'administration de ses terres. Il a adopté pour système de réduire le plus possible la culture directe à laquelle il est obligé de se livrer. Aujourd'hui, les terres qui sont labourées à son compte ne dépassent pas dix-huit mille jochs ou dix mille hectares; mais il y a quarante mille jochs en prairies dont il récolte les produits ou qu'il loue en nature. Ses troupeaux de mérinos s'élèvent à cinquante mille têtes. Ses étangs factices, qui tour à tour sont mis en culture ou empoissonnés, lui rendent cent trente mille francs. Les brasseries figurent dans ses revenus pour cent quarante mille francs, et enfin il paye cinq cent mille francs d'impôts.

Tels sont les éléments de cette fortune colossale qu'une bonne administration rendrait plus considérable encore. Il y aurait mille détails intéressants dans lesquels je pourrais entrer; mais j'ai cru devoir me borner à présenter les masses et les résultats.

Les belles manufactures de cristaux dont le pays

est rempli prospèrent beaucoup. Depuis bien des

années, cette industrie est propre à la Bohême. Les

fabriques françaises leur sont très-postérieures et

ne les égalent pas dans la beauté des produits.

La blancheur, l'éclat des couleurs, les mettent

aussi bien au-dessus des fabriques anglaises, où IX. 2

f8 MEMOIRES DU DUC DE UAGUSE.

l'on emploie le plomb de préférence à la chaux.

Le verre est un sel double de silice combiné avec la potasse ou la soude et de silice combiné avec la chaux ou le plomb. Quand on emploie la potasse au lieu de soude, le verre peut se dissoudre dans l'eau. Aussi le bon verre est-il toujours fabriqué avec la soude, ce qui le rend plus cher.

Chaque jour de nouvelles fabriques s'élèvent. Elles sont au compte des fabricants, et le seigneur, dont elles portent le nom, n'y est que pour l'emplacement quil a fourni. Le bois, qu'il leur vend à un prix fixe, leur*^ssure un affouage. Nous allâmes en visiter plusieurs, et en particulier celle qui porte le nom de Leonor-Hain, buisson de Laure (la princesse de Schwarzenberg s'appelle Laure), et nous y couchâmes.

En 1855, rien n'existait encore dans ce lieu. Un fabricant de grand talent, je dirai même de génie, fils d'un simple ouvrier, nommé Mayer, l'a créé comme par enchantement. Un pays sauvage et triste a été transformé en un vallon gracieux. Trois fourneaux ont été élevés; trente ouvriers et cent quatre-vingt-treize tailleurs ont reçu de l'emploi. Les plus beaux ouvrages sortent de leurs mains et sont donnés au public au prix le moins élevé. Cependant ce fabricant redoute la concurrence de la France pour ses exportations en Italie.

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