LIVRE XXVII
rare et Bologne. Je passai le Pô à laMezzola, domaine d'une très-grande valeur, appartenant au pape. Pendant la possession française, elle était devenue un bien national. Elle avait été donnée à des fournisseurs. Avec le temps, elle est revenue à son ancien propriétaire. A peu de distance sont les grandes pêcheries de Comacchio. Dans ces pêcheries, on élève le poisson sur une très-grande échelle. Les poissons extrêmement petits, qui viennent de naître, sont pris dans la mer avec des filets dont les mailles sont très-étroites. On les place ensuite dans de vastes espaces isolés de la mer par des digues, mais communiquant avec elle par des portes et des grillages. Ils grandissent dans ces enceintes pendant plusieurs années. C'est un établissement de même nature que les vallées des lagunes, car c'est ainsi qu'on les nomme. Ces vallées sont au nombre de soixante-dix. Elles touchent, dans une partie de leur développement, à la terre ferme. Elles ont, dans leur ensemble, plusieurs milliers d'hectares de superficie. Dans tous ces établissements, et à Comacchio surtout, on élève une quantité immense d'anguilles que l'on sale, et qui servent à l'approvisionnement des vaisseaux. Une seule de ces vallées rapporte, à ma connaissance, à son propriétaire plus de cinquante mille francs par année.
Les tableaux de l'école des Beaux-Arts, à Bologne, sont peu nombreux, mais d'un choix excellent. Ce sont des chefs-d'œuvre des plus grands maîtres. On y trouve beaucoup de Carraches. Une réunion, immense par le nombre, admirable par le mérite, et qui semble au-dessus des moyens d'un particulier, forme la galerie du comte Zambecca ri. Elle se compose de neuf cents tableaux, dont un Raphaël et des Titiens.
Les environs de Bologne sont charmants. Le pays est riche et varié. Une multitude d'élégantes maisons de campagne, et le voisinage immédiat des collines, ajoutent à la beauté du paysage. Mais une chose unique au monde, le Campo Santo, mériterait seul le voyage pour un homme instruit et curieux. Nulle part on n'a eu une semblable pensée, ou, au moins, nulle part on ne l'a exécutée avec un semblable grandiose. On s'est servi pour le fonder' d'une ancienne chartreuse, dont on a' conservé et restauré l'église avec un soin tout particulier. De vastes carrés vides forment des cloîtres qui se succèdent. Contre ces murs sont placés les monuments des particuliers, et les restes de ceux auxquels ils sont consacrés. Les vides de carrés sont destinés à lenterrement des personnes du commun; mais on a placé à chaque tombe un numéro qui correspond à celui du registre, de manière