‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 17 sur 156 · LIVRE iXV. — 1853-1838. ÔÔ · texte numérisé non relu

LIVRE iXV. — 1853-1838. ÔÔ

planche sur laquelle ils sont montés. Un cylindre placé sur un métier est enveloppé d'un morceau de drap, ainsi qu'un autre cylindre, destiné à répandre la couleur sur la partie saillante du cylindre d'impression. Tout le système étant mis en mouvement, l'impression se fait d'une manière nette. Le fond de l'étoffe est blanc, ou a reçu d'avance la couleur qu'il doit avoir.

L'inventeur compte mettre en mouvement jusqu'à six cylindres destinés à composer un même dessin de couleurs différentes. Cette invention est admirable par la beauté du travail et le bas prix des objets fabriqués. On change de cylindres presque sans aucun frais, puisque le plomb des anciens peut être refondu et sert à en fabriquer de nouveaux. Toute la dépense pour mettre un cylindre en état d'imprimer ne revient pas à cinquante francs. Chaque moule en bois peut servir sans inconvénient à couler cent fois des caractères semblables.

Je continuai ma route par Neuschloss, en traversant un pays rempli de petites montagnes variées, pittoresques, charmantes, et renfermant autant de bois qu'il en faut pour les décorer et pour laisser voir une belle culture, exécutée par une population dont la physionomie annonce le bien-être de l'aisance. Cette seigneurie appartient à un comte de

Kaunitz, qui doit hériter du titre de prince, en devenant chef de cette famille.

Le pays reste le même, et devient plus beau encore aux environs de Leipa et de Nogda. Dans ce dernier bourg, il y a un dépôt de verrerie alimenté par les fabriques des environs; mais les produits n'en sont pas si beaux que ceux de Leonor-Hain, dirigé par M. Mayer. Un contre-fort boisé, qui se prolonge, en se détachant du plateau de la Saxe, se présente ensuite, et doit être franchi, si l'on veut revenir sur les bords de l'Elbe. Je couchai à Kaunitz, lieu appartenant au prince de Kinski, et, le lendemain matin, j'arrivai au château de Tetschen où j'étais attendu. Rien de plus enchanteur que les environs de cette petite ville : la position du château est charmante, et ce qui ajoute au plaisir de s'y trouver, c'est d'y rencontrer une famille extrêmement aimable et distinguée, celle du comte de Thun, qui en fait les honneurs admirablement bien. Madame de Thun, née comtesse de Brûll, appartenant à la famille du ministre de l'électeur de Saxe de ce nom, qui était si fastueux, est âgée et presque aveugle ; mais c'est une des femmes les plus aimables que j'aie jamais connues.

De beaux jardins entourent le château et suivent les bords de l'Elbe. De superbes serres, plus grandes que celles qu'un particulier entretient ordinai-

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