‹ Mémoires du maréchal RandonChapitre 24 sur 29 · Lettre k Mme Charles Le Normand · texte numérisé non relu

Lettre k Mme Charles Le Normand

DE LARUEE ET LES CtlÀNGEUEnTS EH 1867 ET 1868.

Rentré dans la vie privée, le maréchal Randon ne pouvait cependant pas se désintéresser des changements qu'on opérait dans l'armée ou en Algérie. Il a '■ résumé son opinion sur ces deux points dans deux écrits, l'un, à propos du vote de l'armée à l'époque du plébiscite, de 1870, l'autre comme membre d'une commission chargée de la réorganisation de l'Algérie.

Voici le premier :

Lorsque, à raison de besoins nouveaux, nés de circonstances politiques qui ne s'étaient pas encore produites, on demande l'abrogation ou la réforme d'institutions, de lois ou de règlements, ceux qui ont rempli d'importantes fonctions dans l'État doivent au gouvernement qu'ils ont servi les conseils que' leur dictent une longue expérience et leur dévouement au pays.

Pour que les projets de réforme dont il y a lieu de prendre l'initiative soient menés à bien, il faut, en effet, qu'ils soient préparés par de sérieuses études, et, lorsqu'ils sont accomplis, il reste à examiner si les résultats qu'ils ont donnés ont répondu aux espérances.

Ce n'est point un esprit de critique qui a dicté les

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lignes qui vOQt suivre, mais le senlimeot d'un devoir impérieux.

Mieux que personne, noua savons par une expérience douloureuse combien il est difficile de £iire accorder ensemble deux choses qui sont contradictoires : les nécessités militaires de la France qui, dans l'état de l'Europe, sont très-grandes, et l'économie dans les dépenses budgétaires que l'opinion publique impose aux Chambres et au gouvernement.

Mais ayant l'honneur d'être un des chefs de ^a^ mée, nous sommes tenu de combattre les réformes qui diminuent sa force ou qui l'agitent sans l'améliorer.

Nous le disons en toute sincérité, la destruction de l'ancienne loi de recrutement et la loi nouvelle de 1867 nous paraissent de mauvaises mesures.

La loi de î855, qui traitait du rengagement avec prime des sous-officiers et soldats, est-il besoin de le rappeler, créait une caisse dite « de la dotation de l'armée » qui s'alimentait des sommes versées par les jeunes gens appelés à servir sous les drapeaux, et qu'un sacrifice d'argent dispensait de cette obligation. Par contre, les sous-officiers et soldats , dans la septième année de service, étaient admis à contracter un engagement de sept ans, et recevaient de cette caisse de dotation une prime égale à celle qui avait été versée au titre de l'exonération. Dans le cas où l'équilibre ne se produisait pas entre les exonérations et les rengagements, la loi admettait le remplacement administratif dans les mêmes conditions que pour les rengagements avec prime, et ces remplacements venaient compléter le chifTre du contingent destiné à maintenir les effectifs des difTérents corps de troupe.

LE VOTE PLÉBISaTAlBE DE L'AHMKE. 247

En dehors de ces principes généraux, la loi sur l'exonération avait stipulé quelques conditions spéciales plus onéreuses pour les sous-officiers et soldats qui demandaient à se faire remplacer quand ils étaient sous les drapeaux, ou bien à contracter un deuxième rengagement. Ces exceptions, que justifiait parfaitement l'intérêt de l'armée, établissaient un écart en faveur de la caisse de dotation qui constituait, ù vrai dire, là condition financière de la loi, si bien que lorsqu'elle a été abrogée, en 1808, elle présentait un actif de quatre-vingts millions après liqui< dation des obligations qu'elle avait à remplir'.

Malgré cette situation prospère et les heureux effets produits en donnant la possibilité de conserver dans les rangs de l'armée un plus grand nomhre de vieux soldats, la loi de 1855 dut succomber devant des considérations qui n'ont jamais pu nous convaincre des inconvénients et du caractère dangereux qu'on s'est plu à lui donner.

Les reproches que l'on faisait à cette loi étaient ;

1° Maintenir sous les drapeaux des soldats, et surtout des sous-officiers arrivés à un âge où ils ne pouvaient plus rendre de bons services de guerre.

2° Ralentir l'avancement en raison de l'encombrement des cadres, et rendre par cela plus difficile le choix de jeunes gens destinés par leur éducation et leur instruction à arriver à l'épaulette.

3° On invoquait le cas de guerre qui, contrairement à ce qu'on avançait d'autre part', accroîtrait

1. Rien que le nom de celte caisse aurait dû en assurer le respect : déjà elle-fournissail un supplément de 165 francs à la peneion de retraite des sous-officiers et soldats, et vu son état florissant elle pouvait devenii- la source de bien d'autres améliorations dan a l'armée^

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