LIVRE XXVI. - CORRESPONDANCE. t
c( Je VOUS prie, en attendant, d'excuser le trop de liberté dont je fais usage en cette occasion ; vous m'y avez encouragé et ne saurez me blâmer à présent; daignez recevoir enfin l'expression du respect et du dévouement avec lesquels, etc., etc. »
Je lui répondis la lettre suivante :
25 novembre 1840.
c( Monsieur,
« Je viens de recevoir les deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 6 novembre, et je vous prie de remercier le vice-roi des souvenirs qu'il me conserve et du prix qu'il met à mon amitié. Elle est sincère et me cause en ce moment de véritables chagrins par suite des événements funestes qui se succèdent en Syrie, événements hors de tous les calculs et de toutes les prévisions. Je plains sincèrement Méhémet-Ali, et moins encore des revers de fortune qu'il éprouve que des circonstances qui les accompagnent; on n'a jamais vu une armée désorganisée au point où paraît l'être l'armée égyptienne, tant sous le rapport moral que sous le rapport matériel. Cette armée, dont les succès sont encore dans tous les souvenirs, a donc été bien abandonnée pour être devenue en si peu de temps si différente de ce qu'elle était et de ce que je Tai vue. Je suis d'autant plus affligé de ce
qui se passe, que ces événements diminuent l'intérêt que les amis du pacha lui portaient en Europe et leur ferment la bouche. A mon avis, le vice-roi n'a rien de mieux à faire aujourd hui que d'en finir promptement et d'accepter les offjes qui lui sont faites en ce moment. La dignité de son caractère ne peut être compromise, puisqu'il a cédé à la force irrésistible des choses. Il y a une limite que la raison ne doit pas dépasser, et, quand tous les moyens dont on dispose fondent enlre vos mains, il faut éviter tout ce qui peut en accélérer la destruction.
c( Il me serait difficile de vous répondre avec détail, vu le peu de sûreté de la correspondance, sur les questions que vous m'adressez dans votre lettre particulière; mais ce que je peux vous dire ici, c'est que, dans mon opinion, le changement de politique survenu dans la conduite de quelques puissances à l'égard de Méhémet-Ali ne vient pas de sentiments qui lui sont contraires, mais de circonstances qui lui sont étrangères. En un mot, il n'est pas le but, mais l'occasion dune nouvelle politique suivie par elles; et j'ajouterai que je ne doute cependant pas qu'elles ne désirent sincèrement la conservation de Méhémet-Ali et de sa famille en Egypte. Les dernières décisions de la conférence de Londres, résultat de leur inlluence, en sont une preuve irrécusable. Mais elles désirent aussi que