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la part de reiinenii. En deux jours d'un voyage intéressant et agréable, j'arrivai à Gênes la Superbe. Pendant mon séjour assez long dans cette ville, je fus témoin de fêtes brillantes qui eurent lieu pour le mariage du duc de Savoie. De là, je me rendis en Suisse, où m'attendaient dès amis. J'y passai un été délicieux. A la fin de l'automne, j'allai revoir les merveilles de Munich, d'où je retournai à Venise pour y passer Ihiver.
SoMMAïuE. — Lellrc du comte de Fiqiielmonl sur le commerce delà Russie. — Promenades dans Rome. — Des révolutions, et des circonstances qui les amènept. — Des vertus des peuples barbares.
LE COMTE DE FIQUELMONT, ANCIEN MINISTRE D'AUTRICHE, AU MARÉCHAL DUC DE RAGUSE
SI U LE COMMERCK DE I.A BL'SfIE.
Vienne, le 14 lévrier 1851.
Monsieur le maréchal,
Par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date du 29 janvier, vous m'avez exprimé le désir d'avoir par écrit les données principales d'un entretien, dont vous avez bien voulu conserver le souvenir, qui avait pour objet les forces commerciafes du midi de la Russie comparées à celles du nord. J'étais, et je suis encore de l'opinion que le commerce de l'empire russe trouve beaucoup plus de force et de développement dans la direction du nord que dans celle du sud. Voici, monsieur le maréchal, quelle était la base de mon raisonnement.
MÉLAIVGES. 51î>
Il y a trois lignes de navigation fluviale entre la mer Caspienne et la mer Baltique. Ces trois lignes aboutissent au lac Ladoga, et, par le canal de Ladoga, sont mises en communication avec le Volkhov et la Neva. Ce système fluvial, qui traverse et qui unit entre elles presque toutes les parties du centre de l'empire, est l'objet des soins constants du gouvernement. Pierre le Grand en a été le créateur; mais les perfectionnements modernes dans l'art de l'ingénieur ont augmenté beaucoup les ramifications de ce système, auquel on a réuni presque tous les cours d'eau de l'intérieur. La nature des pays fait que les distances de portage sont courtes et qu'il est facile de les franchir à peu de frais.
11 existait un ancien tracé du canal qui avait pour objet de réunir le Dnieper à la Vistule, et d'établir ainsi une communication entre la mer Noire et la Baltique ; il portait le nom de canal du Roi; mais, soit qu'il y ait eu des difficultés de terrain ou peu d'utilité, il a été fort négligé; il est, je crois, resté à l'état de projet. La Dwina et ses affluents portent à Riga tous les produits de cette partie do la Russie. On a, d'un autre côté, travaillé à rendre le Dnieper navigable, ce qui n'était pas fait quand j'ai quitté la Russie. Si les difficultés que présente cette navigation, qui sont des cata-
ractes, étaient surmontées, les produits que ce fleuve porterait vers Odessa ne sont presque rien en comparaison de ce qui va vers la Baltique.
Voilà déjà un fait intérieur établi, qui assure au nord la supériorité du commerce.
Le second fait est plusdécisif : c'estcelui delà navigation maritime. Votre séjour à Venise vous meta même, monsieur le maréchal, d'y recueillir les notionsles plus exactes sur les opérations commerciales de la mer d"Azof et de la mer Noire. Vous y apprendrez, de la manière la plus positive, combien il faut de temps pour la navigation, depuis Odessa jusqu'à Cadix ; car il faut tenir compte de celui qu'il faut passer à Gibraltar pour y attendre le vent nécessaire pour la sortie du détroit. Ce temps est souvent plus long que celui qu'il faut de Saint-Pétersbourg aux États-Unis.
La Méditerranée ne fait que le commerce de son bassin ; la mer du Nord fait celui du monde. — La Russie trouverait donc un plus grand avantage à se relier au nord qu'au midi, quand bien même le système de sa navigation fluviale ne lui en eût pas imposé la loi.
Je crois, monsieur le maréchal, avoir, par ce si mple exposé, répondu à la dema nde que vous m' avez faite. — Votre opinion a beaucoup de poids en Europe ; j'ai regretté, par cette raison, que vous ayez,
dans votre ouvrage, fortifié l'idée que les forces du midi de la Russie sont susceptibles d'un très-grand développement; j'entends ici par force, productions, industrie et commerce. On devrait en conclure qu'il y existe un besoin d'expansion qui serait tôt ou tard menaçant pour Constantinople. Puisque je suis d'une opinion contraire, me permettrez-vous de le dire, la question est grave ; car elle est un des principaux éléments dé la politique de l'Europe envers la Russie.
Il y a dans le midi de la Russie des conditions climatériques qui ramènent, à des intervalles presque égaux, des années de complète disette, quelquefois destructives de la totalité du bétail, bêtes à cornes et moutons ; quand, pendant le mois de mai, le vent d'est domine, alors il n'y a pas de pluie, et les steppes ne donnent point d'herbe ; cela est arrivé deux fois pendant les douze années que j'ai passées en Russie. On calcule que tous les trois ou quatre ans la récolte des céréales est médiocre; trop de sécheresse en est toujours la cause ; on est content quand elle ne va pas jusqu'à brûler l'herbe ; cependant les années de famine sont rares; la sur.ibjndance que donnent celles qui sont fertiles '"end possibles des approvisionnements de précaution. Ce ne sont pas des greniers d'abondance, ce sont de simples économies domestiques.