LIVRE XXV. — 18ÔO-1858. ii
droits seigneuriaux, mais presque aucune propriété^ et les paysans possèdent à peu près tout le sol. Une influence fâcheuse sur les seigneurs, une erreur de radministration, ont contribué à multiplier outre mesure les colons. Les grands propriétaires, qui sont le principe et le mobile de la bonne agriculture, ont disparu sans retour. Il s'est fait au profit de beaucoup de paysans de la Haute-Autriche de petites agglomérations, parce que cette population, investie de grands privilèges, est devenue riche; mais ailleurs, avec un bien-être suffisant, il n'en est pas de même, et ni les seigneurs ni les paysans ne dépassent une certaine aisance.
Les terres du prince de Schwarzenberg sont immenses, mais elles sont loin d'être arrivées partout à toute leur valeur. Le climat de cette partie de la Bohême est d'ailleurs le plus mauvais. Quoique situé au midi de la province, son élévation la rend très-froide. La base de ces vastes domaines consiste dans le duché de Krumau, qui lui donne de très-belles prérogatives, entre autres celle d'avoir des troupes; prérogative, au surplus, qu'il n'exerce pas et à laquelle il paraît avoir renoncé par le fait. Les forêts qui couvrent les montagnes lui appartiennent. Dans ces cantons, il en réunit cent quarante mille jochs, c'est-à-dire à peu près cent mille hectares, dont l'exploitation se fait par des coui)es
rases. L'aménagement est de cent et cent vingt ans; système qui me paraît moins bon que celui suivi en France, où l'on établit une réserve d'arbres de différents âges; mais peut-être est-il convenable pour des forêts composées entièrement d'arbres verts, dont la croissance est lente. Chaque joch de seize cents toises carrées donne un produit de cent vingt cordes de cent huit pieds cubes.
Je me rendis à un charmant château destiné à l'habitation de printemps, à Rothenhof, où je trouvai le prince et la princesse de Schwarzenberg. J'avais traversé la ville de Budweis, située au milieu d'une immense plaine, que possède presque en entier le prince de Schwarzenberg. La ville de Budweis ressemble à toutes les villes de troisième ordre d'Allemagne, toutes bâties sur le même plan. — Une place immense, des arcades tout autour, des maisons bariolées avec pignon sur la façade, voilà ce qui les compose. Cette ville renferme un dépôt d'artillerie. On ne comprend pas pourquoi on a choisi pour cet objet une ville ouverte et assez près de la frontière.
De Budweis je fus à Krumau, petite ville de six mille âmes, et chef-lieu de duché. Ici le pays devient triste et sévère. Le château, bâti sur un rocher escarpé entouré de la rivière qui, quoique encore près de sa source, est bientôt navigable, domine