LIVRE XXVI. — CORRESPONDANCK. v
de reconquérir l'Egypte, je doute que les puissances de l'Europe missent une grande activité et une grande énergie à protéger cet État au moment de succomber. Quelques démarches insignifiantes et sans résultat les acquitteraient, à leurs yeux, de leurs engagements, et les successeurs de Méhémet- Ali disparaîtraient de la scène du monde.
c< Pour déterminer la conduite à tenir par Méhémet-Ali, tout dépend, à mes yeux, de l'état de sea moyens matériels et de ses ressources intérieures. S'il peut soutenir d'une manière indéfinie le statu quo, je crois qu'il est dans ses intérêts de s'y conformer et de ne pas se départir de la frontière qu'il demande, et qui est nécessaire à sa sûreté. S'il est fort, quoique non reconnu, son existence sera plus assurée que s'il était faible et placé sous la protection de l'Europe; et puis mille circonstances peuvent intervenir et lui offrir des chances favorables et faire désirer aux puissances d'en finir sur cette question d'Orient, qui est toujours un motif d inquiétude et d'agitation. Je crois donc que le viceroi doit accepter le statu q^io, si quelques motifs intérieurs ne le lui rendent pas trop à charge, et en même temps ne rien négliger pour arriver à une transaction avec Constantinople; car, une fois obtenue, les gouvernements de l'Europe seront trop heureux de la ratifier pour assurer le repos de
l'avenir et réparer ainsi la faute qu'ils ont commise de se mêler intempestivement d'une question qui ne les regardait pas : s'ils s'en étaient abstenus, depuis longtemps il n'en serait plus question.
« Yoilà, monsieur, dans mon opinion, l'état des choses et la conduite à tenir par le vice-roi. Je le regarde comme invulnérable. Il a pris une bonne position, et les événements ne peuvent qu'amener des chances favorables dont il saura profiter avec son habileté accoutumée. Il faut attendre. Si j'apprends quelque chose qu'il lui soit utile de savoir, je m'empresserai de vous en informer. Je vous renouvelle l'assurance de ne jamais perdre une occasion de parler en sa faveur et de plaider constamment ses intérêts avec la même chaleur. En me conduisant ainsi, j'agirai dans ma conviction et trouverai un véritable plaisir à lui prouver la sincère affection avec laquelle, etc., etc. »
« Alexandrie, le 16 janvier 1840.
« Monsieur le maréchal,
« Mon premier devoir, aussitôt reçue l'honorable dépêche dont il vous a plu de me favoriser en date du '27 décembre dernier, a été d'en soumettre une traduction exacte à Son Altesse le vice-roi, qui, ayant trouvé une parfaite conformité d'idées avec