LIVRE XXV. — i83-;-iS
lieux de si tristes souvenirs pour moi. A peine arrivé à Dresde, je courus revoirie champ de bataille célèbre où la fortune nous réservait ses dernières faveurs. Je reconnus avec facilité et avec un certain plaisir tous les lieux. Les événements se représentaient nettement à ma pensée. Jamais le point élevé d'où nous sommes tombés ne se montra ainsi à moi d'une manière plus éclatante. Une fois ce devoir rempli envers ma vie passée et les temps héroïques de ma jeunesse, je résolus de consacrer plusieurs jours à voir ce que Dresde renferme de plus curieux, et le pays de choses intéressantes.
Avant de commencer cette tournée, j'allai faire ma cour au roi et à la famille royale et diner à Pilnitz, résidence d'été. Le château est célèbre dans nos annales et rappelle nos premiers troubles, et les projets insensés que les souverains de TEurope conçurent contre notre indépendance et notre liberté, mais dont le résultat fut si loin de répondre à leurs espérances. Ce château, d'une construction bizarre, parait peu agréable à habiter. Il se compose d'une suite de pavillons et d'appartements qui ne forment pas de système. De vastes carrés, dont le milieu est rempli de verdure, forment les alentours du château et présentent un spectacle agréable à la vue. Je trouvai le roi un
homme instruit, poli, aimable, et toute la famille royale d'une grande bienveillance. Là est un naturaliste distingué, le prince Jean, son père, un poëte, et la princesse Amélie, un auteur dramatique dont les ouvrages ont du succès sur tous les théâtres de l'Allemagne. La famille royale était augmentée de l'archiduchesse Sophie, dont la vue me fut très-agréable. Comme mon séjour habituel à Vienne me met souvent dans le cas de la rencontrer, elle me traita avec une extrême bienveillance. Je vis aussi cette pauvre princesse Augusta, fille du feu roi, victime de sa fidélité à Napoléon. Elle me parla avec tristesse de l'époque où je lui avais été présenté, époque bien voisine des désastres qui devaient tous nous accabler.
On peut appliquera la Saxe un proverbe italien qui semble avoir été fuit pour les princes qui l'ont gouvernée :« I principom hnnno mldaù e cannoni, i principini palazzi e quadri. » Que de richesses accu»mulées dans cette ville; que d'objets d'art y sont réunis! N'ayant vu Dresde qu'au milieu des événements de la guerre, je n'en avais qu'une trèsfaible idée.
Je commençai par visiter la superbe galerie de tableaux qui s'y trouve et j'y consacrai trois jours.
Après la galerie de Paris et les deux galeries de Florence, celle des Offici et celle du palais Pitti,