DE LA SITUATION DE L'ARMÉE EN 18G
Quand l'horizon politique est serein, que rien ne paraît devoir le troubler, on reproche à l'armée les sacrifices qu'elle impose au Trésor, on les classe au nombre des dépenses improductives ; chaque chiffre de son budget est rigoureusement discuté, les crédits les plus indispensables pour ses approvisionnements et pour les remontes, sont mesurés avec parcimonie.
Mais qu'un nuage apparaisse, grandisse et semble le précurseur de l'orage, la scène change brusquement. Ceux-là mêmes qui ne voyaient dans l'armée qu'une charge excessive pour la fortune publique, sont les premiers à tourner vers elle des regards inquiets, à chercher à se rendre compté de sa valeur réelle, et placent sous sa sauvegarde l'honneur et ie salut du pays.
Si pendant la paix l'organisation méthodique de l'armée il 'avait pas été maintenue à un degré suffisant de puissance, qu'arriverai t-il alors?
Sans aucun doute, la nation trouverait toujours dans son patriotisme l'élan nécessaire pour repousser une invasion; mais si l'armée régulière n'était pas fortement constituée et capable de faire face à tout danger venant du dehors, de quel poids pèserait, dans la balance de l'Europe, une nation qui n'aurait
220 SIXllCME PARTIE.
à y jeter que des arguments diplomatiques, sans pouvoir, comme de raison, y apporter l'appoint de son épée.
L'intégrité du territoire resterait sauve, que l'influence nationale ne le serait pas.
Aussi la plus vive préoccupation du chef de l'armée a-t-elle toujours été de maintenir notre état militaire à la hauteur de sa mission.
Est-ce à dire que l'armée doit être constamment prête à se lancer inopinément dans une lutte européenne? Lorsque les conflits extérieurs et les mécomptes imprévus de la diplomatie amènent des crises qui déjouent tous les calculs de la politique, serait-il juste, serait-il sensé de demander à une armée sur le pied de paix une action immédiate qui la rende responsable des destinées du pays? Et pourtant ne voyons-nous pas les hommes les plus compétents, quelquefois même ceux qui participent à la direction des affejres de l'État, s'écrier : « Nous n'avons pu mieux faire, nous n'étions pas prêts! » Excuse bien facile, que le public accepte sans la vérifier; explication qui répand la tristesse et l'effroi chez les amis du gouvernement et encourage ses adversaires.
Si la paixdeVillafranca amis fin soudainement àla guerrede 1859, c'est que nous n'étionspas en mesure, a-tron dit, ou de continuer la campagne d'Italie, ou de faire face à la lutte qui pouvait s'engager sur le Rhin.
Quand la guerre entre l'Autriche et la Prusse a éclaté, nous n'étions pas prêts pour y prendre une part au moins comminatoire.
Aujourd'hui que la Prusse, fidèle aux instincts de son ambition envahiEsante, devient menaçante,- nous
RliPONSB AUX ACCUSATIONS. 221
ne sommiis pas prêts pour lui rappeler que, depuis léna, nous n'avons pas eu à nous mesurer seuls à seuls avec elle.
Nous ne sommes pas prêts I Si cela veut dire que, du jour au lendemain, nous ne pouvons pas jeter instantanément à la frontière une armée de 400 000 combattants approvisionnés de toutes choses et en mesure de s'engager dans une grande guerre avec toutes chances de succès, assurément nous ne sommes pas prêts pour faire face à de telles nécessités.
Pour de pareilles entreprises, il faut des effectifs, des réserves , des approvisionnements én'irmes ; quelle est la nation qui, en état de paix, pourrait atfronter de si terribles hasards?
Non, un pareil déploiement de forces n'est pas possible; ou bien, pour y arriver, il faudrait un pied de paix formidable, que dans aucun autre pays les limites du budget ne sauraient comporter. Tous les hommes qui ont présidé, jusqu'à présent, en France, aux destinées de l'armée, se sont bornés à une situation plus restreinte, plus en rapport avec les ressources financières, mais présentant la possibilité de la prompte mobilisation des forces militaires du pays.
Ces forces étaient prêtes en 1859, car les cadres contenaient 600 000 hommes, dont moins de 1 50 000 seulement avaient passé le Alpes ou la mer. Il était, assurément, possible de constituer une nouvelle armée, si une sage modération n'avait arrêté une guerre (jui ne pouvait plus amener des avantages proportionnés aux sacrifices.
Nous étions prêts en 1 S6G ; car un rapport du ministre de la guerre établissait que, par l'appel de la réserve, on pouvait réunir, en un mois, sous les drapeaux, 450 000 hommes, défalcation faite des armées
322 SIXIEME PARTIH.
d'Afrique, du Mexique et de Rome. Ici encore , ce sont des considérations politiques qui ont empêché la guerre.
Le même état militaire existait en janvier dernier; il était augmenté des troupes rentrées de Rome , et devait prochainement s'accroître de celles qui étaient en route, revenant du Mexique. Notre effectif était donc au complet Dormal, et, dans cette circonstance, le gouvernement a donné une nouvelle preuve de modération, en préférant, aux chances d'une guerre qui ne pouvait manquer d'être sérieuse, une intervention des puissances pour amener une solution pacifique.
Mais la question de l'effectif d'une armée n'est pas la seule condition qui intéresse sa valeur réelle.
La constitution des cadres.
Les ressources en approvisionnements de toute espèce que doivent renfermer les magasins et les arsenaux.
Enfin, l'armement des troupes, forment autant de conditions essentielles pour préparer des succès ù la guerre.
A. — COHSTITUTION DES CADRES.
Pour la constitution des cadres, on pose comme axiome, que la bonne organisation d'une armée consiste à présenter des cadres qui permettent de passer, immédiatement, du pied de paix au pied de guerre. Cela est exact dans une certaine mesure et pour un certain effectif; mais il en est autrement si l'on veut atteindre des chiffres hors de proportion avec l'état normal, l'état de paix.
Ainsi, une armée de 300 000 hommes, déduction faite des non-valeurs, peut bien être portée à 500 000, sniis angmentntion spiisiblc dans ses cadres; mais oa
KÉPONSE AUX ACCUSATIONS. 223
De saurait sans danger dépasser ce chifTre, parce qu'alors les unités tactiques, telles que la compagnie, l'escadron, la batterie, présentent de sérieuses difficultés au point de vue de l'administration et de l'exercice du commandement. Qu'au début d'une campagne, la compagnie soit portée à 1 50 hommes, l'escadron à 160 chevaux et 200 cavaliers, la batterie à 250 hommes, la composition des cadres peut s'y prêter; mais il y aurait de graves inconvéoteuts à aller au delà.
Or, avec nos cadres actuels de 22 compaguies par régiment d'infanterie, de 5 ou 6 escadrons (suivant l'arme) par régiment de cavalerie, et de 7 à 12 batteries (suivant la destination) par régiment d'artillerie, et en élevant les effectifs aux chiffres ci-dessus iodiquéSj nous atteignons les 500000 combattants dont il a été fait mention; si l'on ajoute à ce chiffre celui des non-valeurs organiques et des cadres des dépôts^ qui doivent être en permanence dans l'intérieur, on retrouve cet effectif général de 660 000 hommes, qui représente notre état militaire actuel.
Ce raisonnementnes'appliquequ'à cet ordre d'idées. Si nous admettons les effectifs éventuels de 800 000 hommes, alors il faut aborder la double question de l'augmentation du nombre des cadres et de l'augmentation du nombre des régiments; nous entrons dans une autre voie; car, toutes les fois qu'une mesure de ce genre est adoptée, il faut se reporter par la pensée, au moment où il faudra revenir à l'élat normal, c'està-dire supprimer ce qui aura été créé pour des circonstances transitoires. Les formations nouvelles doivent être opérées avec une grande circonapeclion, aiiu de n'avoir pas un jour, demain peut-être, à détruire ce qui vient d'être fiiit, et à produire ainsi dans l'ar-
mée, en arrêtant ravancement, un mécontentement, bien plus grand et plus durable que la satisfaction momentanée, causée par le brusque épuisement des tableaux d'avancement. Les exemples du passé sont là, et 11 est prudent d'en tenir compte.
En résumé, on peut admettre qu'une bonne oi^anisation d'armée est celle qui comporte des cadres pouvant recevoir^ en cas de guerre, le double de l'effectif du pied de paix, en soldats présents au drapeau. Au delà de cette proportion, le commandement, l'administration s'exercent avec une grande diificuUé.
Si, au contraire, en vue d'un accroissement d'effectif porté à ses dernières limites, on veut constituer, par avance, des cadres en rapport avec cet effectif extrême, alors, tant que dure la paiij l'armée est comme encombrée d'officiers et de sous-officiers pour ainsi dire sans emploi utile; l'instruction ne peut plus s'exercer, elle se perd; le désœuvrement prend ie dessus, l'esprit militaire s'affaiblit, et enfin le recrutement des cadres périclite, faute de candidats à présenter.
J'ajouterai que, dans la supposition où l'appel sous les drapeaux de l'intégralité des hommes liés au service deviendrait une nécessité, il conviendrait, dans tous les caSj avant de créer des cadres nouveaux, de commencer par remplir ceux qui existent; cela paraît rationnel, et permet de procéder avec plus de discernement à la formation toujours si délicate de nouveaux cadres.
Ceux que nous possédons suffisent, comme il a été dit au commencement, à l'appel sous les drapeaux de l'effectif total dont nous pouvons disposer, d'après les votes des derniers contingents annuels. Sur ce premier point, l'armée était donc toujours en étal
complet de préparation. En était-il de même pour les approvisionnements ?
B. — APPROVISIONHEMENIS.
Sans doute, les magasins doivent être largement approvisionnés en effets de tous genres 'qui doivent servir à l'habillement des troupes, à leur équipement, aux ambulances et autres objets dépendant du service administratif.
Ces approvisionnements sont limités par les crédits législatifs qui, chaque année, expliquent dans quelle mesure on peut y pourvoir.
En ce qui concerne les points essentiels de l'habillement et de la chaussure, il est une considération qu'il importe de faire valoir.
Les circonstances critiques dans lesquelles, au moment de la guerre d'Italie, s'est trouvée l'administration de la guerre pour assurer le service de l'habillement, déterminèrent le ministre de la guerre à favoriser l'établissement de grands ateliers dans lesquels les agents mécaniques, remplaçant en grande partie la main-d'œuvre dans la fabrication des effets de l'habillement et de la chaussure, donneraient une activité telle aux confections, que toute préoccupation dans le passage, redoutable pour l'administration, du pied de paix au pied de guerre, disparaîtrait, ou tout au moins s'amoindrirait considérablement.
Les ateliers Godillot, par leur puissante organisalion, ont un effet résolu ce problème, puisqu'ils peuvent produire quatre mille paires de souliers par jour, et confectionner cinquante mille habillements ou équipements par mois.
11 sul^t de rappeler qu'au début de la guerre d'Italie, un appel fait dana tous les départements à l'industrie privée ne put arriver, dans l'espace de deux mois, qu'à des versements de dix mille paires de souliers dans les magasÎBB. Des difficultés analogues se présentèrent pour la confection d'habillements.
D'après les explications qui viennent d'être données, on voit clairement quelles ressources, pour les approvisionnements en habillements et chaussures de l'armée, présentent les ateliers Godillot, et la part qu'ils doivent prendre dans les dispositions préventives de l'administration.
Et cependant, au moment où les bruits d'une guerre avec la Prusse, à propos de la question du Luxembourg, p.renaient de la consistance, des rumeurs se répandaient dans le public au sujet de la situation insuffisante de nos approvisionnements; on disait, en outre, que nos arsenaux avaient été singulièrement appauvris pour subvenir aux besoins de l'expédition du Mexique.
Ces faux bruits, propagés par la malveillance et accueillis avec légèreté, ont pris assez d'importance pour agiter l'opinion publique, et faire planer suï l'administration de la guerre un soupçon d'incurie ou de négligence.
11 est bien vrai que les approvisionnements en drap, qui, au moment de la guerre d'Italie, avaient reçu un grand développement, avaient, depuis 1 860, éprouvé de notables diminutions, par lefait de la réduction annuelle des crédits budgétaires.
Toutefois, le vide dans nos magasins était loin de s'être produit, ainsi qu'on s'est plu à le dire, et les situations suivantes, relevées à la date du 1" juillet 1866 et du i" janvier 1867, comme on pourrait s'en
KKPONSE AUX ACCUSATIONS. [227
convaincre en consultant les états du ministère de la guerre, en sont la preuve irrécusable.
Situation des magasins au i" juillet 1866.
Des draps et toiles, de quoi confectionner. 500 000
Habits confectionnés 110000
Capotes id 95000
Pantalons id 143000
Shakos id 269000
Souliers (paires) id 476 000
L'administration de la guerre, en prévision des événements qui pouvaient se produire, et afin d'être en mesure de répondre suivant les circonstances aux besoins des troupes, fit des commandes supplémentaires en draps et en souliers , dans le courant du mois de juillet, qui élevèrent à 10 millions le chiffre des crédits à imputer sur les exercices 1866 et 1867.
Au moyen de ces commandes, la situation des magasins devait présenter, au mois de janvier, les chiffres suivants :
Draps et toiles, de quoi confectionner. . . 546 000 •
Habits confectionnés 200 000
Capotes id 145 000
Pantalons id 143000
Shakos l'c^ 335 000
Souliers (paires) ttj 683493
Le ministre ne se borna pas, dans la demande de crédits extraordinaires, à ce qui concernait l'iiabillement des troupes; il voulait aussi pourvoir au complément du matériel des ambulances, et enfin à
l'achat de 1500 à 2000 chevaux, particulièrement destinés à l'attelage de l'artillerie. Ce ne pouvait être qu'un à-compte pour le service de la remonte, qui, en cas de guerre, aurait eu à fournir 8000 chevaux à la cavalerie, et près du double aux trains d'artillerie et des équipages.
L'importance des commandes diverses, faites par l'initiative du ministre de la guerre, a été de 1 3 millions.
Telle était la situation générale des approvisionnements de la guerre, en magasin ou en cours de livraison, à la fin de l'année 1866'.
Cette situation prouve que, dans les limites de l'effectif admis à celte époque, nous étions en mesure de faire face à tous les besoins, et elle suffirait seule à répondi'e à cette allégation, si souvent répétée, que l'expédition du Mexique avait épuisé ou, tout au moins, compromis les approvisionnements de nos arsenaux et de nos magasins.
Cette dernière critique, quoique sans fondement, a fait une vive impression dans le public; il n'est donc pas hors de propos d'y répondre catégoriquement.
Parlons d'abord de nos arsenaux, nous aborderons ensuite la question des magasins.
1. Il est bon de remarquer qu'indépendamment des ressources qni sont énumérâes ci-dessus, il existe constamment, dans les magasins des corps, une réserve en habillements et en chaussures pour assurer les remplacements et les besoins courants de la troupe. Au 31 décembre 1866, il existait, dans tes magasins de la guerre, un matériel d'habillement dont la valeur était de 65 S23 150 francs, Compte p^n^af du matériel de la guerre pour 1866, page 49. Ce même document orflciel porte l'estimation de tout le matériel de la guerre, à la même date, au chiffre de 620661852 fr., dont 364959092 pour l'artillerie, qui possédait 10944 canons, 25<i6 canons-obusiers, 3671 obusiers et 3153 mortiers, le tout en bronze, sans compter près de 3000 canons en fer.
RÉPONSE AUX AGCUSATfONS. 229
Au point de vue des envois faits par l'administration, il faut distinguer, dans l'expéditioD du Mexique, trois phases bien distinctes.
I^ première commence à la fin de iSOI, au départ du premier contingent débarqué à Vera-Cruz, le 9jaQvier 1862'; son effectif était de 3310hommes, dont 2 686 fournis par le département de la marine et 624, seulement, appartenant à l'armée de terre.
Ce premier détachement était, comme on le sait, destiné à opérer conjointement avec les troupes espagnoles, mais, par suite de circonstances qu'il est inutile de rappeler ici, il dut bientôt agir seul et reçut, en conséquence, un renfort de 4 573 hommes qui furent placés sous le commandement du général de Lorencez et débarquèrent à Vera-Cruz, du 23 au 28 mars 1 862.
Dans celte seconde phase, se placent la marche d'Orizaba sur Puebla (27 avril), l'attaque infructueuse de cette dernière ville (4 mai), et enfin le retour ilu petit corps à Orizaba.
Ce fut alors que commença la troisième phase, et que, pour faire face aux circonstances, les envois de France durent revêtir un caractère plus sérieux. Le général Forey partit pour le Mexique avec 22 320 hommes. Ces troupes, qui débarquèrent à Vera-Cruz, du 23 août au 5 novembre, avaient reçu une organisation plus sohde et plus complète; les éventualités d'un siège, pour s'emparer de Puebla, avaient été prévues, et le matériel d'artillerie préparé en conséquence. Ce matériel, en y comprenant celui attaché à la division de Lorencez, était composé de 8 batte-
■ I, Les Espagnols avaient pria possession de la Vera-Cruz le 17 décembre 1861.
ries ou 48 pièces, savoir : Quatre batteries de 4 de campagne, une batterie de montagne, une batterie de 1 2 de campagne et deux batteries de 1 2 de siège. En comptant les envois de munitions déjà faits précédemment, on pouvait calculer que ces bouches à ieu avaient été approvisionnées, en moyenne, à 623 coups par pièce ; les munitions d'infanterie toTmaient un total général de 12 882 71 (i cartouches, qui durent servir, non-seulement à approvisionner nos soldats, maïs encore les troupes mexicaines, quand elles opérèrent avec nous, et, plus tard, les auxiliaires belges et autrichiens.
C'est avec ces approvisionnements, soitd'artillerie, soit d'infanterie, que furent conduites les deux attaques contre Puebla (la seconde ayant pris les proportions d'un siège en règle), que l'expédition d'Oajaca fut entreprise et, enfin, que tant de combats furent livrés sur tous les points de ce vaste échiquier, où se déroulèrent, pendant quatre années, les opérations de l'armée du Mexique.
A partir de 1863, les envois de munitions cessèrent, et au mois de mars 1 BlîU, le maréchal commandant le corps expéditionnaire écrivait au ministre de la guerre que les approvisionnements, qui existaient dans les magasins, paraissaient suffisants, et qu'il n'y avait pas lieu d'en expédier de France. Le maréchal joignait à sa dépêche le tableau de la silua- ' tion de ces approvisionnements, d'après lequel il existait, au Mexique, 1 1 803 G49 cartouches en tout genre.
Cet exemple suffit pour se rendre compte de la consommation de munitions faite au Mexique, en comparant les quantités expédiées avec les quantités
DçiilizedbvGoOglc
Si maintenant on veut bien rapproclier le chiffre des approvisionnements et du matériel de toute sorte que le service de l'artillerie a envoyés au Mexique, de celui existant dans les arsenaux, on reconnaîtra que ces envois, en considérant surtout qu'ils sont échelonnés sur quatre années, représentent des quantités sans importance, comparées à la situation de nos arsenaux '.
H faut ajouler qu'il a été également délivré au gouvernement de l'empereur Maximilien, pour les troupes mexicaines qui coopéraient avec nous, 12 000 fusils ancien modèle, et de 30 à 40 mille kilos de poudre; mais, ves fusils et cette poudre ont dû être remboursés au Trésor français, ou figurent dans la dette du Mexique envers la France.
Reste la question d'épuisement de nos magasins d'habillement.
Rappelons d'abord que le corps expéditionnaire du Mexiqueétait compris dans l'effectif de l'armée, c'està-dire dans les 400 000 hommes qui figurent annuellement au budget. Il suit de là que les dépenses générales de l'entretien de l'habillement n'excédaient pas les crédits budgétaires.
En second lieu, chacun des corps qui faisaient partie de l'expédition avait son dépôt en France ou en Algérie, et, par conséquent, ne s'adressait jamais aux magasins centraux pour en obtenir des effets confectionnés. Ceux-ci n'avaient donc aucun besoin
1, D'un autre côW, si l'on vient à réiléchir que ce même effectif de l'armée du Mexique, s'il fût resté en France, eût dépensé en exercices k feu un chiffre de munitions au moins égal à celui qu'il a consommé en guerre, on comprendra que ce prétendu épuisement est une fable, dont l'invention ne peut être attribuée qu'à une complète ignorance de notre mécanisme militaire et administratif ou aux passions de l'esprit de parti.
232 SIXIKME PABTIE.
d'int«rvenir pour l'entretien de l'armée expéditionnaire. 11 est, en effet, de principe, que les dépôts des régiments sont chargés de confectionner les effets d'habillement de remplacement, au fur et à mesure qu'ils ont atteint la durée réglementaire, et que ces remplacements sont effectués à des époques fixes, et par les soins de ces mêmes dépôts, que les bataillons se trouvent en France ou à l'étranger. Les réserves d'habillement n'ont donc rien eu à faire pour les troupes du Mexique et n'ont pu, par. ce fait, éprouver aucune perte.
Ce que les magasins centraux ont envoyé au Mexique, ce sont des effets de linge et chaussure. Mais il ne faut pas perdre de vue que ces effets sont imputables sur la masse individuelle; que, par conséquent, les livraisons n'ont eu lieu qu'à titre d'avances ; et que le vide opéré dans les magasins a pu être promptement et facilement comblé.
Reste une question qui a beaucoup ému l'opinion, et sur laquelle des critiques nombreuses, et aussi peu fondées que les précédentes, ont été adressées à l'administration de la guerre.
L'armement a de tout temps été considéré comme étant d'une importance capitale pour une armée ; on s'est toujours occupé en France de le perfectionner, en se tenant au courant des améliorations introduites à Télranger. Le fusil se chai^eant par la culasse, mis en service en 18'i9 dans l'infanterie de la garde prussienne, n'a été cependant accueilli, en France, qu'avec la plus grande réserve. Cette arme présentait sans doute des avantages, mais les hommes spéciaux
lui trouvaient des défauts qui atténuaient ses qualités. Elle était lourde, l'obturation du tonnerre trèsincomplète, etc., la portée efficace très-faible (400 mètres seulement). D'ailleurs, le principe du chargement même par la culasse était vivementcontroversé; on peut lui reprocher son mécanisme assez compliqué, qui peut être, dans une guerre longue et lointaine, d'un entretien difûcile; les cartouches qui lui sont destinées sont d'une fabrication délicate et exigent des ouvriers exercés et une poudre spéciale. Lu consommation des munitions sera considérable, précisément à cause de la rapidité du tir; les convois devront être dirigés de loin et soumis aux chances d'une longue route. Dans l'attaque des positions, le tir rapide est sans grande utilité et sans grand effet contre un ennemi généralement bien défilé et avantageusement posté; en tirailleur, il importe peu que le soldat tire beaucoup, mais bien plutôt qu'il tira avec justesse, deux conditions qui ne se rencontrent pas réunies.
On pourrait multiplier encore les réflexions sur l'emploi du fusil se chargeant par la culasse, mais il suffira d'ajouter que, bien que l'arme des Prussiens fût depuis longtemps connue, aucune puissance de l'Europe ne l'avait adoptée, pas môme celles qui avaient combattu, soit en face d'eux soit à leurs côtés. Mais après la brillante campagne de l'année dernière, l'effet est produit depuis le sommet de la hiérarchie jusqu'à son dernier échelon : la condamnation de l'armement actuel est prononcée. C'est un torrent qui coule à pleins bords et que rien ne saurait arrêter. Il faut se laisser aller à son cours ; seulement un temps matériel est nécessaire pour que le nouvel armement soit mis entre les mains de nos soldats ; mais dans
leur hâte irréflécliie, beaucoup de personnes qui, il y a un an, considéraient le fusil prussien comme un engin de guerre médiocre et auraient été peu disposées à approuver les dépenses énormes qu'entraînera le nouvel armement, poussent aujourd'hui un cri d'alarme et vont môme jusqu'à accuser l'administration de la guerre, parce que l'armée n'est pas encore pourvue d'une arme à tir rapide.
Un historique sommaire de i' armement, en France, est nécessaire pour faire comprendre avec quelle prudente sagesse le service de l'artillerie a dû poursuivre cette recherche, si difficile, de l'arme la meilleure à adopter.
Vers l'époque où les Prussiens expérimentaient le fusil à aiguille, l'introduction de la rayure dans les canons de fusil donnait aux armes à percussion une valeur nouvelle qui permettait de mettre, à peu de frais, entre les mains des troupes, des armes qui tiraient moins vite, il est vrai, que le fusil prussien, mais qui avaient une valeur balistique bien supérieure à la sienne. La carabine de chasseur, par exemple, donnait un tir juste et meurtrier jusqu'à 800 et 1000 mètres.
Cependant on cherchait, en France, la solution du problème, posé plutôt que résolu par la Prusse. Le colonel Treuille de Beaulieu, en 1 854, proposa le fusil dont les cent-gardes sont armés encore aujourd'hui. En 1858, M. Manceaux-Vieillard et M. Ghassepot présentèrent un fusil se chargeant par la culasse, mais avec une amorce détachée de la cartouche. Après avoir été soumis aux expériences du polygone par la commission permanente du tir de Vincennes, un ordre de fabrication pour quelques centaines d'armes fut donné, et des essais en grand
furent commencés par des régiments d'infanterie et de cavalerie, simultanément, en France et en Algérie.
Mais, dans l'inlervalle, l'attention de l'artillerie avait été appelée par une notion scientifique nouvelle, à savoir que dans les armes rayées, il faut que les balles aient une longueur double au moins de leur diamètre, ce qui conduisait irrésistiblement aux petits calibres.
Dès le mois de février 1863, le ministre, sur le rapport du comité d'artillerie, ordonna la fabrication d'un certain nombre de fusils du calibre de 11 millimètres, auxquels devait être appliquée une cartouche portant son amorce, que devait enflammer une aiguille, suivant l'idée prussienne'.
M, le contrôleur d'armes Chassepot fut chargé de l'établissement de l'arme et de la recherche d'une cartouche, avec l'aide et les conseils de M. le chef d'escadron Maldan. Ce travail fut laborieux et exigea toute une année. C'est, en effet, une œuvre difficile que de résoudre la question de la construction d'une arme nouvelle, en coordonnant toutes ses parties, son poids, sa forme, celle de la balle et la composition de la cartouche.
1. On a dit, et quelques journaux ont répété, que le général Bourbaki, k la suite d'une misiiion qu'il avait remplie en Prusse, aviût adressé au ministre de la guerre un rapport dans lequel il recommandait instamment le changement de t'arme de l'infanterie, mais qu'on n'avait tenu aucun compte de ses observations. Quand le général Bourbaki fut chargé d'assister aux manœuvres annuelles de l'armée prussienne, depuis longtemps déjà l'administration de la guerre se préoccupait de la question du nouveau fusil : les faits rapportés ci-dessus et la mission même confiée au général en sont la preuve; l'administration de la guerre n'avait qu'à persévérer dans !a voie où elle était entrée. Dans cette circonstance, comme cela n'arrive que trop souvent, le désir de critiquer l'autorité l'a emporté sur l'examen de faits dont il eût été facile de reconnaître l'inexactitude (octobre 1870).
Enfin, dans les derniers mois de 1865, après de nombreux essais, un modèle fut présenté et des ordres furent envoyés ù la manufacture d'armes de Chiitellerault pour la fabrication de 500 fusils de cette espèce, qui devaient être mis entre les mains des troupes réunies, en 1866, au camp de Châlons, et être soumis, par elles, à la sanction de la pratique.
C'est à ia suite de celte épreuve suprême et pur décision impériale du 30 août 186G, que fut adopté, pour l'armement de l'infanterie, le fusil aujourd'hui eo cours de fabrication'. Après la levée du camp, les armes qui avaient servi aux expériences furent remises au bataillon des cbasseurs à pied de la garde impériale, qui eut la tàclie de préparerions les éléments des instructions à rédiger pour le maniement et l'entretien du nouveau fusil.
Dans la prévision fondée que l'arme dont il est question serait adoptée, et afm de mettre à profit un temps toujours précieux quand il s'agit de modifier l'armement d'une armée , l'administration de la guerre avait établi et outillé, dès ie mois de juin 1866, à Puteaux, une usine pour la fabrication des machines qui devaient être employées dans nos manufactures, et, dès le mois de juillet, les entrepreneurs de ces établissements recevaient des commandes pour la fabrication de trois cent mille armes, afin qu'ils se missent en mesure de se procurer les matières premières, qui devaient leur donner la facilité d'exécuter ces ordres.
C'est à partir de cette époque que l'on a pu s'occuper de la construction des armes types, et, sur ces types, entreprendre les longues et difficiles opérations
1. Voir VÀnnucUre militaire, aonée 1867, p. Iij, et années suivantes.
de l'appareillage, c'est-à-dire la construction des organes travailleurs, des machines, guides et outils proprement dits.
Voilà quelle a été la succession non interrompue des essais tentés pour arriver à une arme, possédant la rapidité de tir du fusil prussien, mais ayant sur lui une grande supériorité par ses qualités balistiques, comme par la perfection de ses organes et la légèreté de son poids.
Examinons maintenant les conditions de la fabrication, au point de vue des difâcultés qu'elle présentait.
Pour apprécier l'importance des opérations qui ont été la suite de l'adoption du modèle de 1866, il faut d'abord examiner la situation des quatre manufactures d'armes de l'État au commencement de 1 866.
Leur puissance de fabrication était de 40,000 armes neuves par an. La plus importante des quatre (celle de Salnt-Étienne) était en construction. Il fallait passer subitement d'une fabrication de 40,000 fusils à une autre de 1 50,000, de 300,000 peut-être, et faire d'énormes approvisionnements de matières premières au milieu de la concurrence générale de toutes les nations militaires, qui viennent puiser chez nous l'acier fondu et surtout le bois de noyer. Pour cela, il fallait substituer la fabrication mécanique à la fabrication à la main, construire 1,200 machines et changer toutes les habitudes dès populations armurières.
Le service de l'artillerie, par son activité, par la précision qu'il apporte aux choses qu'il entreprend, aura pu, dans l'espace de moins d'une année, mettre les quatre manufactures de l'État en mesure de satisfaire, par un travail réglé et continu, aux exigen-
ces du moment, en versant dans nos arsenaux. 1 ,000
fusils par jour.
Aux États-Unis, trente manufactures d'armes s'établirent ou se développèrent au commencement de la guerre de la Sécession ; elles ne livrèrent rien la première année, quoique fabriquant une arme plus facile que la nôtre; au bout de deux ans, elles ne fournissaient pas au delà de 2,000 fusils par jour.
L'administration de la guerre a essuyé le reproche de n'avoir pas eu recours à l'industrie privée. Elle a ■ demandé 50,000 fusils à une société qui, bien qu'autorisée à faire fabriquer en même temps à Liège et à Birmingham, n'a pas voulu s'engager à les fouroir avant le i"' avril 1868, et n'a consenti qu'avec peine à en promettre 'iO,000 pour le 1" janvier de la môme année. Aux mêmes époques, les manufactures impériales auront fourni plus de 380,000 armes, au prix de 70 fr. au plus, au lieu de 83 fr., au moins, que demande l'industrie privée.
La l'russe, qui a l'incontestable mérite d'avoir ouvert la voie dans laquelle toutes les nations cherchent à la suivre, est aujourd'hui trèa-en retard, même au point de vue de la rapidité du tir.
L'Autriche, l'Angleterre et les Etats-Unis hésitent entre divers modèles.
La Russie et l'Italie attendent, avant de se décider, de voir ce que feront les autres nations.
La France a-t-èlle à regretter que l'artillerie aitagi avec une sage modération, et n'ait pas tout sacriflé à la vaine et dangereuse satisfaction de donner plus vite à l'armée une arme imparfaitement étudiée? Quand il s'agit d'une dépense de plus de cent millions, le temps employé à de sérieux travaux n'est assurément pas un temps perdu, et ce sera l'honneur du service
de l'artillerie d'avoir^ malgré d'aveugles clameurs, patiemment étudié l'arme qui sera le fusil de l'avenir.
Ce n'est donc pas l'administration de la guerre qui a manqué de prévoyance : aucun des services qui relèvent d'ellsj on vient de le voir, n'a périclité.
Si, dans les circonstances que nous venons du traverser, l'opinion publique a dirigé un regard inquiet vers l'armée, c'est à d'autres causes qu'il faut attribuer ce moment d'hésitation qui a pu faire douter de nos, institutions militaires.
-Ces causes, il faut les chercher dans ces dispositions à la critique, qui mettent tout en discussion.
L'amour du changement s'est emparé de tous les esprits : il a même fait invasion dans l'armée, et, à l'heure qu'il est, il n'est pas un règlement qui ne soit présenté comme suranné.
Certes, en présence d'une guerre qui paraissait imminente, il y avait mieux à faire que de donner cours à d'imprudentes paroles. Il fallait, au contraire, redoubler ses témoignages de respect pour nos institutions militaires qui, depuis un demi-siècle, nous ont valu, sur des champs de bataille si divers, tant de glorieux succès.
Il fallait montrer plus d'esprit véritablement militaire, faire trêve à tous ces projets de changements qui émoussent et détruisent la religion de l'olHcier et du soldat, en ce qui touche la loi, les règlements et l'exercice du commandement. On a dit, avec raison, qu'on ne respecte les choses qu'autant qu'elles doivent avoir de la durée et que, du doute de la permanence des institutions à la désaffection, il n'y a souvent qu'un pas.
C'est dans les moments de crise qu'il faut avoir
ikù SIXIÈME PARTIE,
confiance en soi, se grouper sous le joug de la discipline, et non pas se livrer à de vaines dissertations ou se laisser égarer dans les obscurités de l'avenir.
Dans tous les cas, ce n'est pas le moment de se laisser entraîner aux illusions des changements.
Ainsi, au lieu d'attaquer, dans toutes ses parties et toutes ses conséquences, la loi de 1855, n'aurait- , il pas mieux valu rechercher, après l'expérience qui en a Été Faite, les modifications qui pouvaient avec utilité lui être appliquées, plutôt que de demander son abrogation?
Y a-t-il, en effet, un avantage quelconque à ^gnaler dans les rangs de la troupe telle catégorie de soldats, et à jeter une espèce de réprobation sur de braves gens qui, aimés et estimés de leurs chefs, ont contracté des rengagements avec prime, et n'ont fait en cela, en dernière analyse, que se conformer à la loi de leur pays ?
Nous avons quelquefois une disposition à noua élever au-dessus des autres nations, ce n'est pas le moment de devenir plus modestes que de raison.
Quoi ! une nation comme la France, qui, en quelque semaines, peut réunir sous ses drapeaux 000,000 soldats, qui a dans ses arsenaux 8,000 pièces de canon de campagne, 1,800,000 fusils et de la poudre pour faire dix ans la guerre, ne serait pas toujours prête à soutenir par les armes son honneur compromis ou son droit méconnu I
L'armée ne serait pas prête à entrer en campagne, quand elle compte dans ses rangs ces vétérans d'Afrique, de Sébastopol et de Solferino, quand elle a pour les commander ces généraux expérimentés et cette foule de jeunes ofûciers préparés par les expéditions en Algérie et la guerre du Mexi-
que à exercer des commaodements supérieura ? Quelle est donc l'armée en Europe qui renferme de pareils éléments d'expérience et d'énergie ?
Notre infanterie n'est point encore entièrement armée de fusils à aiguille. Mais nos voltigeurs ontils jamais été arrêtés, pendant les anciennes guerres, dans leur marche en avant, par les tirailleurs tyroliens armés de leur carabine rayée, ou par les riflemen anglais ?
Faudrait-il donc, à votre sens, rappeler cette expression du maréchal Macdonald parlant des soldats de Wagratn, « Que nous serions moins bien soudés les uns aux autres, et que les liens de la hiérarchie et de la discipline se seraient afTaiblis en nous ? »
Ohl alors bàtons-nous de rappeler ces vertus militaires de nos pères : cela vaudra mieux que le fusil à aiguille 1
Paris, avril 1S67.
Aucune des asaertioQS, aucun des chiffres de ce mémoire ne peut être contesté. Un document officiel, le Compte général du matériel de la guerre pour l'année 1866, document soumis en 1868 au contrôle des Chambres et de la Cour des comptes, établit que, au 31 décembre 1 866, le matériel de la guerre était estimé 620 661 85i francs, dont 66 823 150 francs pour le matériel d'habillement, et 364 959 092 francs pour le matériel d'artillerie qui possédait alors 10 944 canons, 2546 canons-obusiers, 3671 obusiers, 3153
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mortiers, le tout en bronze, sans compter près de 3O00 canons en fer'.
Un fait particulier prouvera que le maréchal avait pris, même avant Sadowa^ sur notre frontière de l'Est, toutes les précautions qui dépendaient de lui seul. Au cours du procès du maréchal Bazaine, le général de Chabaud La Tour déclara que, dès î 865, par conséquent sous le ministère du maréchal Randon, a la place de Metz avait été mise dans un parfait état de défense. » Un état d'armement de la place de Metz, arrêté le 9 février 1 867, c'est-à-dire quelques jours seulement après que le maréchal était sorti du ministère, établit que cette forteresse possédait 269 canons de place, de siège ou de campagne, et 197 obusiers ou mortiers, en tout 466 pièces. Gomment cette même ville a' est-elle trouvée dégarnie au moment de la guerre? Ce n'est pas à nous à le chercher.
En février 1873, plusieurs journaux ont encore reproduit des lettres d'un lieutenant-colonel d'artille-
1. Après la guerre de 1870-1871, la Commission d'enquête sur la situation des arsenaux au moment de la guerre, laissa soupçonner que le matériel porté sur les inventaires produits par le Ministre de la guerre n'existait pas dans les magasins ; que, particulièrement, le nombre des canons et des fusils n'était pas exact. Le rapport fait par M. Riant au nom ds la Commission des marchés, constata au contraire, que les 10111 canons de campagne déclarés par le général Suzane étaient exactement contenus dans -tes magasins de l'artillerie au 1" juillet 1870 ; qu'il y avait, sur ce nombre, 4062 bouches à feu rayées et 6046 canons de campagne non rayés; que l'État possédait 3 350 000 armes portatives, dont 1 058 000 du modèle Chassepot ; qu'enQn, tout était exact dans la comptabilité du matériel de la guerre. Ce ne sont donc pas les armt'S qui en 1370 ont manqué à nos soldats, mais les soldats qui manquaient aux armes, parce qu'au lieu d'adopter les propositions du maréchal Randon en 1866, pour ia conalilotion d'une puissante armée active et d'une solide réserve bien exercée, on avait agité l'armée sans la fortifier.
rie en retraite, accusant le maréchal Randon d'avoir, contrairement aux intérêts du pays, vendu quantité d'armes et d'objets de matériel. Le Ministre de la guerre a répondu lui-même « à ces honteuses attaques, V par la note suivante insérée au Journal officiel du i S (é^ner \ 9,73:
a Le signataire de cette lettre semble ignorer complètement le rôle de l'administration de la guerre quand il s'agit de faire vendre des objets hors de service.
« Le Ministre de la guerre se contente de prononcer la réforme de ces objets, et dans le cas auquel il est fait allusion, il s'agissait de fusils à pierre, modèles 1777, 1816, 1822; de sabres de cavalerie, modèles an XII, an XIII, 1816, hors d'usage depuis longtemps; de sabres d'infanterie modèle 1816, dits briquets; de matériel d'artillerie de modèle abandonné.
■ Une fois la réforme prononcée, c'est l'administration des domaines qui intervient pour faire vendre, au profit du Trésor, dans les meilleures conditions possibles, et l'expérience prouve qu'elle a toujours opéré au mieux des intérêts du pays, »
Quand le jour s'est fait, contre le gré de certaines personnes, sur la loyale administration du maréchal Randon, on a incriminé ses paroles. M. le duc d'Audiffret-Pasquier s'est servi de la dernière phrase du mémoire sur la situation de l'armée en 1866, pour y trouver la preuve du peu d'empressement qu'avait mis le maréchal à introduire dans l'armée le fusil à aiguille. C'est un argument d'avocat dans une mauvaise cause; et on s'étonne qu'un homme politique n'ait pas compris Tiotention qui avait dicté celle
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phrase : « Hâtons-nous de rappeler les vertus militaires de DOS pères, cela vaudra mieux que le fusil à aiguille. >
Lorsque le maréchal écrivait ces -mots en avril 1 8G6, nos troupes n'avaient pas encore le chassepot ; il savait que le premier et le plus essentiel avantage d'une arme est la confiance que les soldats mettent en elle; et, patriotiquement, il ne voulait pas ébranler celle qu'ils avaient dans leur ancien armement. C'était là un intérêt d'ordre supérieur, parce <|ue la fabrication du nouveau fusil marchait avec la lenteur inévitable dans un aussi grand changement, et à une époque où régnait au sein des pouvoirs publics, comme dans la nation, l'idée que l'armée était une dépense improductive. Beaucoup de gens risquaient de décourager nos conscrits en répétant que le fusil à aiguille avait seul vaincu à Sadowa, et que nulle arme n'y résisterait. Un maréchal de France devait parler autrement, et l'on doit plaindre ceux qui ne le comprennent pas.
Devant cette persistance des attaques, on comprend la persistance de la défense, de la part de ceux qui ont le devoir de préserver, même de l'ombre d'un soupçon, la mémoire de celui dont Guizoï disait : a C'est un homme de bien, d'ordre, de sens et de justice '. »