‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 99 sur 156 · LIVRE XXVI. — CORRESPOXDAXCE · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI. — CORRESPOXDAXCE

par eux-mêmes établis; qu'ils se persuadent que ce que l'on parviendrait à arracher à Méhémet-Ali ne pourra jamais donner de la force au sultan, tandis qu'en confirmant au premier ce qu'il possède, moyennant l'hérédité, on est sur davoir, par l'organisation de ce qui existe, une bonne organisation de l'autre moitié de l'empire. Il pourra alors se suffire à lui-même sans secours de protecteurs, et devenir en peu d'années celte nation forte, intermédiaire, qui sera la sauvegarde de l'Europe.

c( Méhémet-Ali a fait toutes les concessions compatibles avec sa position pour obtenir l'hérédité; il ne lui reste plus quà déplorer de voir ses bonnes intentions travesties ou sans croyance, et à se défendre s'il était attaqué; sa longue carrière militaire lui en fait une loi, et, s'il était écrit qu'il dût succomber, ce sera du moins au champ d'honneur, après avoir fait tout ce qui dépendait de lui pour régénérer sa nation.

(.< Daignez, monsieur le maréchal, agréer, etc.

« BoGiios-JoussouF. »

NOTE REMISE DE LA PART DE MÉHÉMKT-ALI AU CONSUL DE FRANCE ET INCLUSE DANS LA PRÉCÉDENTE LETTRE.

(c Méhémet-Âli ne peut jamais consentir à aban- « donner les pays qu'il possède. On ne pourra les

« lui arracher que par la force, et il est fermement « résolu à user de tous les moyens qu'il a et qu'il « aura à sa disposition pour se les conserver si l'on « vient l'attaquer. Il préfère, s'il doit succomber, <( sacrifier toute sa famille elles siens plutôt que de « leur laisser un héritage, bien et dûment acquis, <c mutilé par une lâcheté. Ce n'est pas un général « qui peut capituler et se rendre après une honora- <( ble résistance, c'est un homme qui a travaillé « toute sa vie pour l'avenir, et ne peut s'en dessaisir « coûte que coûte. »

Je répondis en peu de mots à cette lettre.

« Vionno, le 5U janvier I8i()

« Monsieur,

c( J'ai reçu avant-hier la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 16 janvier, et je me hâte de vous dire tout le plaisir qu'elle m'a causé. Le vice-roi a pris une attitude digne de lui, digne de ses antécédents, et dont le résultat, j'en ai la persuasion intime, sera favorable à ses intérêts. J'ai éprouvé une véritable jouissance à le voir répondre si complètement à l'idée que je me suis formée de son habileté et de son caractère. Chaque jour on reconnaîtra davantage la solidité de la base sur laquelle il s'est placé, et, pour mon compte, je

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