LIVRE XXVn. - 1841. Mb
d'hiii à Florence. La sculpture a pris sa place, et, comme dans toute l'Italie, elle y est cultivée avec beaucoup plus de succès. Bartolini est le plus grand sculpteur des temps modernes. Je le crois bien supérieur à Canova. Ses compositions sont plus vraies et leur simplicité est plus dans la nature. La vérité y a moins d'apprêt que chez ses devanciers. Rien de plus beau que la statue d'Astyanax, s'il parvient jamais à l'achever; car chez lui là est la difficulté.
Âpres deux mois d'un séjour rempli de charmes et qu'embellissaient les jouissances d'une vive amitié, je me mis en route pour me rendre à Gènes, où d'autres affections bien anciennes encore m'apl)elaient aussi. Je visitai Livourne, Lucques et la côte orientale de Gènes, que je n'avais jamais parcourue. L'État de Lucques me parut charmant. Il est le type de ces principautés qui dispensent les souverains des soins laborieux du gouvernement et leur donnent les jouissances attachées à la possession d'une belle propriété indépendante. C'est un pays délicieux, où Port ti*ouve le voisinage de la mer, une belle ville, un beau palais autrefois rempli de tableaux de choix, une belle forêt, des eaux thermales où l'on accourt de toutes parts,- et une population intelligente et spirituelle. Un duc de Lucques, philosophe et instruit, animé de l'amour des sciences, pourrait voir écouler sa vie dans
516 MÉMOinES DU DUC DE RAGUSE.
l'idéal du bonheur; mais il faudrait qu'il fût quelque chose par lui même et qu'il pût baser son existence sur le sentiment de ses facultés heureusement appliquées.
Je continuai ma route en parcourant cette rivière du Levant, si célèbre. On la compare naturellement à celle du Ponant. Nulle ressemblance ne se retrouve cependant entre elles. La rivière du Levant, couverte de villes riches et peuplées, admirablement bien cultivée et commerçante, est tout autre chose que l'autre, qui, sauvage encore, n'est habitée que de loin en loin. Mais une admirable localité militaire en rend la possession précieuse; le golfe de la Spezia, un des plus beaux du monde par son étendue et la sûreté qu'il offre aux vaisseaux contre l'action des vents de la mer; une source d'eau douce jaillissante, abondante et représentant par sa richesse une rivière souterraine, fontaine artésienne naturelle, mais de la plus grande dimension, donne la facilité à toute une flotte de faire de l'eau en peu de moments. Enfin, sa facile entrée et sa libre sortie de la passe, et sa position centrale sur la côte d'Italie, complètent ses avantages. De grands travaux projetés par Napoléon devaient en faire notre établissement principal de marine sur cette partie des côtes de la Méditerranée, et il voulait la mettre à l'abri de toute attaque directe de