‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 7 sur 156 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

la contrée. C'est une immense maison sans architecture. Un assez grand jardin français est placé sur les montagnes voisines. Pour parvenir à les lier avec le château, on a construit, sur des voûtes superposées et qui traversent le vallon, un corridor d'une largeur prodigieuse et qui sert de route couverte pour s'y rendre.

C'est une belle chose que le château, comme monument de famille. Il est d'un bon effet à voir et à montrer; mais, comme habitation, il me paraît un des séjours les moins agréables que Ton puisse choisir. Aussi les possesseurs actuels ne Thabitentils jamais. Le printemps et l'été, ils résident à Ro- Ihenhof et l'automne à Frauenberg, château situé au commencement du plateau qui domine la plaine de Budweis, au-dessus de la Moldau qui coule à son pied, et au milieu des plus magnifiques campagnes de l'Europe. Le vallon qui conduit de Krumau à Rothenhof est charmant, silencieux et sauvage, sans être triste. Il offre de beaux points de vue et présente une riche et belle végétation.

Le château est d'une dimension bornée ; mais le jardin, très-vaste, renferme les arbres les plus beaux et les plus précieux.

Dès le lendemain, nous partîmes, le prince et moi, pour la tournée que nous avions projetée. Les terres que nous allions parcourir sont habitées par

environ vingt mille sujets. Tous lui doivent de nombreuses corvées', mais qui se rachètent, pour le plus grand nombre, en argent et à fort bas prix. Chaque ménage doit cinquante-deux jours de travail avec un attelage, ou le double avec un simple ouvrier. On n'exige en nature que la quantité absolument nécessaire à l'exploitation des domaines du seigneur, ou bien, dans le cas de refus d'un paysan, que de payer en argent le prix de sa corvée au taux fort équitable. Ces corvées, qui aujourd'hui choquent si fort nos habitudes, ont cependant été originairement avantageuses à chacun. Elles sont le résultat d'un pacte, d'un traité dont les conditions ont été favorables aux deux parties contractantes. Un seigneur avait des terres et manquait de bras pour les cultiver; des paysans avaient des enfants et point de terres pour les occuper : chacun a donné à l'autre ce qui lui manquait.

Des forêts aussi vastes que celles du prince de Schwarzenberg, mais situées à une aussi grande

* Supprimées en 1848, et par toutes les lois postérieures. Toutes ks «oivées ou i-edevances féodales ont été évaluées en argent et représentées par un capital dont un tiers payé par TÉtat, Je deuxième tit-rs par le corvéable, et le troisième, tieis au compte de l'ancien seigneur propriétaire, qui, se trouvant ainsi son débiteur pour un tiers, a dû se contenter des deux tiers, qui lui sont payés en obligations de TÉtat hypothéquées sur les terres libérées.

(Note de l'Éditeur. )

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