LIVRE XXV
réchal de Schewerin commandait deux corps et venait de Silésie. La jonction de ces deux parties de l'armée prussienne exigeait donc le passage des deux rivières, la Moldau et l'Elbe. L'armée autrichienne, placée entre ces deux rivières, séparait l'armée prussienne, et se trouvait couverte, d'un côté, par l'Elbe, et, de l'autre, par la Moldau; et cependant la possession de Prague lui donnait le moyen, selon l'occurrence, de manœuvrer sur les deux rives de la Moldau.
Le bon sens voulait que l'armée autrichienne allât camper à deux lieues de Prague, observant à la fois les deux armées ennemies, pour accabler la première qui franchirait une des rivières, tandis qu'elle mettrait obstacle au passage de l'autre. Elle pouvait encore prendre un autre parti : c'était, en jetant un détachement de sept à huit mille hommes pour mettre obstacle au passage de la rivière par Schewerin, d'aller, sans perdre un moment, attaquer et accabler le roi de Prusse, en débouchant de Prague et en descendant la rive gauche de la Moldau. De cette manière, elle lui eût opposé une force double de la sienne, et, selon toutes les apparences, elle aurait été victorieuse, puisqu'elle combattait avec des forces si supérieures et surprenait son ennemi dans son mouvement. Au lieu de cela, elle resta à Prague et sous le canon de cette ville.
Le roi de Prusse franchit, le 4 mai, sans obstacle -et sans livrer aucun combat, la Moldau à deux lieues de Prague, tandis que Schewerin traversait l'Elbe à Brandeis le 5. Ainsi la jonction des deux corps fut opérée. Pour témoigner, on pourrait le croire, le mépris qu'il portait à l'ennemi qu'il avait devant lui, le roi de Prusse effectua un mouvement qui aurait dû lui être funeste. Il fit une marche de flanc de plusieurs lieues en vue de l'armée ennemie; puis il fit tête de colonne à droite et vint se former parallèlement, en tournant le dos à l'Elbe, en face de Prague, à une lieue de cette ville, s'éloignant ainsi de son point de passage, et renonçant, par cette manœuvre, à toute communication assurée avec les troupes qu'il avait laissées à la garde des ponts. Le 6, il attaqua, en enveloppant la droite des Autrichiens, et donnant plus d'extension à sa gauche.
Les Autrichiens se placèrent de la manière la plus absurde et semblèrent surpris, bien que les mouvements des Prussiens fussent à leur connaissance depuis plusieurs jours. Ils mirent la cavalerie à leur gauche, c'est-à-dire sur un terrain difficile, coupé, dans des fonds dont elle ne pouvait sortir, tandis que la droite, placée en l'air, dans une plaine découverte, fut accablée par la cavalerie prussienne. Le terrain qui couvrait leur gauche,