LIVRE XXVII
qu'au bout de quelques années on peut retrouver les restes que Ton veut transporter ailleurs. 11 y a dans ces dispositions un grand respect pour les morts, une idée morale qui rend l'idée de la fin moins douloureuse et moins triste.
Une galerie couverte, de quatre milles d'Italie de longueur environ, établit une communication facile et praticable dans tous les temps entre le Campo et la ville, et donne à chacun la facilité d'aller faire des actes de piété au milieu de ces tombeaux. Cet ensemble, je le répète, qui est unique au monde, honore beaucoup les magistrats de Bologne qui l'ont fondé et qui le maintiennent avec le plus grand soin. Une autre chose digne de remarque à Bologne est -la transformation en bibliothèque publique des bâtiments de l'ancienne université, qui n'existe plus. Aujourd'hui on lui donne un style sévère, simple et beau. Un usage ancien voulait que tous ceux qui avaient fait leurs études classiques à l'université de Bologne, étrangers ou nationaux, laissassent leurs armes peintes sur les murs des salles avec leurs noms. Le temps avait dégradé tous ces blasons. On les restaure en ce moment avec le plus grand soin; il y en a des milliers, et chacun peut y trouver des souvenirs de ses ancêtres. En généi'al, Bologne est remarquable pnr Tesprit de patriotisme de ses habitants.
Une ancienne et fidèle amie, madame la comtesse de Damrémont, m'avait donné rendez-vous à Florence, et je partis pour m'y rendre après avoir séjourné deux jours à Bologne. J'ai parlé ailleurs de Florence avec quelque peu de détail; je n'en dirai rien ici ; mais je répéterai qu'elle est du nombre des villes privilégiées que l'on revoit toujours avec un nouveau plaisir. Les arts y sont plus honorés qu'ailleurs et y sont cultivés avec plus de goût et de succès. Madame de Damrémont, possédant le goût des beaux-arts au plus haut degré, jouissant plus qu'un autre de ce qui tombe sous ses regards, portait sur ce qu'elle voyait un jugement éclairé, développait le mien et m'expliquait mes propres sensations. On ne doit pas voir seul les objets d'art d'une grande beauté. On ne juge convenablement que lorsqu'on peut communiquer à d'autres ses remai>ques, s'éclairer réciproquement par la critique et motiver une admiration réfléchie.
La collection de tableaux que présentent le palais Pitti et les Uffizi est <îomposée de tant de chefsd'œuvre, qu'elle forme sans doute une réunion unique au monde; mais on ne saurait aussi trop admirer les dispositions qui sont prises pour faire valoir ces merveilles. On voit qu'on rend en Toscane un véritable culte aux beaux-arts. Cependant l'école moderne de peinture semble morte aujour-