LIVRE XXVII. — isii
gracieux, et j'y fus reçu avec bienveillance el empressement. J'y rencontrai des savants d'une grande distinction. Ils y sont recherchés et honorés. Un institut venait d'y être fondé. Les savants fixés à Padoue, dans cette ville consacrée de tout temps aux études, venaient y siéger à des jours déterminés. Au nombre de ceux 'dont la réputation est la plus étendue se trouvait M. Santini, astronome célèbre, directeur de l'observatoire. Je me liai d'une manière particulière avec un géomètre et un géologue. Le premier, directeur général des ponts et chaussées, M. Paleocopa, est un homme d'un savoir profond et d'un esprit aimable, vif et brillant. Elevé à l'école d'artillerie et du génie de Modène, il avait servi dans le corps du génie militaire du royaume d'Italie et fait avec nous les dernières campagnes de l'Empire. Répugnant à servir dans une autre armée que celle dans laquelle il avait débuté, il entra dans la carrière civile quand le nord de l'Italie revint à l'Autriche. Il trouva l'occasion de montrer sa capacité et d'exécuter de beaux et grands travaux, qui lui font le plus grand honneur. Au nombre de ceux qui composaient ma société habituelle se trouvèrent le secrétaire de linstitut, M. Passini, géologue (ses connaissances sont très-étendues et variées, son activité est très-grande), et un jeune officier de marine d'une grande dis-
tinction, chargé de la direction de l'observatoire, le baron de Willersdorff.
Je passai ainsi mon hiver d'une manière assez douce, partageant mon temps entre l'admiration des objets d'art dont Venise est remplie, une société agréable et un bon spectacle, dont l'admirable salle de la Fenice double les avantages.
11 serait sans intérêt d'entrer dans le détail de la vie que l'on mène à Venise. Je me bornerai à dire qu'elle a perdu la fougue et l'activité qui la caractérisaient autrefois. Elle est plus régulière peutêtre que dans les autres villes d Italie. Les chroniques galantes sont maintenant du domaine du passé, et, quoique sans doute le temps présent lui fournisse encore des aliments, les jouissances de l'esprit sont appelées à entrer dans les plaisirs journaliers.
Les admirables peintures que renferment les palais des particuliers, l'Académie des beaux-arts, les églises et les bâtiments publics ne sauraient être trop visitées ; car on y découvre sans cesse de nouvelles beautés. On reconnaît facilement quel rang on doit donner, parmi les écoles du moyen âge, à cette école vénitienne, dont le caractère est si pur, si vrai, l'expression si énergique. On ne peut aussi se lasser de contempler les objets d'architecture de tous les genres, dont la variété infinie chasse la mo-