LIVRE XXVII
ceux de l'État, lui commandent d'adopter les illustrations nouvelles, d'absorber et de s'assipiiler tout ce qui s'élève dans l'opinion. Elle reçoit ainsi constamment des secours salutaires, se renforce de toutes les influences utiles, modifie ses mœurs suivant les temps, et ne repousse rien de ce qui peut ajouter à son éclat. Ouverte à tous ceux qui ont des titres pour y être reçus, elle n'est l'objet d'aucune haine, mais devient l'espérance de tous.
11 en est tout autrement d'un pouvoir fondé sur la démocratie. Tout y est variable et fragile; tout y est incertain; dès lors tout y est faible. Le gouvernement a-t-il de grands pouvoirs, il s'empare bientôt d'une autorité sans bornes, aidé par les ambitieux qui, n'ayant rien à perdre, ont tout à gagner en se réunissant à lui. Est-il faible, le moindre choc le renverse, et la révolution qui le détruit en appelle mille autres. Si l'aristocratie renverse le pouvoir qu'elle a créé, le corps social n'est pas ébranlé dans sa base; car elle n'a fait que substituer un nom à un autre. Des combinaisons d'intérêt peuvent se faire facilement entre un nombre borné de familles. Elles sont impossibles quand on opère sur une multitude confuse, livrée à une foule de passions qui se combattent et se croisent dans tous les sens. Les ambitions individuelles, dans un état de choses semblable, amènent bientôt et né-
cessa iremeiit l'anarchie et la destruction ou la tyrannie. Il en est de l'ordre moral comme de l'ordre physique; l«s rochers résistent à l'action des vents qui remuent facilement les sables. La Suisse, depuis la création, n'a pas changé de forme, tandis que l'Egypte est chaque jour la proie du désert remué par la tempête.
La république de Venise a péri, parce qu'aucun ouvrage des hommes n'est éternel. Elle a péri de vieillesse. Elle est tombée en lambeaux faute d'avoir conservé une des vertus publiques qui l'avaient tant distinguée autrefois. Elle a péri sans avoir opposé la moindre résistance avec un peuple dévoué, avec une armée fidèle, et faute d'avoir voulu vivre. Malgré les changements survenus dans l'ordre proportionnel des États de l'Europe, elle eût pu avoir encore une longue existence; mais il eût fallu que son gouvernement ne s'abandonnât pas lui-même. Son nom et les souvenirs qui s'y rattachaient auraient seuls suffi; et il existait entre ses mains des moyens positifs et matériels de puissance que la moindre prévoyance et une faible énergie auraient pu rendre redoutables.
Jamais puissance ne s'écroula d'une manière plus misérable et moins digne de son origine.
Il était entré de tout temps dans la politique du gouvernement vénitien d'isoler complètement de