LIVRE XXV. — i8ô;i-!s:>.s
la muhiluile, les limites d'une sévérité que semble prescrire la saine raison, je suis convaincu que c'est avec répugnance qu'il se soumet à des mesures (|u'il regarde comme des nécessités commandées par sa conscience. 11 est enthousiaste de tout ce qui est beau, grand, généreux. Sa tendresse pour les siens et sa bienveillance pour ceux qui l'entourent prouvent la bonté de son cœur. J'épiouvai donc un véritable bonheur de l'approcher encore une fois avant de mourir. Je le remerciai de nouveau de toutes les bontés dont j'avais été lobjet pendant mon voyage dans la Russie méridionale. L'impératrice me reprocha avec une grande amabilité de n avoir pas fait un détour pour aller les visiter, et ce ne fut pas la première fois qu'à mes propres yeux je reconnus ce tort.
Chaque jour je rencontrais l'empereur, et chaque jour il me renouvelait l'expression de sa bienveillance. Maisjenefuspasadmisà le voir en particulier, ni M. de la Ferronnays non plus, qu'il aime beaucoup, parce qu'il ne voulait pas laisser supposer qu'il se livrait à quelques intrigues. 11 entretint seulement ce dernier deux fois mystérieusement dans le jardin pour lui parler du duc de Bordeaux, une fois avant le voyage que M. de la Ferronnays fit à Kirchberg, et une fois à son retour. Et, chose surprenante, avecl'apparence d'une résolution con-
stante qui doit tout renverser, il se laisse arrêter journellement par les plus petits obstacles et les plus minces considérations. Il reconnaît le gouvernement de Louis-Philippe, et a de bons rapports politiques avec lui, en même temps qu'il ne peut se résoudre à prononcer son nom. Il rencontre deux hommes qu'il aime et qu'il estime, la Ferronnays et moi; il leur témoigne ses sentiments; mais il ne peut leur accorder le charme d'une intimité qu'il apprécie beaucoup, de peur de se compromettre. Avec un esprit distingué, une instruction étendue, et un caractère qui, dans les circonstances impoitantes, montre une grande force, il y a quelque chose d incomplet en lui. Je me contentai donc de profiter de toutes les occasions de le voir, de l'approcher et de satisfaire les besoins d'une vive affection qui avait été l'unique objet de mon voyage.
L'impératrice resta deux jours seulement à Tœplitz; l'empereur, après avoir pris les bains, se mit en route, le 10 août, pour la rejoindre aux eaux de Kreis, en Bavière, où elle s'était rendue. Deux jours après, je quittai Tœplitz, où je n'avais plus rien à faire et j'entrepris un petit voyage en Saxe, pour y vivre encore de souvenirs; car telle est la seule nourriture morale et intellectuelle qu'il me soit permis de prendre avec plaisir aujourd'hui.
Je me rendis à Dresde, parCulm et Peterswald,