‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 133 sur 156 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

les populations fixées sur les bords du fleuve s" y sont trouvées enchaînées. Leur sécurité de chaque jour les a forcées à ajouter chaque année à la hauteur des digues, à mesure que le fond du fleuve se rehaussait lui-même, et on en est venu à ce que l'on voit aujourd'hui.

Le 12, nous avons visité le Pô et examiné les épis construits dans le double but de préserver ses bords, et de diriger les courants dans l'intérêt de la navigation. Un des épis construits en pierre ressemble par son importance et sa dimension à un môle de port de mer. Le Pô, tout menaçant qu'il est pour la campagne, car il s'élève beaucoup dans les crues, est cependant moins effrayant que l'Adige? parce que le fond de ce fleuve est partout plus bas que le niveau de la campagne. Nous visitâmes la Cavanella dont j'ai parlé déjà, extrémité du canal de communication entre Chioggia et le Pô. Il y a deux écluses de sept pieds de hauteur, qui sont placées à la suite l'une de l'autre. Ce canal sert aussi de dégagement des eaux du canal Blanc dans le Pô, quand celui-ci est bas, et dans tous les temps pour la navigation, soit pour entrer dans le Pô, soit pour en sortir. Lorsque la difTérence des niveaux des eaux est de six à sept pieds, on réunit les deux écluses, et on les traite comme une seule; quand la différence est de quinze, pieds, on les ouvre successivement.

l'iusbas, le canal Blanc communique, par une autre écluse, avec le canal des Cuori qui réunit les eaux du Gorzone et du Bacchiglione. Enfin une dernière porte s'ouvre et fait entrer les bateaux dans le canal de Chioggia, et c'est ainsi que la navigation intérieure est établie entre Venise et le Pô.

Nous rentrâmes à Adria, et, le 15, j'allai visiter les travaux de l'Adige. Ses digues avaient été rompues. Une grande invasion des eaux avait couvert la campagne; un village avait été emporté. Ces accidents se renouvellent malheureusement trop souvent. A chaque accident semblable, on redresse les <ligues; on les reconstruit avec un plus grand soin. Le moyen employé pour leur donner de la solidité ■est de les établir sur un lit de fascines. Les eaux y pénètrent et y déposent un limon d'alluvion, qui empêche les infiltrations. Or c'est toujours par des infiltrations que les digues viennent à percer. On m'a souvent que du sable pour les construire; aussi les eaux s'y frayent assez facilement un passage. On voit d'abord se former une fontanelle sur le revers; puis, peu de temps après, arrive une catastrophe.

Après avoir examiné ces travaux importants, que malheureusement on est obligé de reprendre trèssouvent, j'ai de nouveau été coucher à Adria. Dès le iendemam, je me mis en route pour Rovigo, Fer-

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