LIVRE XXV. — 18ÔO
distance des lieux de grande consommation, ne peuvent donner des revenus qu'autant qu'on trouve les moyens de transporter les bois au loin. Aussi -tous les ruisseaux affluents des plus grandes rivières sont-ils disposés pour amener à ces rivières les bois en même temps que le tribut de leurs eaux.
De petits étangs destinés à fournir une masse d'eau suffisante, et le redressement du cours des ruisseaux, ont résolu la question d'une manière facile et économique. Mais les bois ne peuvent aller qu'en Bohême d'une manière naturelle, puisque telle est la direction de tous les cours d'eau, et, Pabondance du bois étant très-grande dans cette province, ils y sont d'une faible valeur. Dans ces contrées du midi de la Bohême, il n'y a aucun minerai de fer à portée. On a remplacé les usines à fer par de nombreuses manufactures de cristaux qui jouissent de la plus grande prospérité. Cependant elles sont encore insuffisantes pour assurer la consommation, à un prix convenable, de ces combustibles si abondants. On a donc cherché le moyen de faire arriver les bois en Autriche et à Vienne, où un prix assez haut leur est assuré. A cet effet, on a profilé d'un col peu élevé qui permet de passer du bassin de la Moldau dans celui du Danube, pour construire un canal à mi-côte de la chaîne qui sépare les deux provinces. Il a été placé à une assez grande hau-
leur pour pouvoir franchir le col, et assez bas pour recevoir autant que possible les eaux et les bois supérieurs. Afin d'en augmenter encore l'usage, on a établi dans les localités favorables des plans inclinés, et au moyen de chariots qui font contre-poids et dont les uns s'élèvent tandis que d'autres s'abaissent, les bois sont transportés ainsi de la Moldau dans un canal d'où ils sont jetés dans un ruisseau flottable qui les conduit sur le bord du Danube. Là ils sont embarqués pour Vienne sur de grands bateaux. Cette exploitation fait arriver chaque année dans cette ville trente mille cordes de bois au moins.
Le canal est un travail vraiment monumental. Commencé par le grand-père du prince Adolphe, il a été terminé par le prince Joseph. Sa longueur est de vingt-sept mille toises; sa largeur au fond est seulement dune toise, et aux bords supérieurs il en a deux. Sa profondeur est considérable. Placé à mi-côte, il est très-favorable à l'irrigation des prairies, chose d'une importance capitale et qui occupe beaucoup le possesseur actuel. Le canal parcourt un tunnel de deux cent vingt toises pour éviter un contre-fort qui l'eût allongé beaucoup. Tout le système de flottage est très-développé, très-bien entendu. C'était le seul moyen de tirer un parti convenable de ces immenses forêts.