‹ Mémoires du maréchal RandonChapitre 6 sur 29 · Page 213 et suivantes · texte numérisé non relu

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H Mon cher maréchal, je pense qu'il faut mettre à profit l'intervalle entre les deux sessions pour réaliser les économies et tes améliorations possibles dans l'armée. Dans ce but il est bon d'arrêter des idées sous le sceau du seci-et, afin de ne pas alarmer d'avance les intérêts qui seront compromis. Mon projet se réduirait aux dispositions suivantes :

n Réduire tous les régiments d'infanterie de deux compagnies (sans exception pour les zouaves et les tirailleurs indigènes). Chaque régiment serait composé de deux bataillons de g'uerrc à huit compagnies; d'un bataillon de dépôt à six compagnies. On supprimerait donc cent dix majors ou chefs de bataillon. En revanche, on aurait trois nouveaux régiments de ti- ]'ailleurs indigènes également à trois bataillons. Pour recruter ces régiments, on donnerait cent cinquante à trois cents francs de prime pour les premiers engagements et la prime ordinaire de deux mille francs pour les rengagements. Dans la cavalerie, il faudrait supprimer le 6* escadron.

1 Ce serait maintenant avons de voir s'il n'y aurait pas d'autres économies à faire dans l'administration, mais non dans Teffectif.

H Je crois que les lits militaires, les approvisionne ments de draps, pourraient subir des réformes. A ce propos, comment se fait-i! que la question mise à l'étude depuis cinq ans et quia pour objet démettre une partie de l'habillement dans la masse de linge et chaussures ne soit pas encore tranchée ?

«Recevez, etc. »

Le ministre, effrayé de cette réduction, proposée pour arriver à la diminution de douze millions que demandaient M. Fould et la commission du budget,

fit de nombreux efforts afin de la reodre moins douloureuse et y réussit dans une certaine mesure. Il répondit à l'Empereur :

« Sire, j'ai fait établir un nouvel état des réductions qui pourraient être opérées dans l'armée, pour alléger les charges du budget de 1867; j'y ai fait comprendre la division du jçénie de la garde, qui n'a pas plus de raison absolue d'être que la division d'artillerie à pied; d'ailleurs, l'arme du génie est la seule qui ne soit pas atteinte dans cette pénible réduction des cadres qui frappe les autres corps de l'armée, et il y aura assez d'autres récriminations, sans donner matière aux intérêts blessés, pour s'élever contre une sorte de privilège en faveur d'une arme sur toutes les autres.

« J'ai fait réduire à un seul bataillon de dix compagnies le régiment de gendarmerie de la garde, et ce n'est pas sans une pénible préoccupation que je me demande ce que deviendront tous les officiers, sous-officiers et soldats de ce corps d'élite, qui devront être supprimés. Dans les régiments de la ligne et même dans ceux de la garde, les réductions dont il est question pourront être reportées sur l'ensemble de l'arme; mais il ne pourra en être de même du régiment degendarmerie, qui ne trouvera qu'un débouché bien restreint dans la gendarmerie départementale.

« Sans doute, en limitant l'état-major du bataillon en projet à un lieutenant-colonel et à un chef de bataillon, nous réduisons les dépenses, puisqu'il y aura suppression d'un colonel et d'un chef de bataillon, peut être même d'un major; mais ces économies valent-elles la peine d'être laites en présence des existences qui seront à peu près brisées? Il est à remar-

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quer, en outre, que, par les mesures que je me trouve dans la dure nécessité de présenter à l'Empereur, le régiment de gendarmerie de la garde serait celui de tous le plus sévèrement traité, puisqu'il perdrait son nom, tout en étant l'objet de la plus forte réduction.

« Je demanderais donc à Votre Majesté de vouloir bien revenir sur sa décision, et permettre que ce beau régiment, malgré tout ce que l'on peut dire sur son organisation anormale, soit conservé à l'effectif de deux bataillons, chaque bataillon de six compagnies ; ce serait deux compagnies seulement de plus que dans la combinaison précédente; et l'organisation à six compagnies par bataillon aurait même sa raison d'être, comparée à celle à sept compagnies des autres corps de l'armée, parce que ce régiment n'étant pas destiné en temps ordinaire à faire campagne, il n'est pas nécessaire qu'il comprenne dans ses bataillons une compagnie de dépôt.

« Mais, si nous devons rester dans la limite des douze millions de réduction. Votre Majesté verra, par l'état ci-joint, qu'il serait absolument nécessaire de ne pas comprendre la dépense afférente à l'extension donnée en projet aux troupes indigènes, alors même que cette nouvelle formation serait réduite à de plus simples proportions.

« Je demande la permission d'appuyer cette opinion par les considérations suivantes : il me paraît plus que douteux que, dans les conditions actuelles des engagements, les effectifs des régiments de tirailleurs puissent recevoir de notables accroissements, et, pour changer ces conditions en les rendant plus attrayantes par le décompte d'une prime, il faudrait apporter une modification dans ce sens à la loi du recrutement, qui, en l'état actuel, interdit la conces-

sion de toute somme d'argent à l'engagé volontaire.

« Je pourrais expliquer comme quoi la toi de la dotation me paraît être applicable aux régiments de tirailleurs, tant que la durée de la première période de leur présence sous les drapeaux (7 ans) ne sera pas exigée aux tirailleurs.

K L'opinion que je viens d'émettre est le résultat de l'examen que j'ai fait faire de cette question.

H Je suis, d'ailleurs, frappé d'une considération plus grave. Il me paraît incontestable que cette extension donnée aux troupes indigènes, au moment où nous frappons de réduction nos propres cadres, suscitera de sérieux mécontentements. Quand les intérêts privés sont lésés, il ne faut attendre, de ia part de ceux qui sont frappés, ni esprit de justice ni vue élevée. L'aigreur est dans le cœur, et la plainte qui est sur les lèvres ne demande qu'une occasion, bonne ou mauvaise, pour éclater, et, dans cette occurrence, il serait à craindre que l'opinion générale ne trouvât en effet que le moment d'accroître nos forces indigènes n'est pas bien choisi.

« Je prie l'Empereur de me pardonner cette liberté (l'appréciation, qui est aussi pour moi l'accomplissement d'un devoir.

(( En résumé, Sire, je proposerais de fixer définitivement les bases de la réduction des cadres et des autres économies à faire sur le budget de 1867, en conservant le régiment de gendarmerie de la garde à l'effectif de deux bataillons à six compagnies chacun ; d'ajourner la création de nouveaux bataillons de tirailleurs algériens, et celle d'un quatrième régiment de spahis.

H Je joins a cette lettre, déjà longue, uoi; note que

j'avais rédigée et que je voulais soumettre à l'Empereur, relativement au mode général de procéder, pour ta fusion des régiments de carabiniers dans les régiments de cuirassiers de la garde. Cette note est assez informe, mais elle prouvera, du moins, à Votre Majesté que je m'occupe, sans relâche, d'effectuer, dans les meilleures conditions possibles, la péaîble tâche qui m'est imposée à l'égard de l'armée. »

Les résultais de ce travail douloureux sont consignés dans le rapport du 1 5 novembre 1 865 :

« Sire,

n Votre Majesté m'a fait connaître sa volonté de ramener les dépenses de notre état militaire à des limites plus restreintes et plus en rapport avec les revenus ordinaires de l'Empire.

M Elle m'a donné l'ordre de Lui proposer les moyens d'opérer une réduction sur le budget de mon département ; j'ai entrepris celte tâche, aussi délicate que difficile, avec le désir de concilier, autant que possible, les grands intérêts qui s'y rattachent.

M Mon attention a dû se porter, tout d'abord, sur les crédits affectés au matériel et aux établissanients militaires; mais je n'ai pas tardé à reconnaître que les réductions praticables, sur cette partie des dépenses publiques, seraient insuflisantes, et que, pour réaliser la pensée de Votre Majesté, il faudrait prendre une mesure plus décisive, atteignant l'effectif même de l'armée.

« J'ai songé alors au renvoi dans la réserve d'une certaine quantité d'huniniiis présents sous les drapeaux; mais on ne peut diminuer indéfiniment l'el-

fectif d'une compagnie, d'un escadron ou d'une batterie, et ces fractions de corps sont, dès à présent, réduites au minimum indispensable pour leur donner une consistance normale, en même temps que pour assurer le recrutement régulier de leurs cadres.

« L'économie résultant d'un renvoi d'hommes, par anticipation, dans leurs foyers, n'atténuerait donc pas sensiblement les dépenses prévues au budget; ou bien il faudrait arriver à une réduction d'effectif telle, qu'elle porterait incontestablement atteinte à l'organisation de l'armée, à sa bonne composition, à l'esprit de corps, enfin aux moyens d'instruction qu'il est indispensable de conserver.

" Devant des considérations de cette importance, l'hésitation n'est plus permise; de toute nécessité, il faut recourir à une réduction des cadres eux-mêmes, en s'imposant pour règle absolue :

« 1 " De n'apporter aucune entrave à la facilité actuelle du passage du pied de paix au pied de guerre ;

a 2" De conserver dans les dépôts, pour le cas de mobilisation, des éléments d'instruction sullisauts pour les recrues.

n C'est dans cet ordre d'idées que j'ai l'honneur de proposer à Votre Majesté les dispositions suivantes :

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