‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 5 sur 156 · VOYAGE EN BOHÈME · texte numérisé non relu

VOYAGE EN BOHÈME

Je n'avais pas visité la Bohême, ce pays si curieux et si intéressant. L'été de 1837 arrivé, je me déterminai à entreprendre ce voyage. J'observai avec le plus grand détail une partie de cette province et j'admirai la vigueur avec laquelle l'industrie s'y développe. L'agriculture prospère dans certains cantons, mais dans d'autres elle est assez négligée. En somme, cette province du royaume jouit d'une rare prospérité qui va toujours croissant. La nature l'a dotée de richesses naturelles très-grandes, et son industrie est déjà fort ancienne. Depuis un demi-siècle elle fabrique, au plus bas prix, des cristaux supérieurs à tout ce qui se fait en France, en Angleterre et dans les autres pays. Des fabriques de toiles de coton et de toiles peintes, semblables à celles qui existent dans notre Alsace, s'y sont élevées de tous les côtés. Le combustible est partout au plus vil prix, car on peut disposer, non-seulement de forêts qui semblent indestructibles, mais encore de mines de charbon de terre de bonne qualité que l'on peut regarder comme inépuisables. Le cercle de Pilsen n'est qu'un seul bloc de charbon qui pourrait suffire à toute

la consommation des fabriques d'Europe. A côté de ces charbons, et partout, on trouve des minerais de fer fort riches, qui alimentent une multitude de hauts fourneaux. Aussi, de toutes parts, il s'en élève de nouveaux, et, malgré un accroissement de produits qui paraît fabuleux, ils ne peuvent suffire aux besoins. Le gouvernement est obligé d'accorder sans cessela permission d'introduire des fers étrangers. Un seul mot donnera un aperçu de cet état de choses. Il va vingt-cinq ans, la totalité de la fabrication des États autrichiens, hormis la Hongrie, ne dépassait pas quatre cent cinquante mille tonnes, et aujourd'hui elle est évaluée à plus de deux millions cinq cent mille tonnes, et chaque jour on étend l'emploi du fer dans les constructions civiles.

J'allai visiter d'abord les établissements du prince de Schvvarzenberg, et je partis de Vienne à la fin de juin. Les terres dont quelques familles ont la possession sont dans des dimensions gigantesques, tellement grandes, que ceux qui habitent la France auront peine à croire à mes récits. Cependant ces domaines, tels grands qu'ils soient en Bohême, en Moravie, en Gallicie, ne sont rien en comparaison de ceux de Hongrie. 11 faut excepter de cet état de choses l'Autriche haute et basse et le Tyrol; car ces pays sont constitués tout autrement. Dans ces dernières provinces les seigneurs ont conservé des

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