LIVRE XXV. — J8r>o-i
après, en faisant la moisson, on découvrit les restes <le l'enfant qui avait disparu. L'assassin, bourrelé de remords, alla s'accuser de son crime et fut «condamné à être pendu. Avant de subir son supplice, il fit abandon de sa fortune pour construire une chapelle où un mausolée seraitélevé au seigneur de Riesenstein, et où une messe serait dite à des époques fixes de l'année pour le repos de son àme. La chapelle fut en effet construite au milieu du château fort. Le mausolée s'y voit encore et représente la victime avec sa cuirasse percée des balles qui lui ôtèrent la vie. La messe se dit régulièrement aux époques qui ont été fixées par la fondation.
Je vins retrouver à Krummisbaum des amis avec lesquels je passais toujours une grande partie de mes étés. Plus tard, je revins encore dans ces contrées pour me rendre à Frauenberg, chez le prince de Schwarzenberg, afin d'assister à ses. grandes chasses d'automne, d'où je retournai à Vienne dans le courant de décembre.
Mon hiver s'écoula, comme de coutume, à Vienne. Je partageais mon temps entre les études, qui remplissent à peu près exclusivement ma vie, et une société bienveillante ; mais le printemps m'apporta de douloureux chagrins. J'étais lié intimement depuis bien des années avec le comte et la comtesse Valentin Esterhazy. Le comte ne jouissait pas d'une
?)l MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
bonne santé. Il souffrait d'un embarras dans la circulation qui autorisait de graves inquiétudes. Sa fin fut prématurée. Il disparut de ce monde lorsqu'on s'y attendait le moins. Une attaque d'apoplexie l'enleva, après une agonie de plusieurs jours. C'était un homme d'esprit, d'un jugement sûr et d'une grande bonté, universellement aimé, et pour lequel j'avais une tendre et sincère amitié. La comtesse, femme de bien, possédant les plus hautes qualités et une grande séduction, sincèrement attachée à son mari, fut frappée de cet événement, qui a laissé chez elle une empreinte douloureuse et mélancolique, que, jusqu'à présent, rien n'a pu entièrement effacer. Plongée dans une profonde douleur, elle se décida à aller passer, chez une de ses parentes, dans un château en Hongrie, la plus grande partie de l'été, afin de se trouver à proximité pour se livrer <à des actes de piété au caveau de famille où son mari avait été déposé.
Cette mort prématurée changea toutes les habitudes de ma vie. Je me disposai à voyager. Une occasion de revoir l'empereur de Russie, que je cherchais depuis longtemps, se présentait. L'empereur venait à Tœplitz pour y prendre les eaux. Le 10 juillet, je partis pour m'y rendre. Cette fois je pris la route directe en passant par Znaïm et Iglau.
J'arrivai à Znaïm le 11 juillet, et j'allai visiter