‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 124 sur 156 · L'.VRE XXVII · texte numérisé non relu

L'.VRE XXVII

structions! que de richesse dans les inalériaux et quelle recherche dans les moindres ornements ! Les Vénitiens ont pris le type de leur style à Constantinople; mais ils se le sont approprié. Bien qu'il porte le nom de byzantin, il est cependant autre chose dans ses détails. L'église Saint-Marc est son chefd'œuvre: plus on l'étudié, plus on l'admire. Son étendue n'a rien de grandiose : elle n'était pas l'église du patriarche, mais seulement la chapelle du doge de la sérénissime république. A ce titre, ce monument ne pouvait pas avoir une plus grande dimension ; mais elle renferme les plus riches ornements. On en jugera en réfléchissant que la coupt^le principale, environnée de huit coupoles plus petites, forme son dôme. Toutes sont revêtues, ainsi que les parois de l'église, dans tout leur développement, de belles mosaïques représentant des objets de piété. Les dorures les plus riches se mêlent partout à ces produits de l'art. La direction de la lumière, habilement ménagée, produit des effets merveilleux. Plus de cinq cents colonnes de vert antique, de porphyre, de serpentine, de jaspe, etc., etc., etc., se trouvent réparties dans ce monument. La façade, très-haute et des plus magnifiques dimensions, malgré les ornements dont elle est surchargée, réunit le grandiose le plus imposant à la grâce la

plus coquette. La vaste plate-forme qui la surmonte IX. 19

est embellie par les célèbres chevaux de bronze que la victoire, capricieuse et changeante de sa nature, a fait beaucoup voyager. Coulés en Grèce et placés d'abord à Corinthe, ils furent transportés à Constantinople, puis apportés de Constantinople à Venise, après la conquête de cette ville par les croisés. Ils vinrent à Paris dans le temps de notre gloire et de notre grandeur, et revinrent, après nos malheurs et nos désastres, au lieu d'où nous les avions tirés et où ils avaient séjourné le plus longtemps.

Cette belle église, l'un des plus magnifiques monuments de l'Italie, commencée dans le dixième siècle, ne fut terminée que dans le dix-huitième.

Rien n'est plus curieux que de rechercher les différentes phases de cette puissance de Venise, si faible d'abord, et ensuite si redoutable pendant tant d'années, mais dont il ne reste plus que des souvenirs. La création de Venise eut pour cause immédiate les malheurs des temps. Elle fut l'expression des besoins de la société. Des invasions de barbares vivaient, à plusieurs reprises, ravagé le nord de l'Italie. Le besoin de sécurité décida une partie de la population à venir chercher un refuge au milieu d-es eaux. De nombreuses îles couvraient la mer intérieure qui forme les lagunes, et ceux qui vinrent s'y établir purent y vivre en paix, à l'abri de leurs ennemis, qui étaient dépourvus de tout moyen ma-

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