‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 12 sur 156 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

l.a cathédrale touche le château. Le chœur seul a été construit; la nef et les bas-côtés sont restés en projet. Ainsi cette église est petite, mais d'un beau gothique. De nombreuses chapelles, très-ornées, en environnent le pourtour. Un saint Venceslas, duc de Bohême, y a son tombeau. L'église est sous l'invocation de saint Jean Népomucène, saint en grande vénération dans le pays. La famille royale de France, exilée, qui, pendant son séjour à Prague, remplissait ses devoirs de piété dans cette église, lui a fait cadeau de beaux ornements. Charles X, entre autres choses, lui a donné un ostensoir d'un travail estimé, qui pèse quinze livres. Un beau tableau est placé sur le maître autel : il est de Jean de Maubeuge et représente saint Luc faisant le portrait de la Vierge.

De la cathédrale j'ai été voir le musée. La salle de peinture se compose de tableaux fort nombreux, réunis dans le même local, et appartenant à divers particuliers. On conçoit qu'avec de pareils éléments on n'ait pas été difficile sur l'admission. Il y a cependant un beau Titien, des Carlo Dolce, et particulièrement de belles choses de l'école allemande.

Après la galerie, j'ai visité le musée national, réunion d'objets précieux, fondé et entretenu par une société. En général, beaucoup d'établissements

créés dans l'intérêt du bien public sont fondés aux frais des particuliers. 11 y a chez les seigneurs de Bohême beaucoup de patriotisme et de sentiments généreux dans l'intérêt de la gloire nationale. Une collection de minéraux et d'objets d'histoire naturelle, établie par ordre scientifique, et donnée par le comte de Slernberg, savant distingué, fondateur et bienfaiteur de cet établissement, s'y trouve placée. La bibliothèque, qui s'augmente chaque jour, renferme six cents manuscrits précieux. Il y a aussi une collection complète de médailles et monnaies de la Bohême, qui ne réunit pas moins de six mille pièces. L'étude de ces monnaies et médailles serait d'un grand intérêt à divers titres.

Je désirais voir le champ de bataille du 6 mai 1757, où le grand Frédéric remporta une victoire signalée sur l'armée autrichienne. Le lieutenantcolonel Rondolphe, du régiment de la Tour, vint me prendre pour m'y conduire avec les cartes et plans nécessaires. Le prince Charles de Lorraine commandait l'armée autrichienne, qui était de dix mille hommes plus forte que l'armée prussienne; mais les dispositions de ce général furent telles, que la victoire devait lui échapper. Jamais armée ne fut conduite d'une manière plus stupide. Le roi de Prusse arrivait par la gauche de la Moldau avec trois corps d'armée, et venait de Saxe. Le feld-ma-

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