‹ Mémoires du marquis de Ferrières (volume 2)Chapitre 10 sur 23 · II · texte numérisé non relu

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mour^ d'obéissance servile, pouvaient, nonobstant tonte considération personnelle de haine et de vengeance^ traiterd'attentats impardonnables la violation du palais du roi et le massacre de ses gardes..^ Mais le peuple devait nécessairement voir cette violation et ce massacre comme une suite fortuite des entreprises formées contre sa liberté : c'est ce que le peuple vit. En vain les aristocrates crièrent contre le rapport de Cbabroud^ en vain le marquis de Bonnay dit à la tribune que ce rapport était un modèle de plaidoyer pour les grands criminels; le peuple adopta toutes les vues qu'avait présentées Ghabroud^ et s'obstina à ne trouver dans cette malheureuse affaire d'autres coupables que la reine , les nobles, les prêtres et les parlemens.

Les é vêques et les nobles crurent qu'une protestation annulerait le jugement que venait de rendre la majorité de l'Assemblée, et leur fournirait, lorsque des circonstances plus favorables le permettraient ^ un moyen assuré de remettre en cause le duc d'Orléans et Mirabeau. Ils protestèrent dpnc , ils assurèrent que le décret de l'Assemblée était contraire à toutes leS règles de la justice et rendu contradictoirement à toutes les formes; que, pendant la discussion , les tribunes et même les membres de l'Assemblée leur avaient prodigué les insultes et les menaces ; qu'ils n'avaient joui d'aucune liberté d'émettre leur opinion. Ils signèrent , et d'Esprémenil, comptant sur la prochaine rentrée du parlement , ne doutant point que ce grand

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procès ne s'instruisît un jour deVant lui , fit ses réserves.

Cette conduite des nobles et des évéques serait inexplicable 9 si Ton ne remontait pas à la source de toutes les erreurs. On leur parlait sans cesse des forces des puissances étrangères, d'une invasion prochaine en France. Les gardes nationales , ajoutait-on , fuiraient au premier choc ; les troupes de ligne sans chefs se débanderaient; le peu qui demeurerait sous ses drapeaux ne soutiendrait pas L'approche des Allemands et des Prussiens. Selon eux f tout ce qui n'était pas né noble ne pouvait avoir du courage. Ils ne voyaient pas que le courage des nobles tenait lui même à un sentiment factice nommé l'honneur; que la nouvelle constitittion venait de créer un honneur pour le peuple, comme l'ancien gouvernement en avait créé un pour les nobles ; qu'alors l'homme du peuple devait l'emporter sur le noble , parce que, n'étant pas ainsi que le noble élevé dans la mollesse, plus accoutumé à la peine, à la fatigue , aux vprivations , ayant plus de forces physiques , tous les avantages sont de son côté.

Cependant on négociait avec la cour de Rome. Le roi avait adressé au pape la constitution civile du clergé en lui mandant qu'il n'oublierait jamais qu'il était le protecteur de la religion ; mais que sa sainteté comprendrait sans doute que le premier intérêt de cette même religion était de prévenir des difficultés et des divisions qui nepouvaient troubler

la*

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le repos de l'Église de France sans déchirer le sdn de l'Église universelle. Le pape re'pondit qu'il ne doutait nullement de rattachement du roi à la religion catholique et romaine ; que, vicaire de Jësus^ Christ, chargé du dépôt de la foi, il devait l'éclairer , non sur ses devoirs envers Dieu et envers ses peuples, il le croyait incapable de trahir sa conscience et de la sacrifier aux spéculations d'une fausse politi-* que, ifnais qu'il devait lui dire avec fermeté et amour paternel , que si sa majesté approuvait les décrets concernant le clergé, elle induisait en erreur une nation entière , elle précipitait son royaume dans le schisme et peut-être dans une guerre cruelle de religion ; qu'il avait eu l'attention scrupuleuse de ne pas exciter cette guerre , en n'employant jusqu'ici que les armes innocentes de la prière ; que si la religion continuait d'être en danger, il serait obligé comme chef de l'Église de faire entendre sa voix sans jamais toutefois s'écarter des règles de la cha- . rite ; que sa pajesté ne crût pas qu'un corps pure- , ment politique pût changer la doctrine et la disci-' pline universelle de l'Église, ni statuer sur l'élection des évêques , sur la suppression des sièges épiscopaux; qu'elle ne hasardât point son salut éternel , ni celui de ses peuples , en donnant une approba- , tion précipitée qui scandaliserait toute la catholicité; que si sa majesté avait pu l'énoncer aux droits ; de sa couronne, elle ne pouvait sacrifier pour aucune considération ce qu'elle devait à Dieu et à l'Église dont elle était le fils aîné : qu'au reste, avant

que de prononcer dans une affaire si importante pour la religion , il voulait connaître les sentimens du clergé de France.

Cette réponse du pape donna lieu à de nouvelles négociations. L'archevêque d'Aix, sous le nom ^d'Exposé des principes des évêques de l'Assemblée nationale y rédigea un long Mémoire dans lequel^ en protestant que les évêques étaient disposés et soumis à tous les sacrifices temporels , il lia avec tant d'art ces mêmes sacrifices aux intérêts spirituels de la religion y que non-seulement la nouvelle circonscription des diocèses , mais encore la suppression des chapitres, des communautés religieuses, et la vente des biens du clergé, devinrent l'arche sainte à laquelle il n'était pas permis de toucher. Tous les évêques de France adoptèrent cet exposé des principes des évêques de l'Assemblée. On décida, dans une instruction secrète, envoyée aux diocèses, que les évêques et les curés, en prêtant le serment civique, excepteraient, par une disposition expresse, les objets qui dépendaient de la puissance spirituelle; que les évêques ne concourraient en rien à la suppression des chapitres ; que dans tout ce qui tenait à la nouvelle constitution du clergé, ils attendraient les sommations et notifications des corps administratifs ; qu'alors ils annonceraient l'intention où ils étaient de s'en rapporter à la décision du pape, et déclareraient qu'il est nécessaire que FÉglise con-* sacre par son autorité et par l'application des formes canoniques les changemens qui concernent

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la hiérarchie et la discipline ecclésiastique ; que fes évéques supprimés répondraient qu'ils ne peuvent être privés de la juridiction épiscopale et déchargés desabligations de leur ministère par la seule puissance temporelle ; qu'ils entretiendraient le cours des études et des exercices de piété dans leurs séminaires, jusqu'à ce que ces séminaires fussent fermés par des actœ d'autorité; que s'ils étaient fore» de quitter leurs palais épiscopaux, ils loueraient une maison dans la principale ville de leur diocèse pour y continuer leur résidence, et y feraient élection de domicile. On ajouta que si des circonstances impérieuses déterminaient les évéques supprimés à donner à d'autres évéques leurs délégations (ce qu'ils ne devaient faire qu'après avoir épuisé tous les autres moyens), il faudrait que ces délégations fussent publiques , motivées, provisoiresetàterme d'une année ; à la charge en outre, par les évéques désignés , de faire mention dans tous les actes concernant les paroisses, dépendantes des évêchés supprimés , qu'ils n'exerçaient que comme délé*gués et vicaires des évéques dont ils avaient les pouvoirs ; qu'on observait aux évéques supprimés qui seraient tentés de donner leur démission > que cette démarche ne rendait pas le siège vacant , à moins que ces démissions ne fussent acceptées canoniquement du pape et du métropolitain ; que dans le cas d'un siège vacant, soit par mort , soit par démission acceptée canoniquement , l'administration du diocèse appartient au chapitre , et, au

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défaut du chapitre, au métropolitain; qu ainsi ron ne reconnaîtrait point comme canonique toute érection devêchë qui serait faite sans le concours du pape ; que les métropolitains ne donneraient point l'institution aux évéques nommés selon les formes qu'établissaient les décrets.

Ces instructions devinrent la base de la conduite des évêques et des ecclésiastiques attachés à leur parti. Bientôt des plaintes arrivèrent chaque jour contre les manœuvres des prêtres pour égarer le peuple et pour entraver la marche de la constitution. Les révolutionnaires , fatigués de ces résistances f résolurent de prendre ce qu'ils appelaient une grande mesure. ;

« Une ligue , dit Verdel (i), s'est formée conti'e rÉtat et contre la religion, entre quelques évêques et quelques curés. La religion en est le prétexte , rintérêt et l'ambition en sont les motifs. Montrer au peuple, par une résistance combinée, qu'on peut impunément braver les lois , lui apprendre à les mépriser , le façonner à la révolte , dissoudre tous lieà liens du contrat social , exciter la guerre civile : voilà les moyens.

>} Ce plan se trouve tracé dans une lettre de révêque de Tréguier aux curés de son diocèse. L'évêque de Tréguier, après avoir déclaré qu'il regardera personnellement camme intrus les évê-

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ques et les curés nommés d'après les nouvelles for-* mes, proteste qu'il ne communiquera pas avec eux, in dwinis, et ajoute : • • . , c< Dans tous les temps, mais surtout dans celui-ci , il est nécessaire que nous n'ayons qu'une même façon de penser , un même langage , et que notre conduite soit uniforme. » L'évêque de Tréguier joint à sa lettre un modèle de protestation daAS lequel il est dit que c'est à l'autorité ecclésiastique seule qu il appartient de fixer les bornes du ten'itoire de chaque pasteur, de lui donner la succession apostolique , la mission légitime, et l'autorité spirituelle..,.

» Les autres évêques réfractaires ne s'expliquent pas , à la vérité , en des termes aussi absolus ; ce-<pendant, uniformes quant à la résistance à vos lois, ils en varient les efifets au gré de leurs diverses pas*sions , de leurs craintes ou de leurs espérances. Les chapitres vont encore plus loin; ils s'opposent formellement à toute vente , échange, aliénation des droits, biens , revenus de l'Église, et disent hautement que , jusqu'à ce qu'ils en soient empêchés par la force physique, ils continueront leurs fonctions canoniales. Un grand nombre de curés se réunissent par des déclarations, soit générales, soit particulières, aux évêques et aux chapitres. Les uns protestent publiquement en chaire contre vos décrets , prêchent contre l'émission des assignats , contre l'aliénation des ci-devant biens ecclésiastiques; les autres damnent impitoyablement ceux qui acquervont des. biens natioqaux , ceux même qui se prête-

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ront aul opérations prëliminaires.de cette vente ; '^ déclarent que ni eux , ni les évêques^ ni le pape même^ au moment de la mort , ne peuvent leur ^*' donner Fabsolution. Us exhortent les peuples à refuser le paiement des impôts , et à massacrer les commis. »

Voidel lut un long projet de décret sur les moyens de prévenir les suites, funestes qu'entraînerait infailliblement cette révolte des évéques , des chapitres^ et de quelques curés. Montlosier demandal'ajournement. Barnave répondit que le moindre retard était dangereux. « Sans doute. Messieurs , ré- » pUqua Mirabeau, vous apercevez le but et Tattente n coupable de cette cabale. Elle espère, à force de » vous fatiguer, que vous cesserez d'être sages ; qu'a- » près avoir respecté et maintenu la religion , vous » en attaquerez tout-à-coup les principes; afin que » votre chute dans l'impiété invite le peuple à la dis- » persiondes législateurs dont la France attend son » bonheur et sa^ gloire. On veut faire haïr en vous les n persécuteurs du christianisme. Un tel dessein de*- » mande des hommes revêtus du plus auguste ca- »ractère, dont le titre inspire la confiance à ceux >)qui respectent la religion et les lois. C'est du fond » du sanctuaire de la loi qu'on s'élève contre la loi » même, qu'on feint d'attendre une réponse du pa- » pe. On tient un langage de paix , on affecte une » pieuse résignation , on se revêt d'un caractère faux, » perfide. ... On dit qu'on attend la réponse du pape, » et l'on travaille cependant à armer la France ca*

tience qui s'élevait dans FA^semblée : Attendez ^ Monsieur Tabbë^ disait Alexandre Lameth avecuo sang-froid désespérant , je vous ai promis la parole, je vous la maintiendrai; et se tournant vers les interrupteurs ; Messieurs^ écoutez M. Fabbe Maury, ilala parole; je ne souffrirai pas qu'on Tinterrompe. S' adressant ensuite avec un ris malin aux,députfô qui étaient auprès de lui : Vous le voyez , Fabbë Maury voudrait bien qu'on l'interrompît ^ qu'on le forçât de quitter la tribune ; il fait tout ce qu'il peut^ pour qu'on lui impose silence , afin d'avoir un prétexte de dire qu'on refuse de l'entendre et de crier à l'oppression. Il n'aura pas même ce petit plaisir; je lui maintiendrai la parole malgré lui-même... ...

En effets les révolutionnaires, entrant dans les sentimens d'Alexandre Lameth, seinblaien t muets , impassibles; après deux grandes heures de divagations, tantôt éloquentes, tantôt ennuyeuses, l'abbé Maury descendit de la tribune , furieux de ce qu'on ne l'en avait pas chassé, et si hors de lui, qu'il, ne songea pas même à prendre de conclusions.

Ces faits minutieux , que quelques lecteurs me reprocheront peut-être de rappeler, peignent l'esprit général des grandes assemblées, et surtout le caractère français. L'homme qui lit pour s'instruire , semblable au voyageur philosophe , veut tout connaître. Il sait que Içs hommes ^ont petits ; que ce sont les petites choses qui décident presque toujours les grands événemens.

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On décréta (i) que les évêques , ci-devant archevêques^ curés f vicaires , fonctionnaires publics^ se-* raient tenus de jurer de veiller avec soin sur les fidèles du diocèse ou de la }>aroisse qui leur serait confié y d'être fidèles à la nation ^ à la loi ^ au roi ; de maintenir de tout leur pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi ; que ceux desdits évêques , ci-devant archevêques et autres ^ qui n'auraient pas prêté , dans les délais, lesermentqui leur était respectivementpres-' crit, seraient réputés avoir renoncé à leur offices^ et qu'on pourvoirait à leur remplacement comme en cas de vacance par démission; que dans le cas où lesdits évêques, curés, après avoir prêté leur serment respectif, viendraient à y manquer, soit en refusant d' obéit Aux décrets de TAssemblée * soit en formant ou en exécutant des oppositions à leur exécution , ils seraient poursuivis comme rebelles à la loi ,. punis par la privation de leur traitement, déclara déchus des droits de citoyen actif, incapables d'aucune fonction publique ; que ceux des évêques, ci-devant archevêques et curés, refusant de prêter le serment prescrit , ainsi que ceux supprimés qui s'immisceraient dans aucune fonction publique, ou dans celles qu'ils exercent encore , seraient poursuivis comme perturbateurs du repos public et punis suivant la rigueur des lois ; que toutes personnes

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ecclésiastiques ou laïques qui se coaliseraient pour combiner un refus d'obéir aux décrets de rAssemblée nationale , ou pour exciter des oppositions à leur exécution , seraient également traitées comme perturbateurs du repos public : on ajouta que les • évéques^ archeTêques^ curés et autres fonctionnaires ecclésiastiques , membres de l'Assemblée nationale, prêteraient le serment qui les concernait respectivement dans la huitaine du jour auquel la sanction du premier décret aurait été annoncée.

Ce décret, que la fausse politique et l'orgueil des évêques semblèrent solliciter, que la haine et une impatiente cupidité des propriétés ecclésiastiques firent rendre inconsidérément, eut des suites que n'avaient prévues ni l'un ni l'autre parti. lisse trompèrent également dans les motifs qui les déterminèrent. Le clergé, la cour et les nobles, crurent que les peuples , dévoués aux ministres du culte , se railieraient à l'étendard de la religion. Les révolutionnaires pensèrent que les évêques, intéressés seuls dans la réforme que faisait l'Assemblée , seraient abandonnés du bas clergé; qu'en offrant aux curés la proie de quatre-vingt-trois évêchés vacans , et plus de douze cents places de vicaires épiscopaux-à cent louis de gage , ils les attacheraient au succès de la révolution.

Cependant quelques évêques plus sages , et pré-* voyant mieux la marche des événemens, désiraient que la cour de Rome se prêtât aux circonstances. L'archevêque d'Aix rédigea au nom du roi un nou-

veau mémoire. Louis XVI, en communiquant au pape le décret qui obligeait tous les évêques à pro- Boncer un serment , lui fit sentir la nécessité d'éviter un schisme que rien ne pouvait empêcher, si sa sainteté refusait de consentir à des changemens que l'état actuel des choses ne permettait plus de reje* ter« Il demanda que le pape autorisât et confirmât la division des évêchés et des métropoles, telle qu'elle était établie par les décrets de l'Assemblée nationale ; l'érection des nouveaux évêchés, rétablissement d'un nombre de vicaires épiscopaux , chargés de remplir les fonctions paroissiales dans les églises cathédrales, et de former le conseil de l'é-* Teque ; qu'il exhortât les métropolitains et les évêques , dont les diocèses étaient supprimés ou démembrés, à donner leur consentement à cette nouvelle division des diocèses , et à ne point refuser l'institution canonique aux évêques et aux curés qui seraient noriimés par la voie de l'élection.

On ne saurait, ajoutait le roi, se dissimuler à quel poinfil importe que l'Église fasse tout ce qu'elle peut faire. Le silence ou le refus de votre sainteté décidera le schisme. C'est pour le plus grand intérêt de la religion que je vous conjure de me donner une réponse prompte et conforme aux articles que je crois devoir vous proposer. L'archevêque d'Aix, pour seconder les intentions pacifiques du roi, écrivit au cardinal de Bernis, ambassadeur à Rome , que c'était au pape à préserver la religion {Mir des décisions sages et mesurées ; que ces déci-

sions seraient acceptées t qu'il s^engageait à ddnnëf un mandement dès qu'elles seraient arrive'es ; qu'il avait parlé le même langage à quelques évêques qui avaient approuvé sesdispositions . L'archevêque d'Aix , non content de ces démarches qui Thonorent , offrit d'aller à Ronie^ assurant le roi qu'il parviendrait plus facilement à lever touteS les difficultés.

Mais la majorité des évêques ne pensaient point comme l'archevêque d'Aix. Ils refusèrent de se prêter à aucun arrangement^ et^ par leurs intrigues coupables , fermèrent toute voie de conciliation , sacrifiant la religion catholique à un fol entêtement et à un attachement condamnable à leurs richesses. De leur côté ^ les princes français retirés à Turin f regardant ces querelles religieuses comme une semence féconde de guerres civiles, agirent auprès de la cour de Rome. Le pape, trompé sur le véritable état des choses et sur les dispositions générales des esprits , espérant un changement avantageux, différa sous divers prétextes l'autorisation qu'on lui demandait. Il restait une ressource au clergé r c'était que le roi refusât de sanctionner le décret : mais soit suite du parti qu^avait adopté le ministère de tout sanctionner , afin de prouver de plus en plus le peu de liberté dont jouissait le roi , soit que la cour et les évêques espérassent que l'exécution éprouverait une forte résistance de la part des prêtres et du peuple , le conseil décida que le roi sanctionnerait. On voulut pourtant pa- ^

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rattre avoir ét^ forcé : on apporta des lenteurs. Ceâ l^. surs alarmèrent les jansénistes qui espéraient -voir ^nfin se réaliser cette église de leurs plus ten-* dres affections; église projetée^ dès le règne de Louis XIY > par les Arnauds et les Quesnels. L'irapatient Camus demanda^ avec une surprise mêlée d'indignation, si le décret sur l'opposition du clergé à sa constitution civile était sanctionné. Le président répondit qu'il ne l'était pas. Camus répliqua qu'il fallait que le président allât dans la matinée même chez le roi s'informer de la cause de ce retard. Le président se rendit chez le roi : il rapporta que le roi avait promis de prendre en considération le décret dont on lui parlait. En effet , le roi écrivit le lendemain à l'Assemblée qu'en acceptant la cons^ titution civile du clergé, il avait annoncé qu'il prendrait les mesures convenables pour en assurer l'en-' tière exécution ; que depuis cet instant il n'avait cessé de s'en occuper ; que le dernier décret n'étant qu'une suite /de celui du mois de juillet, il ne pouvait rester aucun doute sur ses dispositions; que ce décret lui paraissait exiger la plus grande prudence dans son exécution ; que son respect pour la religion, son désir de voir établir la constitution sans agitation et sans trouble , lui avaient fait redoubler d'activité dans les mesures qu'il prenait; qu'il en attendait l'effet d'un moment à l'autre ; qu'il espérait que l'Assemblée nationale s'en rapporterait à lui avec d'autant plus de confiance , qu'il était chargé de l'exécution des lois ; et qu'en cherchant les II. ï^

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moyens les plus doux et les plus sûrs pour ërlter ce qui pourrait altérer la tranquillité publique , il pensait consolider les bases de la constitution du royaume.

« Le roi y repartit le bouillant Camus , doit accepter purement et simplement les décrets consti* tutionnels ; quant aux autres ^ il est obligé de dire dans huit jours s'il les accepte ou s^il les rejette. Voilà les principes; tous ne sauriez souffrir un plus long délai sans compromettre la constitution. Elle est achevée pour les bons citoyens ; elle est dans toute sa vigueur : mais le retard des décrets qui tendent à y soumettre lui donnerait une atteinte mortelle* Rappelea>-YOus ces séances où vous portâtes les derniers coups au despotisme royal.... Il faut encore déployer votre fermeté. Le seraient décrété de se soumettre à la constitution civile du clergé a été prêté dans plus d'une église ; mais quelques prêtreis s'y refusent. L'archevêque de Reims déclare qu'il ne peut y adhérer. Ne sentez-vous pas les conséquences pour le roi lui-même si vos décrets sont exécutés avant sa sanction ? Puisque le clergé n'a pas le bon esprit d'adopter les décrets qui le concernent , j'en propose un pour le maintien de la religion catholique et pour faciliter la vente des biens nationaux qui ne se vendent que dans certains départemens : c'est de prier le roi d'envoyer demain sa réponse définitive.

-—Vous présentez au roi^ répondit l'abbé Maury, une constitution civile du clergé que nous jugeons

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ndQS' lin objet puremeitt spirituel ; le roi accepte cette constitution et l'adresse au pape. Vous en demalidez l'exécution immédiate ; le roi vous fait une réponse dont vous concevez parfaitement l'esprit ; mais Tous^ vous êtes impatiens de renverser l'obstaele qu'on vous oppose. Je vous observe que le terme de la sanction des décrets constitutionnels n'est pas Umité avec une grande précision ; que la liberté ^ non des membres de cette Assemblée, mais du chef de l'État , exige de grandes précautions ; parce que font acte de violence deviendrait un acte conserva* toire. Quant au recours au Saint-Siège dont vous TOUS plaignez , nous sommes citoyens , nous reconnaissons l'unité du pouvoir temporel ; mais quand la religion a été reçue dans l'État, elle avait des lois^ des droits et un chef. Tant qu'elle sera la dominante en France, cette religion ne sera pas ^otre esclave. Elle n'a aucune autorité sur le temporel ; mais elle ne reconnaît pas la puissance des hommes. »

Ce discours très-clair annonçait les vues etles dernières ressources du clergé. Aussi fut-il souvent interrompu par les plus violens murmures. Casalès remplaça l'abbé Maùry dans la tribune ; à peine eut-il prononcé quelques mots, que les révolutionnaires poussèrent de toutes parts les cris ordinaires de aux {>oix. Casalès insista. Les révolutionnaires refusèrent avec obstination de l'entendre. Us craignaient que le peuple ne s'aperçût des moyens violetis qu'ils emplo3raient pour arracher du roi la

sanction de leur décret. Ce refus excita les plus vives

réclamations du côté droit, a Je prie Topposition , dit Casalès , de ne point me défendre : une injustice de plus ne servira qu'à faire ressortir roppression sous laquelle nous n'avons cessé de gémir. Que l'Assemblée déclare qu'elle ne veut entendre aucui|!4es membres du côté droit : ordonnez^ on vous obéira; mais OFdonnez ou écoutez. >i

C'est ce que voulaient la cour et les évoques. Il fallait pour l'exécution de leurs desseins que l'Assemblée rejetât toute voie d'accommodement, commandât impérieusement la sanction , et que lé roi parût forcé de la donner. Les révolutionnaires, accoutumés à tout emporter par la violence , ne songèrent pas assez au refus de la médiation du roi , et combien il était essentiel à l'affermissement de cette même constitution civile du clergé, qu'ils se prétassent à ce qui pouvait en faciliter Texécution. Us auraient dévoilé les véritables intentions de la cour ; ils auraient montré au peuple les motifs de sa résistance et de l'obstination des évoques ; mais il est rare qu'une grande assemblée raisonne : tout y est l'effet du choc des plus violentes passions.

Le soir, quatre à cinq cents hommes de la populace se portèrent sous les fenêtres du roi et demandèrent à grands cris la sanction du décret. La cour attendait ce mouvement. Dès le lendemain, le roi fit annoncer à l'Assemblée qu'il venait d'accepter le décret; mais qu'il était bien aise d'expliquer les motifs qui l'avaient déterminé à retarder l'acceptation, et ceux qui le déterminaient àla donner en

ce moment ; qu'il allait le faire avec franchise et comme il convenait à son caractère ; que ce genre de communication avec FAssemble'e nationale et liiylevait resserrer les liens de cette confiance mutuelle nécessaire au bonheur de la France ; qu'il avait fait plusieurs fois connaître à l'Assemblée nationale les dispositions invariables où il était d'appuyer, par tous les moyens qui étaient en lui , la constitution qu'il avait acceptée et juré de mainte- **• nir ; que s'il avait tardé à prononcer l'acceptation sur le dernier décret, c'est qu'il était dans son ^ cœur de désirer que les moyens de sévérité pussent être prévenus par ceux de la douceur ; c'est qu'en donnant aux esprits le temps de se calmer, il croyait que l'exécution s'eflFectuerait avec un accord qui ne serait {pas moins agréable à l'Assemblée qu'à lui ; qu'il espérait que ces motifs de prudence seraient généralement sentis ; mais , puisqu'il s'était élevé sur ses intentions dçs doutes que la droiture de son caractère devait éloigner, il ne balançait plus : sa confiance dans l'Assemblée nationale l'engageait d'accepter.

JVÏalgré ces dehors affectés d'union avec l'Assemblée , ces protestations de maintenir la constitution, les révolutionnaires se défiaient des intentions du roi. Ils travaillèrent donc avec beaucoup d'activité à mettre à exécution le décret de la constitution civile du clergé : ils étaient décidés à prévenir la réponse du pape. En effet, si cette réponse était farvorable, ils la présenteraient au peuple comme une

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dnite du décret qu'ils avaient rendu ; si elle ëtak pëgative ou même dilatoire, ils accuseraient le cierge de n'avoir pas prévu la rigueur de l'exécution d'une loi que sa résistance avait rendue nécessaire»

Les eccl&iastiques du parti révolutionnaire f députés à l'Assemblée, n'attendirent pas le délai fixé pour la prestation du serment. Les évêques d'Autun et de Lida donnèrent l'exemple. L'évêque de Lida voulut employer quelques restrictionst Interpellé s'il entendait prêter un serment pur et simple , il répondit d'un ton hypocrite qu'il avait motivé son préambule à l'exemple de l'abbé Grégoire^ dans le dessein de persuader aux ecclésiastiques de ss^ pro» vince que l'intepltion de l'Assemblée n'était pas de blesser les droits spirituels de l'Église; qu'il réparait une omission qu'il se reprochait en qualité de fonctionnaire public ; qu'il se soumettait sans réserve au décret de l'Assemblée; qu'il jm^ait de remplir fidèlement ses devoirs civiques.

Les évêques et les révolutionnaires s'agitèrent et intriguèrent , les uns pour faire prêter le serment , les autres pour empêcher qu'on ne le prêtât. Les deux partis sentaient l'influence qu'aurait dans les provinces la conduite que tiendraient les ecclésiastiquesde l'Assemblée. Les évêques se rapprochèrent de leurs curés ; les dévots et les dévotes se mirent en mouvement. Toutes les conversations ne roulèrent plus que sur le serment du clergé. On eût dit que le destin de la France et le sort de tous les Français dépendaient de sa prestation ou de sa non-presta-

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tion . Les hommes les plus libres dans leurs opinioBS religieuses , les femmes les plus décriées par leurs mœurs , devinrent tout-à-coup de: sévères tkéolcH giçns ^ d'ardens missionnaires de la pureté et de l'intégrité de la foi romaine.

Le Journal de Fonteney, l'Ami du roi^ la Gazet-* te de Durosois , employèrent leurs armes ordinaires, l'exagération^ le mensonge^ la calomnie. On répandit une foule d'écrits dans lesquels la consti« tution civile du clergé était traitée de schismatiquey d'hérétique^ dq destructive de la religion. Les dévotes colportaient ces écrits dé maison en maison. Elles priaient^ conjuraient , menaçaient , selon les penchans et les caractères. On montrait aux uns le clergé triomphant , l'Ai^mbléé dissoute , les ecclésiastiques prévaricateur^ dépouillés de leurs bénéfices f enfermés dans des maisons de correction ; les ecclésiastiques fidèles couverts de gloire , comblés de richesses. Le pape allait lancer ses foudres sur une Assemblée sacrilège et sur des prêtres apostats. Les peuples dépourvus de sacremens se soulèveraient f les puissances étrangères entreraient en France, eï cet édifice d'iniquité et de scélératesse s'écroulerait sur ses propres fondemens.

Les révolutionnaires, sans s'inquiéter autant que les qobles et les évêques du succès de la mesure qu'ils avaient décrétée , agissaient de leur côté ; non qu'ils regardassent le refus des évêques, des chapitres et du haut clergé comme contraire à leurs projets, il leur gifrait un moyen légal de ne point les

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payer, et ils 4l&΀jit décidés à le saisir; mais les ré- Yolutionnàir^ auraient souhaité que les curés prêtassent le serment. Us voyaient déjà le parti que les ennemis de la révolution tireraient de leur refus pour exciter des âroubles. Cependant les évêques pensèrent qu'il €l|l«it^ avant d'éclater, témoigner quelque envie de se prêter au vœu de l'Assemblée. L'évêque de Clfermont proposa une formule de serment rédigée avec beaucoup d'art et propre à séduire les simples. L'évêque^de Clermont y répétait que les évêques étaient disposés à tous les sacrifices ; qu'ils donneraient toutes les assurances de la plus entière soumission aux décrets de l'Assemblée; qu^ils consentiraient à prêter tout ser-^ ment qui pourrait s'accordqpavec la religion ; qu'en conséquence ils n'exceptaient que ce qui tenait immédiatement au spirituel de l'Église. Les évêques étaient bien sûrs que les révolutionnaires refuseraient un serment conditionnel qui n'engageait à rien ; car dans les principes du clergé , le revenu temporel des églises est aussi spirituel que le dogme même. Et puis les esprits s'étaient aigris : à l'intérêt de la chose se joignait un intérêt d'orgueil ; et quand même le serment que proposait l'évêque de Clermont eût été le même pour le fond , les révolutionnaires se seraient opiniâtres à exiger qu'il eût la même forme et qu'il s'exprimât dans les termes mêmes du décret.

Charles Lameth invita donc les ecclésiastiques à cesser ume résistance coupable^ et leur annonça que

s'ils ne prêtaient pas le serment , ib. cesseraient d'être fonctionnaires publics.

— Vous devez, Messieurs, ajouta Lameth en sV dressant à l'Âsseniblëe, faire un sag0 emploi de vos forces : les ennemis de la constitution , les prêtres surtout , trouveront assez de fanatiques, assez de malheureuses victimes de leurs fureurs, sans que vous les favorisiez par votre faiblesse.

Les révolutionnaires , jusqu'à ce jour, avaient compté sur l'assentiment de la presque totalité des curés; mais voyant, par les dispositions manifestes du îplus grand nombre , qu'ils ne consentiraient point à prêter Le serment qu'on exigeait , ils cher- • chèrent^ à l'aide de différentes explications, à leur faciliter ce pas difficile. Us n'étaient point à se repentir de la maladresse avec laquelle ils avaient décrété que les ecclésiastiques , membres de l'Assemblée, prêteraient leur serment au milieu même de l'Assemblée, sous les yeux de leurs évêques , de leurs anciens seigneurs , et d'un peuple témoin de leur courage ou de leur lâcheté; mettant ainsi dans une inégale balance leur conscience , leur honneur et un mince bénéfice.

Le jour fatal arrive(i), l'abbé Grégoire monte à la tribune; il prend, dit-il, la parole au nom de la religion , de l'amour de la patrie, de la paix ; il proteste de l'union fraternelle et du respect invariable

(i) i**- janvier 1791.

30a UYiqs rm.

qui Fattachç^iit aux curés kes confrères et à ses vé-* ritables supérieurs les ëvêques. U répète que TAs-i semblée n'a jamais entendu toucher au spirituel* Les appiaudisàemeiis prolongés des révolutiomiaires semblent ratifier l'assurance que donne l'abbé (Sré-t goire. Il contimie l (v Le serment que demande FAs* semblée ne doit pas effrayer les consciences tinMH rées. L'Assemblée n'exige pas un assentiment inl^

rieur » Ce singulier aveu excite les murmures

des évêques et des nobles, u On peut jurer^ pour-* suit FabbéGrégoire^ d'obéir à une loi ^ êf cependant

garder son opinion » Ce nouvel éclaircissement

ne contentant personne^ Mirabeau s'empresse de If développer : « L'Assemblée n'a aucun empire sur les consciences^ elle déclare seulement l'incompatibili^

té de telle fonction avec tel serment Le refus

de le prêter n'a que l'effet d'une démission voloutaire. Je ne serais pas monté à cette tribune^ ajoute Mirabeau, pour donner cette explication, si l'on ne lisait sur les murs des carrefours de Paris une affiche inconstitutionnelle^ inique même. On y décla-^ re perturbateurs du repos public les ecclésiastiques qui ne prêteront pas le serment décrété : l'Assemblée n'a jamais permis une telle affiche : celui qui dit : Je ne puis prêter le serment et je donne ma démission, n'est certainement pas coupable. »

Cette affiche , prodiguée dans tous les quartiers de Paris, était une manœuvre des révolutionnaires pour exciter le peuple contre les prêtres qui refuseraient de prêter le serment, et ppur les iQtimider

LTVBË vm. io5

pAT la crainte des événemens qu'entraînerait un refus. L'affiche avait produit TefTet qu'on en attendait : elle avait signale aux yeux du peuple ^ comme ennemis de la révolution^ les prêtres qui s'opiniâtreraientàne point jurer. Les révolutionnaires , ne Toulant pas qu'au moment même qu^on allait exiger le serment^ il existât une preuve si authentique des moyens violens qu'on prenait pour l'arracher^ feignirent d'être très-courroucés contre les auteurs de cette affiche. L'Assemblée ordonna qu'elle serait enlevée ef îlcérée sur-le-champ ; mais on ne fit aucune recherche de ceux qui l'avaient publiée et placardée. Le protestant Barnave observa que le délai accordé aux ecclésiastiques ^ membres de l'Assemblée, était expiré j que pour exécuter la loi, et pour donner une impulsion centrale aux corps administratifs, il fallait interpeller les ecclésiastiques présens s'ils voulaient, oui ou non , prêter le serment décrété; que d'après les éclaircissemens présentés par l'abbé Grégoire et par Mirabeau, il ne pouvait plus' rester de doute aux hommes dont la contre-ré- ▼olution n'était pas le but. « Il est impossible, reprit Mirabeau , de prévoir qu'il y ait des refusans, après les explications simples, les invitations charitables que vous venez d'entendre ; vous ne pouvez croire que des ministres de paix veulent secouer sur leur patrie les torches de la discorde. » Les révolutionnaires commencèrent à espérer qu'ils remporteraient la victoire: les discours de l'abbé Grégoire et de Mirabeau avaient fait une forte impression sur

â04 LIVRE VIII.

les curés qui ne tenaient ni à l'un ni à Tautre parti , et qui ne demandaient qu'à s'assurer contre les reproches de leur conscience. Les évêques s'aperçurent de cette disposition des esprits; ils eurent recours à leurs moyens ordinaires , et cherchèrent à jeter le trouble dans l'Assemblée. L'abbe Maury se pre'sente à la tribune. Les révolutionnaires, prévoyant l'impression que son discours va faire sur les curés, poussent des cris de fureur; ils y joignent des menaces et des gestes indécens. n Frappez, mais écoutez, » s'écrie l'abbé Maury. Les évêques et les nobles disent que l'Assemblée n'est pas libre. Camus demande que l'explication donnée par l'abbé. Grégoire et développée par Mirabeau soit insérée dans le procès-verbal. «L'explicatipn, reprend d'Esprémenil, donnée par Mirabeau, estun monument de mauvaise foi. Je vais le prouver. » Ces mots excitent de nouveaux débats; bientôt les injures rempla-^ cent la discussion. « Point d'explication , gisent les uns. Pourquoi a-t-on admis celle de l'abbé Grégoire? répondent les autres* Ni préambule ni restriction, répliquent l'abbé Maury et les évêques; que nous sachions franchement ce que l'on exige de nous. *— Jurez, jurez, » répètent les révolutionnaires.

Mirabeau s'efforce de ramener la question à son véritable objet. « La puissance civile , dit-il, ne peut exiger de chaque citoyen que l'obéissance et la soumission à la loi, et de chaque fonctionnaire pu-* blic que d'exécuter et de faire exécuter la loi. L'Assemblée nationale n'entend , par son décret,

LITRE VIII* ao5

qu'assurer l'exécution des lois : elle laisse l'entière liberté d'opinion et de conscience qui ne saurait être ravie à personne. » Ce nouveau développement ne rapproche point les deux partis; les esprits étaient trop animés, les intérêts trop contraires. On insiste pour l'appel nominal : il commence.

On entend tout-à-coup, dans le dehors, quelques

cris :9ijé la lanterne ceux qui refuseront! » On

ai prétendu que ces cris partaient d'hommes apostés par les évêques. Quoi qu'il en soit, cette manoeuvre eut le succès qu'on en espérait. « Entendez-vmis , dit Casalès , les cris que l'on pousse autour de cette Assemblée? que M. le maire aille faire cesser ce désordre et taire ces brigands. — Vous voyez , repart Dufraise-Duchey, les scélérats salariés par les factieux; ils investissent la salle de nos séances toutes les fois qu'il s'agit de porter atteinte à la religion et à la monarchie : l'Assemblée n'est pas libre , je proteste tant en mon nom qu'au nom de mes commettans. •• » François de Beauharnais et plusieurs évcques s'avancent au bureau , assurent qu'il est impossible de délibérer dans un pareil désordre : ils demandent que, si Ton refuse d'écouter les ministres de la religion, l'on se comporte du moins avec la décence due aux malheurs de ceux qu'on veut intimider. Murinais somme le président de lever la séance. Les révolutionnaires demeurent calmes et laissent leurs adversaif es s'abandonner aux plus folles clameurs. Le président envoie deux huissiers voir d'où partent les cris dont on se plaint. Tout

:206 UYRE TilIé f

était disparu. L'appel nominal continue. L'évêque d'Agen répond aTec une douceur modeste : « Je suis fâche y Messieurs ^ de ne pouvoir faire ce que yoos exigez de moi. Je ne donne aucun regret à ma pla^ ce ji aucun regret à ma fortune ; j'en donnerais à la perte de votive estime que je yeux mériter, d Le9 bruyans applaudissemens des membres du côté droit couronnent la réponse de l'éTeque d'Agen. •< On appelle l'abbé Fournier^ curé d^Agen. ce Je me fais gloire^ réplique-t-il,d'adliérer aux sentimena de Uion éyêque. Je le suivrai partout^ et même ao supplice y comme le diacre Laurent suivit le pape Sixte. » De nouveaux applaudissemens» denouveaut bravos retentissent du côté droit. L'abbé Leclerc^ curé de la Combe^ bailliage d'Alençon, vient le troi-* sième, et dit : « Je déclare y qu'enfant de l'Eglise catholique et rpmaine y je ne prêterai point le ser4 ment demandé. » Les révolutionnaires reconna^ sent enfin que^ dans cette lutte solennelle ^ l'hon-^ neur, la religion ^ la timidité méme^ se tournent contre eux ; ils demandent que chaque ecclésia&* tique se borne à dire : Je jure ou je refuse. « C'est une tyrannie, reprend Foucauld; les empereurs ro* mains laissaient aux mart}rrs la liberté de pronon^ cer le nom de Dieu et de professer le glorieux té^

moignage de leur fidélité à la religion* » Quel*-

qu'un propose un appel collectif et l'insertion de ceux qui auront juré. Les révolutionnaires appuient cette proposition. Les évéques et les nobles la oom*^ battent. Elle passe à la pluralité des voix. Un curé

^ LITBE Vni. 207

lare^en adoptant le sentiment de rAssembléequi a déclare n'avoir pas voulu toucher au spirituel. Le président annonce que l'Assemblée n'a cessé défaire cette déclaration dans toutes les circonstances, a Eh bien y réplique Casalès^ que l'Assemblée le déclare positivement , et qu'elle adopte le serment qu'a proposé M. l'évéque de Clermont. h Mirabeau soutient que l'Assemblée n'a point en effet touché au spiri-* tneL Les esprits paraissent se disposeVU une pacification, M. de Beaupoily évéque de Poitiers^ se lève, marche à la tribune; il se fait un grand silence. Les révolutionnaires croient que M. de Beaupoil va jurer et ne doutent point que cet exemple, donné par l'un des plus anciens évoques de France, n'entraîne un très^rand nombre decurés. ce Messieurs, dit Tévéque de Poitiers, j'ai soixante-dix ans; j'en ai passé trente-cinq dans l'épiscopat, où j'ai tâché de faire tout le bien queje pouvais faire. Accablé d'années, d'infirmités , je ne veux pas déshonorer ma vieillesse. Ainsi je ne prêterai pas le serment : je saurai prendre mon sort en patience. »

Les révolutionnaires ne dissimulent plus leur rage. Les cris, les fureurs recommencent; on décrète que les ecclésiastiques qui voudront prêter le serment viendront s'inscrire au bureau. Très-peu de curés se présentent. Le président sépare l'Assemblée.

• Les évêques eurent toute la gloire de cette mémorable journée. Les révolutionnaires commencèrent à $e repentir d'une mesure violente, impolitiqu^

ao8 LIVRE VIII.

inutile même à rétablissement de la constitution cp vile du clergé; mais la haine atrabilaire du jansé^ niste Camus contre l'épiscopat^ le désir d'une vengeance peut-être légitime de la part des protestans^ permirent moins aux uns et aux autres de songer au bien réel de la choses qu au plaisir d'anéantir un corps qui ^ dans le dernier siècle^ avait tant abusé de son immense pouvoir,»

Les deuj(|^)artis ne s'occupèrent plus que des moyens y l'un de consommer le grand œuvre de la constitution civile du clergé^ en dépossédant les évê* ques et les curés qfui avaient refusé de prêter le serment; l'autre, que d'employer toutes les ressources de Tintrigue, afin d^empêcher ce remplacement. Les livres se multiplièrent, les journaux devinrent un champ clos oii se battirent les champions de l'un et de l'autre parti ; les anciennes querelles sur la nature et sur les bornes des deux puissances se renouvelèrent. Aucun des combattans n'était de bonne foi. L'intérêt était le mobile caché de l'attaque et de la résistance : mais les forces n'étaient point égales* Les révolutionnaires avaient pour eiix le peuple toujours avide de nouveautés, et auquel on faisait voir dans le refus du serment le refus de l'abandon des dîmes et de l'abolition des droits féodaux. Us avaient les capitalistes, les agioteurs, les créanciers de l'Etat; on leur répétait sans cesse que la vente des biens du clergé , gage et espoir de leurs créances, ne s'effectuerait jamais tant que les évêques demeureraient en possession de leurs évêchés, et que

le clergé ne reconnaîtrait pas solennellement le droit qu'avait l'Assemblée de disposer de ses propriétés. U ne restait donc au clergé que quelques dévotes^ le roi, les nobles , les financiers , les parlemens, les gens attachés à l'ancien régime : mais^ suspects depuis long- temps au peuple , tout ce qu^ils pouvaient dire ou faire était loin d'obtenir sa confiance. •• Et puis le clergé était divisé ; et , quoique la grande majorité fut demeurée attachée aux évêques^ beaucoup d'ecclésiastiques du second ordre avaient prêté le serment. Il n'existait donc point de danger de voir cesser le culte. Or , pourvu que le peuple ait des messes , des vêpres^ des processions , qu'il soit baptisé^ enterré^ mariée peu lui importe qui remplisse les fonctions sacerdotales. *

Quatre évêques seulement; s'étaient soumis à la loi : l'archevêque de Sens , les évêques d'Autun , d'Orléans et. de Pamiers. Le remplacement des autres éprouvait de grandes difficultés. Il fallait trouver des sujets qui bravassent l'opinion générale de l'Église ; qui ne rougissent point de s'asseoir à la place des évêques légitimes, et d'acq«érir le nom humiliant d'intrus. Il fallait trouver des évêques qui osassent conférer un titre à ces intrus, et leur donher une juridiction sur laquelle ils n'ayaient aucun droit. On appréhendait encore que le caractère individuel des nouveaux évêqifes ne dégradât , aux yeux du peuple , l'épiscopat constitutionnel) et que:; passant du mépris de l'homme M. 14

210 LIV?IE yiii.

au mépris du ministère » il ne jetât ses regards ein arrière et ue se ralliât à ses ancieus pasteurs*

Le clergé ne s'oublia point dans cette lutte si in* téressante pour lui. Les évéques refusèrent d'abaich donner leurs fonctions^ publièreirt des mandemenSi des lettres pastorales ; ils déclarèrent que tous les baptêmes^ toutes les ordinations que pouvaient faire les prêtres qui oseraient les remplacer^ étaient nuls; que tous les sacremeus qu'ils administreraient n'étaient point des sacremens ; ils leur retirèrent IcsB pouvoirs de confesser et d'absoudre; ib défendirent jEiux. fidèles de communiquer aveo eux sous peine d'excommunication ^ et ne négligèrent aucun de csi moyens autrefois si puissans sur les peuples > mais devenus bien faibles depuis que la philosophie et les lumières ont éclairé les esprits. On alla jusqu'à dire aux jeunes filles qui étaient sur le point de se marier, que , si elles consentaient à recevoir la bénédiction nuptiale des prêtres jureur^^ elles nerer cevraient point le sacrement de l'Église j qu'elles seraient les concubines et non les femmes légitimes de leurs époux; que leurs enfans, lors du rétablissenji^nt de l'ordre j seraient déclarés bâtards.

Les révolutionnuires opposèrent moyena à moyens y intrigues à intrigues : une foule déjeunes écrivains > dévoués au parti, composèrent des ouvrages à la portée du peuple , et propres à balancer l'impression que Ion craignait que fissent sur lui les mandemens des évêques et les discours des partisans du clergé. On s'eiTcurçait , dans ces écrits,

.4*avilir le sacerdoce et même la religion : car les révolutionnaires , décidés à vaincre tous les obstacles, du moment qu'ils reconnurent qu'ils ne pou- T^ient allier le christianisme avec la constitution ^ fibjurèrent^ dans le secret de leur cœur^ une re-* ligipp qui entrayait leur marche.

On distribua ces écrits à des hommes doués d'une Toix sonore , et d'un talent pour la déclamation proportionné au grossier auditoire qui leur était destiné* La plupart de ces ouvrages étaient en dialogues. Le clergé y était peint sous des couleurs pdieuses^ et capables de lui attirer le mépris du peuple; ses richesses, son luxe, son ambition, ses vices , y devenaient l'objet des plus violentes déclamations: tout cela entremêlé de quelques contes bien orduriers de moines et de religieuses, de filles et d'évêques propres à égayer l'auditoire. Lés deux interlocuteurs , montés sur des espèces de tréteaux , s'attaquaient réciproquement, animant leurs récits de gestes comiques. On juge que celui qui jouait le rôle d'avocat du clergé était fort bête ; que son adversaire n'avait pas de peine à triompher des faibles raisons qu'il alléguait en faveur des prêtres , et à mettre les rieurs de son côté. Les révolutionnaires joignirent à ces instructions publiques des icaricatares encore plus appropriées aux hommes pour lesquels elles étaient destinées. On y voyait des prélats fignrésdela manière la plus grotesque, revêtus fies moques de leur dignité, auxquels des paysans pressaient un ventre monstrueux et faisaient ren-

21 a LIVRE Vm.

dre des sacs de louis d'or ; des moines et des religieuses dans des postures indécentes ^ des abbés avec des formes ridicules : ces caricatures exposées avec profusion sur les quais , sur les bouleTaixls , dans toutes les promenades publiques , allaient chercher les regards du peuple , et lui offraient de tous côtes les prêtres sous un aspect yil , fait pour leur faire perdre son estime et sa confiance.

Les évêques voulurent s'autoriser d'un bref du pape , espérant qu'une décision de Rome donnerait plus de poids à leurs intrigues. Le pape accorda le bref 9 et déclara que l'Assemblée nationale , en faisant une constitution civile du clergé, avait outre-passé ses pouvoirs , que ceux qui avaient prêté ou qui prêteraient le serment étaient schismatiques.

Les révolutionnaires tournèrent le bref du pape en ridicule. Ils le firent brûler publiquement au Palais-Royal , avec un mannequin représentant le pape lui-même revêtu de ses habits pontificaux. Cette parade réjouit beaucoup la populace , qui se moqua du pape et de son bref.

Cependant on dénonçait chaque jour à l'Assemblée de nouvelles manœuvres des évêques , pour empêcher l'établissement de la constitution civile du clergé. Ces dénonciations excitaient de viblens débats , et entraînaient les mesures les plus sévères : quelques députés proposèrent d oter au clergé toute influence sûr les actes purement civils des citoyens.

LIVBE YIU. 2l5

^ * a L' Assemblée nationale ^ répondit Casalès (i)^ a "voulu donner au cierge une constitution accommodée au nouvel ordre de choses qu'elle a établi ; mais il n'a pu être dans son intention d'attenter à la juridiction spirituelle de l'Église. Votre constitution ciyiledu clergé a-t-elle ou n^a-^t-elle pas attenté à l'autorité spirituelle de l'Église ? Je n*entreprendrai point de décider cette questioii : toute ma science théologique se borne à savoir qu'en ma- . tière de dogme ^ notre devoir est de nous soumettre à ceux qui ont reçu leur mission et leur autorité de l'Eglise ou de Dieu même. — Vous êtes hors de la question , crie avec fureur l'abbé Grouttes. — Rappelez M. de Casalès à l'ordre, ajoute Dumetz. — On nous fait perdre notre temps , reprend un troisième. — Point de catéchisme , dit un quatrième. — Vous prêchez la guerre civile , s'écrient à la fois plusieurs membres du côté gauche. — Laissez-les faire, répétait sans cesse l'abbé Maury; nous aimons leurs décrets : il nous en faut encore trois ou quatre. — M. de Casalès n'ignore pas, répondit Mirabeau, que les opinions contraires à celles de son parti ont aussi bien la majorité dans la nation que dans cette Assemblée. — Vous n'avez qu'à rassembler vos commettans par bailliage, reprend brusquement d'Esprémenil, et vous verrez si vous avez parmi eux la majorité. — J'avoue , répart d'un ton ironique

. (i) 18 janvier 1791.

ai4 LITRE VIII.

Mirabeau, que je ne pensais pas , daiis ce moment^ à mes commettans rassemblés par bailliage. Quant à M. labbé Maury, qui dît, Laissez rendre le décret, nous en avons besoin ; le mot est profond, mais n'est-il pas peut-être indiscret? Les hommes qui présentent à tout moment , dans cette Assem-* blée, une suite de pronostics affreux , prennent leurs vœux pour l'aveiiir. J'invite ces hommes in- €[aiets d'attendre les malheurs avec autant de calmd que je les attends moi-même. Je compte sur l'autorité de l'Assemblée, sur la fermeté, sur la sagesse de la nation, sur les adhésions et sur les hom-» miiges constans de toutes les parties d^ l'empire, m

En eflFet , dans la plupart des départemens , les électeurs s'empressèrent de remplacer les anciens^ é véques. Il faut avouer que les choix étaient peu propres à faire oublier leurs prédécesseurs ; mais les révolutionnaires voulaient absolument que les sièges fussent remplis , peu leur importait par qui ils le se^ raient. Restait une difficulté, c'était de trouver des évéques canoniques qui consentissent à instituer les évéques constitutionnels. On s'adressa à l'arche-» vêque de Sens et à l'évêque d'Orléans t ils refusèrent. L'évéque d'Autun et l'évêque de Lidase montrèrent moins difficiles. Ils n'avaient plus rien à ménager avec Rome ni avec la cour : ils consentirent à doiïner l'institution ^à deux des nouveaux évéques. La cérémonie se fit à l'église de l'Oratoire : les révolutionnaires fie négligèrent rien pour la rendre pompeuse. Une foule de peuple y assista. En

Tain led aristocrates , et dans leurs discours, et dans leurs journaux , et dans leurs sociétés, pherchèrent à jeter du ridicule et sur cette consécration et sur les nouveaux évêques. Lé peuple, fatigué de la résistance du clergé, qu'on lui présentait commis tin obstacle à la constitution, s'opiniâtra h reconnaître les nouveaux évêques, et à soutenir que les anciens' étaient légalement destitués. Les aristocrates sft consolèrent en nommant les nouveaux évêques des intrus. Les révolutionnaires appelèrent les anciens évêques des prêtres réfractaires ; et sous ces noms, qui retraçaient d'une part des idées d'injustice et d'usurpation , de l'autre des idées de révolte et de ibalteillanCe^ tous les sentimens haineux se maintinrent dans le cœur des uns et des autres.

Les ministres , voyant la grande influence qu'avsit le club des jacobins sur toutes les affaires , voulurent lui opposer un autre club , et élever ainsi Opinion contre opinion. Clermont-Tonnerre , qui Tégt^tait le rôle brillant qu'il avait joué dans la première époque de la révolution , avait déjà tenté d'opposer aux jacobins le club des impartiaux , et, à l'aide de ce club , de se ressaisir d'une influence qu'il désirait vivement de recouvrer.'

Mais le club des impartiaux , que son nom seul rendaitsuspect aux aristocrates, attaqué lui-même oemiue aristocrate masqué ,*par les jacobins, quoiqtie composé des hommes les plus probes et les plus instruits de l'Assembléef, ne put soutenir la coa€un*ence. Clermont-Tonnerre se vit bientôt con-

ai6 LIVRE VIII.

traint d'abandonner ce nioyen , et de rentrer dans la nullité que ses tergiversations et sa mobilité lui avaient justement méritée. Fatigué de cet état si contraire à son caractère inquiet, il s'agita de nouveau pour en sortir, organisa un autre club sous le nom de club monarchique. C'était un tiers-parti #entre les aristocrates et les jacobins , qui , sans admettre en entier le système des premiers , voulait un gouvernement monarchique basé à peu de chose près sur le gouvernement anglais. Clermont-* Tonnerre résolut non-seulement de combattre les jacobins à Paris , mais encore de les combattre dans les départemens : il établit , sous différens noms , des affiliations de son club monarchique. On eut l'attention d'y admettre des citoyens de toutes les classes et de toutes les professions , afin d'ôter aux jacobins le prétexte de crier que les clubs monar* chiques n'étaient composés que de nobles et de prêtres. On convint que les associés donneraient , en se faisant recevoir, une somme d'argent proportionnée à leurs facultés ; somme qui serait employée à fournir aux gens les moins aisés du peuple une certaine quantité de pain au-dessous du prix que le vendaient les boulangers. Cler mont-Tonnerre et les ministres ne doutèrent point que ces distributions ne leur obtinssent une grande popularité. Clermont-Tonnerre, ne voulant pas qu'on pût lui reprocher, dans l'établissement de son club, la plus légère contravention à la loi , alla prendre une permission de la municipalité. On n'osa pas lui refu-

ser cette permission : en eSet^ quoique les jacobins vissent avec peine le nouveau club^ ils n'avaient, pour le moment, aucune raison légale de s'y opposer. Le club monarchique s'ouvrit sous les plus heureux auspices : il eut dès ses premières séances six cents souscripteurs. Les jacobinsfrémirent à la vue de ce grand succès : ils sentirent qu'ils étaient perdus si le club monarchique parvenait à s'emparer de l'opinion. Jlscommencèrentà le harceler, à lui susciter uiie foule de tracasseries, jusqu'à ce qu'ils eussent séduit cette même opinion , et qu'ils eussent amené l'occasion de le dissoudre entièrement. • . Le club monarchique avait loué le Wauxhall d'été ; on alarma les créanciers de l'entrepreneur de ce bâtiment, sur les suites qu'entraînerait, pour eux, un rassemblement d'aristocrates, 4ansune maison l'unique gaige de leurs créances : et pour leur montrer que ces craintes n'étaient pas sans fondement , on ameuta quelques brigands qui menacèrent de mettre le feu au Wauxhall, si l'on souffrait plus longtemps qu'il s'y formât une réunion d'ennemis du peuple. L'entrepreneur, effrayé, pria le comte de Clermont de transporter les séances du club monarchique dans un autre local. Il ajouta que la fermentation était si grande, que la garde de son quartier ne viendrait pas à son secours si le peuple se portait contre son établissement.

Ce premier coup porté, l'opinion du peuple disposée comme on la voulait , les jacobins dénoncèrent le club monarchique aux sections de Paris. Ils

2l8 LITRE TIU.

raccusèrent de faire des distributions de pain et de sëdaire la multitude. Le président du club monar^ chique, averti de cette dénonciation, remit au procureur de la commune de Paris, une somine è6 1 1 y 5oo livres, montant des contributions Tolontiâ-* resdes membres, et le pria de distribuer cette som^ me aux sections de Paris , pour qu'elles en fissent elles-mêmes la répartition d'après la listes des pauvres que le secrétaire leur délivrerait.

Le procureur de la commune refusa de recevoir l'argent : les sections refusèrent de le distribuer : les jacobins publièrent que ces secours étaient une séduction ministérielle destinée à égarer le peuple^ à opérer une contre-révolution. Les jacobins ne se bornèrent pas à attaquer le club monarchique dé Paris ; ilsappréhendaient encore plus lés affiliation^ que le club s'était ménagées dans les province qu'ils n'appréhendaient le club lui-même. Ils man^ dèrentàtous les jacobins des départemens que Paris était menacé de voir naitre de grands troubles; qu'une société nouvelle, connue sous le nom des amis de la constitution monarchique, s'efforçait de tromper le peuple; que les jacobins de Paris, toujours fermes danslesvraisprincipes , ne redoutaient point cette société, mais qu'il était bon de surveil* 1er les ennemis delà révolution ; qu'en conséquence, les jacobins de Paris avaient décidé qu'ils tien»* draient leurs séances tous les jours , et dans un mouvement de patriotisme aussi prompt que celui d'une insurrection spontanée, ils avaient prononcé

le aèrmentsdiennelde combattre les ennemis de la chose pnblique , de les dénoncer aux bons patriotesy et de se ralliée tous au drapeau de la liberté.

Xies hostilités ne tardèrent pas à commencer. Les constitutionnels^ ou les clubistes de 89^ se réu-' airent aux jacobins dans cette guerre de clubs. Les monarchiens étaient un ennemi commun : d'ail* leurs, les constitutionnels prétendaient que le peu-* pie les crût aussi zélés pour la liberté que Tétaient les jacobins.

Cependant le club monarchique, chassé du Wauxhall, loua une autre maison^^t continua, sous la sauvegarde de la loi , d'y tenir ses séances. Les jacobins entreprirent de le chasser de ce nouveau local. Ils mandèrent leurs afiidés. On se porta mu dub monarchique^ on en forma le siège. Les monarchiens étaient prévenus, ils sortirent en ar-^ mes et repoussèrent; sans peine, une troupe de ban*' dits qui^ voyan^qu'on était disposé à se défendre, se dispersèrent d'eux-mêmes en un instant.

A cette nouvelle, les jacobins indiquèrent une séance exti*aordinaire. Là, comme si la chose publique était en danger, ils arrêtèrent que tous les membres promettraient, sous la foi du serment^ de défendre de leur sang et de leur fortune tout citoyen qui aurait le courage de se déi^ouer à la dénonciation des traîtres à la patrie et des conspiraten» contre la liberté. Mais avant que d'employer leurs grands moyens, ris voulurent s'autoriser du consentement au moins tacite de l'Assemblée na-

:iao uvRE Yiii*

tionale. La discussion étanttombëestirles troubles qui agitaient le Languedoc : Ce qu'il iinix^rte de remarquer dans toutes cesmanœuyreSyditBarnaVe^ c'est un petit nombre de factieux qui regrettent leurs privilèges et leurs droits oppresseurs. Ces querelles ont toujours pour objet la temporalité dès biens ecclésiastiques. Jamais vous n'ayez rendu un décret sans qu'on abusât des choses les plus sacr^ parmi les hommes. Ce mot monarchie, si cher à tous les Français, n'a-t-il pas été invoqué quand vous avez combattu la tyrannie? Ce mot propriété n'a-t-il pas été invoqué quand vous avez arrêté les usurpations de quelques hommes qui avaient réduit au néant la fortune publique, pour créer, de ses débris, des fortunes privées?. •*. En ce moment une nouvelle secte s'élève : elle invoque la constitution monarchique, et , sous cette astucieuse égide, quelques factieux cherchent à nous entourer de divisions, et à attirer les citoyens dans des pièges en donnant au peuple un pain empoisonné. Le moment n'est pas arrivé de vous entretenir de cette perfide association; sans doute les magistrats chargés de veiller à la tranquillité publi' que, sans doute le comité des recherches instruira l'Assemblée de ces manœuvres factieuses , de ces distributions de pain à moitié prix : ifvous dénoncera les chefs. J'ai cru devoir vous parler de ces faits, parce qu'il est évident que tant d audace, que des manœuvres si hardies ne sauraient avoir d'espérances quedansles mouvemens qu'on se propose d'ef-

fectuer au moyen du refus du serment ecclésiastique. »

On vit, dès le lendemain^ l'effet de la dénonciation de Barnave^ et de l'arrêté des jacobins. Une troupe d'hommes payés, parmi lesquels se glissent quelques jacobins , entourent la maison de Clermont-Tonnerre y disant qu'il. faut y mettre le feu. Clermont se présente, les jacobins crièrent : A la lanterne! Clermont harangue le peuple; les cris redoublent : il propose de s'expliquer à sa section, et se met en marche. Le peuple le suit : l'attroupement grossissait et devenait dangereux. Quelques députés, amis de Clermont, accoururent et le dégagèrent. Les jacobins se retirèrent en lâchant des injures et des menaces , se réservant de pousser plus loin la vengeance si leurs ennemis osaient hasarder une nouvelle entreprise.

Le club monarchique essaya de se justifier. Il dénonça, aussi lui, les jacobins à l'opinion publique et aux autorités constituées. Ce fut inutilement* Ii'o{Mnion publique demeura toujours en faveur des jacobins. Le peuple ne vit dans le club monarchique qu'un complot ministériel et aristocratique contre la constitution, et dans les membres qui lé composaient, que des intrigans et des factieux vendus i la cour« Les nobles, les évêques et la reine, qui né pardonnaient point à Clermont la réunion des ordres et la révolution du 1 4 juillet, persuadés qu'il combattait moins pour eux qu'il ne combattait pour lui-même, applaudirent à cette querelle; et, loin de

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se réunira lui et de le fortifier de leur parti, FabaiH donnèrent aux jacobins : car, toujours bercés d'un fol espoir de contre-révolution , ils ne surent jamais transiger avec les circonstances.

Clermont ne s'abandonna point luir-méme. Ilalla chez le maire Bailly, lui représenta que la loi autorisait tous les citoyens à s'assembler, lui peignit les menées des jacobins opprimant ceux qui refusaieat de s'unir et de se confondre avec eux. Bailly, qui craignait les jacobins, et qui ne voulait pas qu'ils le soupçonnassent de recevoir une dénonciation contre eux, interrompit brusquement Clermont«Toauerre : u Sachez, Monsieur, que je suis moi-même du club des jacobinst — Tantpis, Monsif^ur ; lechrf de la municipalité de Paris ne doit être d'aucun club... » Après quelques altercations, Clermont finit par déclarer que le club monarchique s'asseoir blerait le jeudi suivant.

Les jacobins, décidés d'empêcher à tout prix ce rassemblement, eurent recours à un moyen qui leur avait souvent réussi : c'était d'exciter une émeute, d'en rejeter ensuite le blâmesur ceuxquien avaient été l'objet et la victime. Les jacobins envoyèrent cinq à six cents de leurs affidés, armés de bâtons, dans la rue des écuries du roi, où devait se tenir l'assemblée du club monarchique : ils les firent soutenir d'une centaine de gardes nationales auxquels ils joignirent quelques coureuses du Palais-Royal. Cette troupe se grossit bientôt jusqii'au nombre de quatre mille personnes. Les jacobins> mélésfparïiM

la foule y assurèrent que les monarchiens étaient des i|obles,des contre-rëvolutionnairesi desagensdela cour ; qu'ils arboraient la cocarde blanche ; et^ pour donner plus de certitude k cette accusation ^ trèsgrave dans l'esprit du peuple, cinq ou six jacobins tirent de leurs poches des cocardes blanches^ qu'ils avaient eu l'attention d'y mettre, les lèvent en Fair, les montrent au peuple avec une feinte indignation, et jurent qu'ils viennentde les saisir surdesmonar* ckiens. Jusque-là le peuple s'était contenté d'intuiter et de huer les membres du club monarchique. La vue des cocardes blanches allume sa fureur. Les jacobins secondent ce mouvement, se précipitant dans la salle où les monarchiens sont assembla , frappent les uns , jettent les autres par terre , les traînent par les cheveux, blessent ceux qui tentent de se défendre. Les monarchiens prennent la £aite« Le maire Bailly arrive au milieu de cette expédition civique. Il blâme les monarchiens de leur obstination à soutenir un club que le peuple a pros* crit, remonte froidement dans sa voiture, et s'adressant à la populace : « Soyez contens, mes amis, soyez tranquilles, nous ne voulons point d'aristocrates : nous ne les souffrirons pas... Vive lepeujriLe et point d'aristocrates! » Les cris de vive la na« tion, vive M. Bailly; retentissent de tous côtés et ac* eompagnent long-temps le carrosse du maire. liC lendemain les journaux jacobites célébrèrent cette importante victoire. La municipalité deParis prend un ari^étë dans lequel elle assure que le club monar-*

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chique a occasioné la veille une ëmentë et des scè^ nés sanglantes; qu'en conséquence elle défend aux membres qui le composent de s'assembler. Lés jacobins des départemens répètent les mêmes scènes dans toutes les villes où il existe des clubs monarchiques; on les dénonce^ on ameute contre eux la populace, on les disperse, on en poursuit avecachar" nement les membres. Les municipalités tiennent la même conduite qu'avait tenue la municipalité de Paris : bientôt, à l'aide de ces puissans moyens, le grand club jacobite de la capitale règne seul et sans concurrent sur toute la France. >

L'assemblée offrait quelquefois l'image de ren<^ fer des chrétiens où la rage impuissante des démons est un soulagement à la haine qui les tourmente» Un seul exemple suffira et justifiera ce mot profond de l'Anglais Williams au sortir d'une séancer « Comment voulez-vous que desgensqui ne savent pas écouter puissent délibérer? » L'abbé Péretti ; député du clergé de l'île de Corse, entretenait une correspondance avec un prêtre de ses amis âgé de quatre-vingts ans L'abbé Péretti, dans une lettre où il rendait compte de la fameuse séance du: i5 avril, après avoir gémi sur le refus qu'avaitfait l'Assemblée de reconnaître la religion chrétienne religion de l'Etat, ajoutait qu'on avait dressé ce jour-là des potences, afin d'effrayer les députés qui tenteraient de s'opposer à la volonté de la majorité. C'était un mensonge; mais la bassesse avec laquelle on venait dénoncer cette lettre à la tribune> dans

le dessein de rendre, s'il était possible, le clergé plus odieux un peuple , la lâche trahison par laquelle on était parvenu à se la procurer était une véri-^ table infamie. La. plus grande partie de l'Assemblée fut indignée de cet acharnement. Les nobles et les ëvêques, au lieu de s'en tenir au mépris que devait leur inspirer une pareille conduite, perdirent tout le fruit qu'ils auraient pu tirer du lâche espionnagedeleurs ennemis. Ils insultèrent Mirabeaa d'une manière outrageante. « Il me serait facile , répondit Mirabeau, d'obtenir une vengeance éclatante des injures qui me sont adressées , mais je les méprise. -—Faites avancer vos phalanges, lui crient à la fois Faucigny et Foucaud; allons, monsieur de ■Mirabeau , des assassins. — Si nous avons des phalanges, répliqua Mirabeau , vous n'avez que des libelles. 11 faut avouer que notre patience est grande. Voulez-vous changer une assemblée délibérante en une arène de gladiateurs, ou vous efforcez-vous de !nous faire perdre notre temps? ce qui arriverait si nous suivions les rites d'un certain nombre de conspirateurs. » Aces mots, les évêquesetles nobles s'abandonnèrent à toute la fougue de leur caractère . violei^t. Les termes d'insolent, degueux, de scélérat, de brigand , se succédèrent avec rapidité. L'un dit à Mirabeau que son règne est passé; que son triomphe aboutira à l'échafaud. Le vieux d'Ambly porte l'oubli des bienséances jusqu'à le menacer de sa canne. TouS les députés se mêlent; jacobins , constitutionnels , se précipitent à la tribune. ccLa volon-

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