‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 42 sur 156 · LIVRE X\V. — 1835-1858. m · texte numérisé non relu

LIVRE X\V. — 1835-1858. m

rêves de rimaginalion â la place des vérités de l'histoire m'a toujours paru une ridicule aberration de l'esprit. Au surplus, le prince Jean n'a pas donné dans ces écarts-là à Eisgrub. Il a fait des créations qui ornent le paysage, et plusieurs sont très-belles, si toutes ne sont pas de bon goût. Ainsi il a bâti un délicieux pavillon, appelé le pavillon de la Frontière, parce qu'il est placé, avec son petit jardin de fleurs, moitié en Moravie et moitié en Autriche. En face est une pièce d'eau de quelques mille arpents, donnant de très-grands revenus parle poisson qui s'y nourrit. Elle forme un véritable lac. La maison de la Frontière est un but de promenade et un lieu où l'on va diner souvent en été. D'un autre côté, sur une hauteur et en vue d'Eisgrub, est un arc triomphal qui sert de rendez-vous de chasse. Il est juste des mêmes dimensions que l'arc de triomphe de Trajan, à Rome, et revêtu d'assez beaux bas-reliefs. Dans une autre direction, et toujours en vue d'Eisgrub, est une salle ronde qui est encore un but de promenade. Autour de la salle est une vacherie de luxe, et de magnifuiues vaches suisses sont vues à travers de belles glaces. Un monument représentant les propylées d'Athènes, élevé par le prince Jean à -on père et à ses frères, est placé près de Felsberg. On y voit leurs statues, et, par un caprice bizarre et une singulière défiance de l'avenir, il y a mis

aussi la sienne Cette construction n'est pas d'un goût pur.

Enfin, dans une autre direction, il y a un charmant bâtiment appelé Vohauska, destiné à recevoir les acteurs et les spectateurs, lors de la chasse au sanglier. Ces animaux, pressés, sont forcés de traverser une pièce d'eau, et de passer à portée de fusil de la maison d'où on les tire. Ceux qui échappent arrivent dans une prairie en face du revers de la maison. Là des cavaliers les attaquent à la lance ; combat véritable, chasse périlleuse, exercice chevaleresque qui doit être d'un grand intérêt. Deux cavaliers sont toujours réunis pour se soutenir et s'entr'aider.

On raconte que le célèbre prince Louis de Prusse, tué à Saalfed, quelques jours avant la bataille d'Iéna, étant venu à Eisgrub, fut convié à cette chasse. Le prince Jean était son soutien. Le prince Louis, renversé de son cheval blessé, allait être victime quand le prince Jean arriva et le délivra en perçant sur son corps le sanglier..

Je terminai mes courses d'automne par une nouvelle visite à Malaczka, chez le prince et la princesse PalfTy. C'est un vaste et immense château sans architecture, mais chef-lieu d'une terre de vingt mille paysans, et dont le revenu net est de plus de trois cent mille francs. Le pays est monotone

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