I. Voir la circulaire du marquis de LaValeUe du 16 septembre
ilizedbvQoOglc
L'empereur voulut, par une autre concesaiou, ramener à son gouvernement l'opinion de la nation : il fit un pas vers le régime parlementaire, en décidant qu'à l'avenir les ministres, qui jusqu'alors avaient été tenus éloignés des assemblées, y paraîtraient pour soutenir la discussion des projets de loi soumis aux Chambres.
C'était, par le fait, déclarer que désormais ils encourraient la responsabilité de leurs actes vis-à-vis des mandalaires du pays, au lieu de n'en être justiciables que devant l'empereur, comme le voulait la constitution de 1852.
Cette modification de principe eut pour conséquence un changement parmi les conseillers de la couronne. Le ministre des affaires étrangères d'abord, puis ceux de la guerre, de la marine et dea finances furent admis à donner leur démission, et un nouveau cabinet fut formé le 19 janvier 1867.
Notre situation politique à l'extérieur n'en restait pas moins profondément changée par l'issue de la guerre d'Allemagne : nous subissions les conséquences de nos indécisions ou de notre inertie, et maintenant que la victoire avait grandi la Prusse outre mesure, on apercevait l'imminence du danger,' qu'il eût été possible de conjurer quelques semaines plus tôt.
Ce fut alors, afin de dissimuler cette faute, qu'on se plut à dire que nous n'étions pas prêts pour nmis engager dans tme pareille luite. Un jour la lumière se fera sur ce point; il sera démontré qu'il s'agissait bien plutôt d'une démonstration militaire que d'une participation active à la guerre qui allait s'engager et que cent mille hommes tirés des corps d'armée de Lyon et de Paris, de la Garde, des troupes réunies
RliPONSE AUX ACCUSATIONS. 217
au camp de Chàloaa, des divisions de cavalerie de Lunéville et de Versailles» des batteries d'artillerie que les régiments mobiliseraient, pouvaient, en quelques semaines^ être répartis sur la frontière du Rhin.
Nous venons d'expliquer la situation nouvelle dans laquelle ce trouvait le gouvernement. Il ne s'agissait plus de chercher à mettre de l'ordre dans nos finances, en équilibrant les dépenses et les recettes, ainsi que, depuis la guerre d'Italie, l'avait courageusement tenté l'honorable M. Fould. Le temps des réductions qu'avant 1867 on faisait périodiquement subir au budget de la guerre, tantôt sur un chapitre, tantôt sur un autre, ce temps était passé. Des crédits de cent cinquante millions étaient accordés au ministre de la guerre pour le nouvel armement de l'armée et pour les approvisionnements de toute espèce dont son prédécesseur avait préparé les éléments par le développement qu'il avait donné à nos manufactures d'armes, à l'arsenal de Bourges, et aux travaux préparatoires pour la défense de nos places. Là ne se bornèrent pas les actes de la nouvelle administration. Notre loi militaire de recrutement fut considérablement modifiée ; l'organisation de l'armée, réglée par les lois de 1 832 et 1 855, fut remplacée par celle de 18G8, dont on a pu, dans la dernière campagne, apprécier les avantages et les défauts.
Cependant, pour mieux couvrir l'empereur, à l'imprévoyance duquel l'opinion publique persistait à reprocher et les alarmes du pays, et les dépenses qui en étaient la conséquence forcée, on ne craignit pas de recourir à des moyens de police qui rappellent les plus mauvais jours de la politique italienne. Les agents de celte police s'emparèrent de ce mot
218 SIXIKME rARTIE.
o Noua n'étions pas prêts ! » et, sous prétexte de
l'expliquer, mirent en circulation les bruits les plus
absurdes.
Ce n'est pas la première fois que de pareils moyens sont mis en œuvre par un zèle sans scrupule. Il ne serait pas digne de les relever avec plus de détails ; d'autant mieux que le souTerain dans ses lettres, le gouveroement tout entier, se montraient indignés contre de pareilles attaques, aussi odieuses que dépourvues de sens. Et cependant il y avait machination ; de la part de qui ? Quant au but et à l'intention, il est facile à l'opinion publique de s'en rendre compte.
C'est dans ces circonstances que fut composé l'écrit qu'on va lire (avril 186T). Il était loin de rappeler tout ce qui se rapporte à cette époque de notre histoire, triste prélude des calamités qui sont venues fondre sur notre patrie. On s'était efforcé de ne pas sortir de ce qui se rattachait spécialement à l'armée, et cependant sa publication parut, en haut lieu, inopportune.
Peut-être l'auteur, ne consultant que ses convenances, sa dignité et les conseils de ses amis, eût-il dû passer outre et ne pas laisser s'égarer plus longtemps quelques fractions de l'opinion publique. Il crut de son devoir de garder le silence, puisque ce qu'il avait à dire pouvait augmenter les embarras qui enlaçaient !e gouvernement. Quelques copies seulement de ce travail furent distribuées aux principaux personnages politiques et à un certain nombre de chefs militaires.
Quand on a longtemps participé au pouvoir, on est d'autant plus respectueux envers lui, et l'on obéit à ce sentiment, quelque peu de reconnaissance que
l'on doive en espérer, quelque dommage personnel que l'on doive en éprouver.
C'est au public aujourd'hui à juger les faits et à apprécier les principes qui ont dirigé cette conduite.
SainUsmier, octobre 1870.