‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 38 sur 156 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

qui lui a donné la plus belle famille que l'on puisse rencontrer.

Après avoir séjourné vingt-quatre heures à Josephstadt, je continuai mon voyage par Holitz, où le grand Frédéric a eu son quartier général pendant longtemps. Je traversai Zwittau et Leutomischl, habitation royale appartenant aux Waldstein de Duchs, et bâtie en 1568, par un baron Wradislas, sous la direction du célèbre architecte italien Battista, et j'arrivai à Brûnn le 50 août. J'allai visiter les beaux établissements métallurgiques du prince de Salm à Plansko, sur la Zwittauka. Ils se composent de trois hauts fourneaux, douze marteaux et un laminoir. Les fourneaux produisent beaucoup et marchent jusqu'à quatre ans de suile sans mettre bas. Leur produit, pour chacun, est de cinq cents quintaux par semaine. Ils travaillent particulièrement en sablerie. Les usines ont été mises sur le pied actuel par un célèbre chimiste, nommé Reichenbach, qui a découvert la créosote, substance qui entre dans la composition de la fumée et lui donne la propriété de conserver la chair; découverte d'une importance capitale pour la m.édecine et la chirurgie et dont chaque jour les applications seront plus étendues. Il ne s'est pas borné à soigner les intérêts de sa gloire, car il est devenu fort riche par suite d'une associa-

lion qui a fini par êlre extrêmement lourde pour le prince de Salm et qui, depuis, s'est rompue avec éclat.

J'allai voir aussi une immense manufacture de sucre de betteraves, établie également parReichenbach au compte du prince de Salm, à Reis, à deux lieues de Plansko. Elle est sur une échelle gigantesque, nullement en rapport avec les moyens de culture à portée de l'approvisionner. Une autre manufacture de la même espèce, et qui est un modèle de bonne entente, où l'on trouve de l'économie intelligente pour diminuer la main-d'œuvre, fixa aussi mon attention. On y trouve l'application des meilleures méthodes et l'emploi des machines les plus nouvelles et les plus perfectionnées. Elle appartient à un négociant français, établi depuis longtemps à Yienne, qui l'a bâtie à Séglovitz. à deux lieues de Brûnn, sur les terres de l'archiduc Charles. Elle a peu d'étendue; elle est conduite par deux relais de vingt-six ouvriers, et cependant elle est calculée pour consommer vingt millions de betteraves, et elle fabrique un million cinq cent mille livres de sucre. On n'y fait pas usage de presse : on y emploie le lévigateur. Une machine à vapeur de la force de quinze chevaux suffît à tous les besoins. Le sucre est si bien fait, qu'il n'éprouve qu'un déchet de dix pour cent au raffinage. Le capital

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