LIVRE XXV. - I855-183S
pellent ce qu'ils étaient autrefois; mais, aujourd'hui, ces vestiges dune puissance évanouie sont bien souvent une charge au-dessus de leurs forces. Il est telle terre dont les revenus entiers suffiraient î\ peine au seul entretien du château. Marie-Thérèse, qui avait une prédilection marquée pour la Haute-Autriche, supprima une grande partie des corvées, les réduisant à seize par an , et son in- Huence détermina les seigneurs à se dessaisir de leurs biens-fonds pour y placer des paysans.
Il est résulté de la succession des années que les redevances et les bois ont seuls formé les revenus des seigneurs. Partie des redevances est même payée aux seigneurs, en papier, tandis que ceux-ci sont tenus de payer en argent au fisc l'impôt qui y correspond; chose d'une injustice tellement monstrueuse, qu'il est presque incroyable qu'elle ait été commise et puisse encore subsister. De cette manière, il est tel seigneur qui paye plus qu'il ne reçoit et serait plus riche s'il abandonnait à l'État sa propriété. Je passai quelques jours à Hans d'une manière pleine d'agréments. Le général de Staremberg, bon soldat, franc, ouvert, loyal et grand chasseur, m'entraîna dans des expéditions qui me rappelèrent les goûts de ma première jeunesse. La comtesse de Staremberg, née comtesse de Kaunitz, est arrière-petite-fille du grand ministre de Marie-
Thérèse. C'est une femme aimable et spirituelle. Quelques personnes du voisinage ajoutaient à l'agrément de nos soirées.
Une autre habitation charmante des environs est le château de Schwerberg et un autre bien plus grand, bien plus beau, un des plus remarquables châteaux féodaux qui existent au monde, est celui de Weinberg, appartenant tous deux à la famille de Tûrheim, famille noble et d'une grande ancienneté, devenue pauvre. Ces deux châteaux furent plusieurs fois l'objet de nos excursions. Mais je dois encore parler dun autre château en ruine, Riesenslein, appartenant, et venu par héritage, au comte de Staremberg, et qui est le sujet d'une chronique intéressante.
Le château de Riesenstein, ancienne forteresse défendant la vallée, placé sur un rocher et distant d'une heure de Hans, fut bâti, il y a environ deux cent cinquante ans. Alors un })réjugé fantastique existait, et Ion croyait que, pour rendre une forteresse imprenable, il fallait placer au milieu des murs, quand on la construisait, un enfant vivant, he fds d'un riche paysan disparut, et le père ne douta pas que son fils n'eût servi d'holocauste à la sûreté de son seigneur. Dans son désespoir, il résolut de s'en venger. La balle meurtrière du père infortuné enleva la vie au seigneur; mais, peu de jours