LIVRE XXV
plusieurs presses à main et en deux presses mécaniques, exécute un travail considérable avec une grande rapidité. Les exemplaires en sortent par milliers dans la journée. On y imprime aussi des ornements de plusieurs couleurs au moyen de planches qui se décomposent pour recevoir les couleurs, et se recomposent de manière à n'en plus former qu'une seule pour imprimer, et présentant ainsi une surface plane. Il y a à Prague un dernier établissement qui est digne de la curiosité des étrangers : c'est la maison de réclusion et de travail. Elle est tenue avec économie et propreté. Rarement ceux qui en sortent y reviennent, attendu que l'instruction morale qu'ils reçoivent les améliore. Leur travail; qui consiste dans la production de quelques objets de fantaisie, leur prépare un petit capital d'environ cinquante florins pour le moment où ils reçoivent leur liberté. Le système pénitentiaire porte sur la nourriture : elle s'améliore avec la conduite et varie suivant que celle-ci est bonne ou mauvaise.
Je partis, le 6, pour me rendre à Tœplitz; mais je pris une route plus longue que celle qui y conduit directement, afin de voir un pays plus beau et d'une plus grande étendue. Je passai TElbc à Brandeis, séjour momentané de madame la duchesse de Berrv. Le château de Brandeis, sur la rive droite de
ce fleuve, avait été la propriété du duc de Reichstadt. De Brandeis je fus à lung-Bunzlau, bourg situé dans un pays charmant, et qui renferme plusieurs manufactures, tandis que d'autres très-considérables existent dans les environs; une, entre autres, établie depuis longtemps par un Français, M. Kœklin, frère de celui de Colmar, qui tisse la toile de coton et l'imprime. Elle présente une invention très-économique. Une dépense assez considérable dans ces sortes d'établissements, c'est l'achat et le remplacement des cylindres. Ils sont ordinairement en cuivre, et la gravure en est trèschère. Chaque cylindre revient à six cents francs, et sa valeur est nulle quand on ne veut plus tirer d'exemplaires du dessin qu'il représente. M. Kœklin a imaginé de se servir de cylindres en plomb dans lesquels il incruste en relief les dessins en métal fusible à basse température. A cet effet, il dessine sur un morceau de bois de tilleul le sujet qu'il veut reproduire. On le creuse avec facilité et correction, ce bois ayant un grain fin et n'offrant aucune dureté. Une fois creusé, on y coule du métal fusible, et on l'incruste dans les parties du cylindre en plomb, ouvert pour recevoir la queue des pièces coulées.
Le dessin en relief dépasse la surface du cylindre, comme les caractères d'imprimerie, la