LIVRE XXV. — 18ÔO-1SÔ
et triste, couvert de sable, mais aussi de grandes forêts, dont le produit est considérable à cause du voisinage de Vienne. Sur le penchant d'un contrefort des Karpathes, qui borne cette plaine, est située une belle ruine, Blessenstein, reste d'un château féodal de cette contrée. C'est dans le voisinage qu'est arrivé l'événement funeste dont le prince Palffy gémit encore et gémira tout le reste de sa vie.
Tous les hivers de Vienne se ressemblent par la rigueur du climat et la monotonie de la vie. La fin de celui-ci fut un peu égayée par l'arrivée du grandduc de Russie, qui, retenu dans l'occident de l'Europe par un état de santé qui mettait en danger sa conservation, revenait de l'Italie, qu'il avait parcourue pendant quelques mois. On fit de grands efforts pour le bien recevoir, mais toutes les fêtes de la cour aboutirent à des tableaux qui furent assez agréables et à un spectacle, l'époque de l'année ne permettant pas de donner un bal. Ce jeune prince est fort beau et de mœurs très-douces.
Un reste de forces réveillait encore mon ambition : non celle des grandeurs, il y a longtemps qu'elle est éteinte chez moi, mais celle plus honorable qui tient au développement des facultés. Je formai le projet de faire un nouveau voyage en Asie, et mes conversations avec M. de Ilumboldt, à
Tœplitz, avaient mûri ce projet. Je voulais revoir la Russie méridionale; remonter le Don et le Yolga: aller en Sibérie, en visitant Casan et l'Oural ; de Tobolsk revenir à Orenbourg, pour de là aller faire un séjour de quelques semaines chez les Tartares, afin de comparer leurs mœurs et leur manière de vivre avec celles des Arabes qui, sauf la différence du climat, sont dans des conditions sociales qui se ressemblent; puis arriver sur la mer Caspienne à Gourief, en suivre les bords jusqu'à Astrakan; traverser le Caucase ; voir la Géorgie ; entrer en Perse ; aller à Ilérat, puis à Ispahan et au golfe Persique. pour revenir en Géorgie, en Mingrélie et rentrer en Europe en m'embarquant pour Odessa à F»edout- Kalé. C'était une expédition de dix-huit mois. Comme une semblable entreprise ne pouvait pas être faite sans la permission de l'empereur de Russie, et même sans son appui, j'écrivis au comte de Nesselrode pour le prier d'être l'intermédiaire de l'expression de mes désirs auprès de son souverain. Il me répondit la lettre la plus aimable où, en m'annonçant le consentement de l'empereur et me prévenant que les ordres seraient donnés pour me recevoir d'une manière conforme à ses sentiments pour moi, il m'engageait, de sa part, à remettre à une autre époque la partie de mon voyage qui concernait le Caucase et la Perse. Or cette partie de