LIVRE XXVII. — 18-11. fiOT
arrivés sur l'Adigetto qui, autrefois, était une dérivation de l'Adige. Réuni au Tartaro, dont les sources sont près de Vérone, et grossi de la Molinella qui passe à Castellaro, près de Mantoue, il forme un cours d'eau qui prend le nom de canal Blanc et communique avec l'Adige. L'Adigetto a pris son nom de la prise d'eau faite à son origine; mais la prise d'eau a été supprimée, et le nom lui est resté. Le canal arrive à Adria, d'où il continue jusqu'à la mer, dans laquelle il débouche par un ancien bras du Pô, séparé aujourd'hui du fleuve, et qui porte le nom de Pô-di-Levante. Il communique avec le Pô véritable par la Cavanella, que l'on ouvre d'abord pour la navigation, et ensuite pour l'écoulement des eaux dans le Pô quand le fleuve est plus bas que le canal Blanc.
Nous couchâmes à Adria, jolie petite ville, trèsancienne, aujourd'hui éloignée de plusieurs lieues de la mer, et autrefois port de mer qui donna son nom- au golfe Adriatique. Une circonstance remarquable des pays situés sur les deux rives de l'Adige^ et qui les met constamment en péril, c'est que le fond du lit du fleuve, constamment plus élevé que la campagne, la domine de deux à trois pieds. Les eaux s'élèvent quelquefois jusqu'à trente pieds. Que l'on juge combien est menaçante cette puissaiile masse d'eau en mouvement !
308 MÉMOIRES PU DUC TiE ^AGUSE.
Cet état -de choses est venu de ce que ces pays ont été trop tôt habités et trop tôt cultivés. La nature a destiné les fleuves à dessécher les marais, en élevant leur sol par des alluvions. Mais, quand on se décide à cultiver un terrain bas, traversé par un fleuve, il faut de toute nécessité diguer la rivière pour en contenir les eaux. Dans ce cas, et dans l'intérêt de l'avenir, afln d'empêcher des résultats tels que ceux que nous voyons, il faudrait adopter un double système de digues, c'est-à-dire placer d'abord de petites digues propres à resserrer le fleuve, et ensuite élever de grandes digues de défense, qui, placées à une certaine distance, lui ouvrent une grande surface pour s'étendre, ce qui diminuerait l'élévation des eaux dans les crues, et ralentirait beaucoup l'élévation du sol en offrant un plus grand espace pour recevoir les alluvions; mais c'est une prévoyance que nulle part on n'a eue autrefois. C'est un tort qu'on a eu particulièrement en Hollande, où on rencontre une analogie réelle avec ce que l'on voit ici : chaque année, l'existence des deux pays est également menacée par les eaux, et par les mêmes causes. Cette Haute-Italie, si belle, a été si anciennement habitée et cultivée, et à une époque si barbare, qu'il n'est pas étonnant que des mesures semblables de précaution n'aient été ni prises ni conçues. Une fois la culture développée,