LIVRE XXV
de bien mauvais ingénieurs pour avoir échoué devant Prague, à peine digne du nom de place. Dominée de très près par la montagne de Ziska, qui forme un très-beau plateau, cette ville ne prendrait de l'importance que si un camp retranché y était construit. Un système de tours, comme à Lintz, occupant toutes les hauteurs, serait merveilleusement adapté à cette localité. Prague en serait le réduit, et une armée qui envahirait la Bohême ne devrait ni dépasser cette ligne de défense, ni rester quelque temps dans cette province avec sûreté, puisque l'armée qui y serait renfermée, ne pouvant être bloquée, aurait toujours la facilité de déboucher, après avoir été renforcée, par telle direction qu'elle voudrait sans se compromettre, pour se porter sur la ligne d'opération de l'ennemi.
Le reste de mon séjour à Prague fut employé à voir les fabriques qui, de tous côtés, s'élèvent dans cette ville, favorisées par le bas prix du combustible et la protection efficace de l'administration. Un Anglais fournit au commerce d'excellentes machines à vapeur. Les fabriques de toiles peintes prospèrent et se multiplient. Une seule fournit deux cent quatre-vingt mille pièces par an, et on imprime jusqu'à quatre couleurs simultanément, au moyen de quatre cylindres qui se suivent et dont les dessins se correspondent. Une fabrique de capsules, établie
par un Français qui y a perdu la vue par suite d'une explosion, fournit ces objets à la consommation entière de la Bohême, et vend pour plus de trois cent mille francs de ses produits, à raison de vingttrois francs les mille capsules. Une fabrique de tulle anglais, appartenant aussi à un Français, donne de beaux produits et emploie d'ingénieuses mécaniques.
Je fus voir la bibliothèque publique, qui est en fort bel ordre et renferme quatre-vingt-seize mille volumes. On y trouve un plafond peint à fresque qui présente une illusion d'optique curieuse dont je n'ai pu me rendre compte. En le regardant de différents côtés, il produit un effet entièrement nouveau et semble indiquer un mouvement tout autre. L'École des beaux-arts est placée dans létage supérieur. Elle est peu de chose, mais elle réunit un assez grand nombre d'élèves.
Je terminai mes courses par la visite de l'École polytechnique et de l'imprimerie. Le premier établissement, fort important, est formé à l'instar de celui devienne. L'enseignement de toutes les sciences mathématiques et physiques appliquées aux arts y est complet. Le nombre des élèves qui suivent les cours varie de six cent à mille. L'imprimerie, qui compte un personnel de cinquante-deux compositeurs et possède un beau matériel consistant en