LIVRE XXV. — 18ÔO-1S3S
au prince de Lichtenstein, situé au milieu de beaux bois, de prairies ravissantes, et à très-peu de distance de grottes d'une très-grande étendue et qu'il faut longtemps pour visiter en totalité. Nous allâmes en même temps au caveau de famille des Lichtenstein, établi près de Vrano. Le prince Jean l'a fait restaurer, augmenter, et l'a agrandi d'un nouveau, communiquant avec l'ancien. Son premier habitant a été le prince Jean lui-même. Il se compose d'une église souterraine, placée au-dessous d'une autre fort belle revêtue en grande partie de marbre, et bâtie il y a environ deux cents ans. Je quittai bientôt Eichhorn pour revenir à Vienne, mais je devais y retourner souvent et toujours avec un nouveau plaisir. Il y a de l'attrait à donner des soins à ceux dont la tête élevée a été frappée par la tempête, et qui supportent avec calme et dignité l'infortune qui pèse sur eux.
Je continuai mes excursions et jallai visiter le prince et la princesse ]\alffy dans leur charmant établissement de Marcheck, situé sur la rive droite de la Marche, limite entre l'Autriche et la Hongrie. C'est la résidence d'été du chef de celte famille, riche et considérable, mais déchue de son ancienne puissance, et qui restera dans une sorte d'infériorité, jusqu'à ce qu'un homme capable arrive au pouvoir, comme on l'a déjà vu, car elle a fourni
plusieurs palatins. Elle est du petit nombre des familles hongroises qui, toujours scrupuleuses sur le choix de leurs alliances, peuvent aujourd'hui faire les preuves les plus étendues.
Le château de Marcheck n'est pas considérable, mais il est arrangé avec soin. De très-beaux jardins et des bouquets de bois d'une belle venue, séparés par des prairies toujours vertes, l'environnent. La princesse Palffy, femme de mérite et d'esprit, recommandable par ses hautes qualités, en fait les honneurs à merveille. Nous parcourûmes les environs. Le prince Palffy, qui s'occupe avec succès de ■ses affaires et se consacre entièrement à remettre en ordre une grande fortune dérangée par son père, fortune qui doit retourner à ses neveux, car il n'a pas d'enfants, me montra ses établissements d'agriculture, qui sont bien tenus et bien conduits. Une fatalité à la manière des anciens a frappé sur lui, et une impression profonde de tristesse a donné un cachet parliculier à son humeur et à sa physionomie. Son frère, qu'il aimait, est mort de sa main à la chasse, et un pressentiment avait annoncé à ce frère, depuis longtemps, une fin prématurée : on lui avait prédit qu'il ne dépasserait pas l'an 1850. II était au moment d'achever cette triste année lorsque, étant à la campagne, le prince Palffy lui i-M'oposa et le pressa de venir à la chasse, ce dont il