‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 39 sur 156 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

employé dans cette fabrique est de cinq cent mille francs.

Je visitai avec soin un établissement d'une triste célébrité, le Spielberg, maison de détention pour les condamnés. C'est l'ancienne citadelle de Brûnn, qui a été convertie en prison. Elle est parfaitement tenue, et les prisonniers y sont traités avec beaucoup d'humanité. La nourriture est suffisante et bonne; les chambres sont saines et propres. Personne n'habite plus les cachots, que l'empereur François, quelque temps avant sa mort, avait fait évacuer. Au surplus, de son temps, ils n'avaient rien de malsain; mais ceux qui étaient habités au temps du libéral empereur Joseph, et plusieurs du temps de la clémente Marie-Thérèse, étaient funestes à la vie des prisonniers. Ces cachots amenaient toujours la mort au bout de six mois, m'at-on dit. Aujourd'hui une philanthropie éclairée préside au régime de cet établissement, et la smde chose mauvaise que j'aie remarquée, c'est que les condamnés pour récidive ne sont pas séparés de ceux qui le sont pour la première fois. Parmi les quatre cents prisonniers, quatre-vingts seulement sont condamnés à vie ou à plus de dix ans, et cependant cette prison est le seul lieu de détention pour les provinces des deux Autriches^ de la Moravie, delà Bohême, et correspond aux besoins d'une

population de douze millions d'habitants, chilïre incroyable, et qui montre la douceur des mœurs et la moralité de ces peuples. Les autres prisonniers de la monarchie ont leur maison de détention, et il y en a une au château de Laybach, en Garniole, et une autre à Moukatch, dans les Karpathes, pour la Hongrie.

Après toutes ces excursions, je me rendis à Eichhorn, chez la princesse de Wasa, qui m'avait fort engagé à aller la voir. Eichhorn est une bonne et belle habitation, située sur un rocher escarpé, au pied duquel coule la Schwarza. Autrefois forteresse des Templiers, elle pourrait devenir une superbe résidence d'été; le pays, tout sauvage qu'il est, se prêterait facilement à des embellissements. La princesse en a commencé qui promettent beaucoup pour l'avenir et donnent déjà des résultats satisfaisants. Le prince et la princesse de Wasa ont, dans ce séjour, une bonne et douce existence; ils y sont aimés et reçoivent à merveille ceux qui viennent les visiter. Les chasses sont étendues, sans être belles. La vie passe dans ce lieu très-agréablement.

La princesse me fit faire diverses excursions intéressantes dans ce pays pittoresque. A'ous allâmes voir la partie supérieure de la Schwarza, à Adamsthall, et dîner dans un château appartenant

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