‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 98 sur 156 · LIVRE XXVI. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI. — CORRESPONDANCE

rieuse à ce qu'il aurait pu entreprendre s'il avait jamais eu les intentions qu'on lui piête. Il est impossible de ne pas croire aujourd'hui à son union franche et loyale avec le sultan et à son désir de l'assister dans la régénération de ses peuples.

« Méhémet-Ali, ayant ce qu'il possède en hérédité (hormis Candie et sauf les exceptions consenties à l'égard de l'Arabie dans sa note à la Turquie, remise à M. le consul de France à la mi-décembre, et dont la traduction est ci-jointe), sera fidèle vassal de son suzerain, qui pourra compter sur son secours en paix comme en guerre; mais, si on veiat l'humilier et le punir de sa modération et de ses bonnes intentions, l'état souffrant de la Turquie sera prolongé malgré lui ; il attendra et se maintiendra. La pensée d'attaquer ne trouve pas plus de place aujourd'hui que dans les époques les plus favorables; il se défendra, et, pour faire tout ce qui dépend de lui pour éviter la guerre et la rendre moins longue si on l'y forçait absolument, il vient d'ordonner que la ville d'Alexandrie fournira deux régiments de milice pour sa défense avec les soldats de la marine. Toutes les troupes régulières disponibles en Egypte, infanterie, cavalerie et artillerie, ainsi que les troupes irrégulières et les cavaliers bédouins, sont réunis dans la Basse-Egypte pour former un camp de quarante à cinquante mille

hommes, qui, en quelques heures, pourront se porter sur les points de la côte menacés.

a Les compagnies d'ouvriers de l'arsenal d'ici, de celui du Caire, des différentes fabriques de l'Egypte, formeront un contingent de quelque importance d'hommes robustes, dévoués et disciplinés.

« Il est prescrit à Son Altesse Ibrahim-Pacha de se tenir constamment sur le même système de défense.

« Ces mesures ont été prises en conséquence de quelques rumeurs répandues ici par des correspondants du dehors qu'une puissance maritime se chargeait seule, et à défaut du concours des autres, d'employer des mesures pour faire agréer des propositions inacceptables au vice-roi.

« Il serait temps que ceux qui s'intéressent de cœur à la sûreté, à l'intégrité et à la force de l'empire ottoman reconnussent enfin qu'on peut amender une faute commise en agissant franchement; qu'agir contre Méhémet-Ali n'aura d'autre effet, si l'on y parvient, que de rendre toujours plus faible l'empire ottoman que l'on veut relever, parce qu'on détruira ses meilleurs matériaux et on le laissera à la merci des étrangers, surtout du plus puissant voisin; il serait temps qu'ils reconnussent qu'ils travaillent précisément en opposition de principes

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