‹ Mémoires du marquis de Ferrières (volume 2)Chapitre 12 sur 23 · L1¥RE · texte numérisé non relu

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aéé , ils décrétèrent qu'une députation irait chaque jour savoir des nouvelles de la santé du roi , que le bulletin de sa maladie serait lu à l'Assemblée et affiché dans Paris.

Tous les rapports entre le monarque et la nation étaient fixés. Restait à régler le droit de la régence. L'ancienne constitution^ sans conférer par une loi fondamentale la régence à la mère du roi mineuri ne lui donnant aucun concurrent légal ^ lui laissait^ par le fait, la faculté de s'en emparer. Les partisans de la cour auraient bien désiré conserver à la reine cette superbe prérogative. Les gens sensés connais^ saient la légèreté, l'incapacité de cette princesse ; et puis les malheurs qu'avait éprouvés la France pen^ dant la régence des mères de la plupart de nos rois invitaient à profiter de la favorable conjoncture ou on se trouvait et à les en éloigner à jamais. L'abbé Maury se borna donc à demander l'ajournement de cette question importante (i). Use plaignit de ce que le comité de constitution voulait priver la nation du droit de déférer et de fixer à son gré la régence, suivant les temps , les circonstances ; qu'en Angle-? terre, oîile roi n'est jamais mineur, il n'existe pas de loi sur la régence ; que le comité de constitution omettait plusieurs événemens qu'il fallait prévoir, la captivité, l'absence du roi, son aliénation d'esprit. Quant à l'exclusion des mères de nos rois à la

(i) La discussion sur la régence eut lieu dans les séances des 22^ 23 , 24 et 2$ mars.

refn^nd Mirabeaa ; au reste , continue-t-il avec un souFÎpe 6ai'doDiq[U6 y je prie l'Assemblée de vouloir accepter l'augure d'une réconciliation universelle de tous 869 membres y puisque M. d'Esprémenîl est aujourd'hui l'ami de Tillustre et courageux ami de M. de Lamoignon (i). »

Ce sarcasme excite un rire général^ et ramène le calme dans l'Assemblée; mais le décret intéressait trop tous les partis pour être décidé si promptement : on renvoya la discussion à trois jours. Ce délai expiré, les intrigues tant au dedans qu au dehors préparées^Thouret parut à la tribune. On demanda Fimpression du rapport... d'Esprémenil assura que le comité n'avait pas imprimé son rapport, dans la crainte de dévoiler une théorie qui ferait horreur si die était connue ; que des conséquences artiScieusetnent déguisées d'un principe général, il résultei^ait qu'il pouvait exister certaines circonstances où le roi serait déchu de la royauté; que cette théorie méritait l'exécration de tous les sujets fidèles du roi. « Nous ne sommes pas les sujets, mais les amis du roi, répondent plusieurs membres du côté gauche. — Il faut avouer , réplique d'Esprémenil , que nous lui prouvons notre amitié d'une manière bien étrange.

. (i) M. de Lamoignon était l'auteur de la cour plénière, de la destruction -des parlemens et de reinprisonnement de d'Esprémeilil. L'abbé Maury avait prôté sa plume et ses intriguet à ce projet de bouleversement général de la magistnUtt€»

2l5a LIVRE IX.

— La théorie que vous propose votre comité ^ repart Thouret , est tout entière dans la première phrase du rapport. La royauté est la plus eminente fonction publique : une fonction publique porte avec soi des obligations à remplir . — Votre comité^interrompitCasalèsy persiste dans sa manière irrespectueuse de confondre avec \^ foule des fonctionnaires publics le chef héréditaire de la nation. Il ne devait pas oublier qu'un peuple libre doit respecter son roi et la famille royale. Il revient encore à cette proposition incroyable qui défend au roi de sortir du royaupie. Je ne répéterai pas que c'est ôter au roi le commandement des armées^ l'empêcher de défendre l'État ; je ne dirai pas que s'il existe une hypothèse dans laquelle un peuple puisse détrôner son souverain légitime (jamais, jamais! s'écrie d'Ësprémenil)^ ces cas sont tellement rares^ que la loi. ne doit pas même les supposer. Messieurs, si le roi peut perdre sa couronne , il est justiciable; s'il est justiciable, il est dépendant ; s'il est dépendant, il est asservi : plus de liberté ^ plus de bonheur pour le peuple. Vous n'avez point établi l'hérédité du trône; elle existait avant que vous fussiez assemblés : tous n'avez pas décrété que la couronne serait héréditaire; vous l'avez reconnu après en avoir reçu l'ordre de la nation française. Ce n'est pas de vous ni de votre constitution que la famille royale tient le droit de succession; c'est du vœu du peuple français prononcé depuis huit cents ans, vœu dont l'authenticité vous imposait la loi de le reconnaître. Or^ si

devons au roi^ de qui la personne sacrée^ pour me servir d'une ancienne expression française , est exempte de toute juridiction. Eh! de quel droit votre comité ose-t-il appeler le roi fonctionnaire public , surtout lorsque Ton sait le peu de respect que Ton a pour cette dénomination? De quel droit va-t-il confondre l'héritier présomptif de la couronne avec un député suppléant de l'Assemblée? De quel droit se permetrildes termes aussi Contraires aux usages, aux idées, aux principes qui, dépuis tant de siècles, ont gouverné la France?

» Que dirai-je de l'audacieuse extrémité d'assujettir le roiàune peine? et quelle peine encore?la déchéance du trône; et pour quel délit? pour s'être séparé du corps législatif. J'interpelle ici tous les vrais Français, tous les fidèles serviteurs du roi , je les interpelle de répondre à cette question : je leur déclare qu'ils ne sauraient plus, à moins d'être infidèles h leur prepiier serment , serment qu'aucun autre n'a pu atténuer ni afTaiblir....» Des cris interrompirent d'Esprémenil. «Vous n'avez pas oublié, répondit le président, le serment que vous avez vousmême prononcé d'être fidèle à la nation et à la loi? » Les membres du côté gauche applaudissent. Montlosier saisissant avec une égale promptitude l'intention du président, le prévient et achève la formule par des cris de vive le roi !....

Au même moment tous les membres du côté droit se lèvent, et répètent avec transport vive le roi ! « Ce cri unanime, reprend Gasalès, annonce nos senti-

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mens. Se peut-il que M. le président de FÂssembléè nationale suppose que le serinent que nous avons proclamé dans cette même assemblée soit contraire à la fidélité que nous ayons jurée au roi I notre langue se serait séchée avant de prononcer ce sermeùt^ si nous eussions pu penser que ce fût Tintentioti dans laquelle vous le receviez^ que désormais nous verrions avec tranquillité les atteintes que l'on porte à la monarchie : c'est au nom de ce serment même que nous les combattons. <*— Nous le renouvelons tous, s'écrient à la fois les membres du côté droit. — Oui^ continue Casalès ^ cette monarchie que nous jurons de maintenir est la pierre angulaire de la constitution. » On interrompt Casalès ; le 'CÔté gauche s'agite j un bruit effroyable règne dans T As^ semblée. Mirabeau parvient à obtenir un moment desilence : « Userait» Messieurs, profondément coupable et injurieux à l'Assemblée d'altérer le serment civique, d'en séparer aucune des parties; la nation^ la loi et le roi* Notre serment de fidélité est dans la constitution . Celui-là seul est criminel qui ose le révoquer en doute. Après cette déclaration solennelle, j'ajoute que moi, je suis très-décidé à combattre toute espèce de factieux , dans quelque système et dans quelque partie du royaumequ'ils portent atteinte aux principes de la monarchie. — Détruisons le club des jacobins, et la tranquillité sera rétablie^ répond Foucault,qui saisit avidement Touverture de conciliation que laisse enti'evoir Mirabeau. — Ne nous livrons pas à tant d'irascibilité^

nement^ ce qui entraînerait des secousses dange-*' rettses , nous nommerons un autre roi. » Les aristocrates auraient répondu : <c C'est parce que nous pénétrons vos secrets desseins que nous nous opposons à votre loi. n Mais les révolutionnaires avaient an grand avantage ; ils se fondaient sur une théorie dont les principes sont évidens aux yeux de tous f quoique leurs conséquences ne soient pas applica* klesdansla pratique; au lieu que les aristocrates se croyaient Contraints, en défendant leur système^ d'abandonner les principes y et de ne s'attacher qu'aux conséquences éloignées qui pourraient en découler; Or, le peuple saisit facilement la vérité d*un prin- <npe, parce que cette vérité est toujours simple, toujours une, qu'elle n'exige aucune combinaison d'idées accessoires ; qu'il ne faut pour la sentir que l'acte d'un jugement facile à pix)noneer;toaîs il ne saurait saisir les conséquences qui découlent d'un principe , parce que ces conséquences tiennent à ime foule de rapports compliqués qu'il n'aperçoit pas; qn elles demandent de nombreuses combinaisons et une connaissance approfondie des hommes et des choses.

La discussion acquit un caractère d'aigreur qui acheva d'aliéner les esprits. D'Esprémenil soutenait €pM r Assemblée n'avait pas le droit de délibérer sur cette question; Casalès assurait que ni lui ni la ma*jètare partie des membres du côté droit ne prendrait aucune part à la délibération. Le côte gauche et les tribunes reçurent cette déclaration avec

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le droit de changer à son grë le gouyern Aient. De telles propositions peuvent- elles être avancées dans une Assemblée qui a décrète que la nation est soaveraine? A quel point ose-t-on se jouer du peuple français? Comment supposer que l€;t*oi ne contrac" te aucune obligation? Oui y c'est en remplissant se» fonctions que le roi est inviolable : nous sommes fidèles au roi ; mais c'est au roi de la constitution , à la nation souveraine , à la loi. — Rappelez, M. le président ^ reprend vivementd'Esprémenil , rappelez à l'ordre ces blasphémateurs. » Il était aisé de s'apercevoir qu'aucun des orateurs n'avouait les motifs secrets qui les opiniâtraient^ les uns à faire passer cette loi , les autres à la faire rejeter. Les révolutionnaires n'ignoraient pas que les aristocrates travaillaient à emmener le roi hors de Paris, et à le mettre à la tête des mécontens. La plupart , indis^ cretSy bouffis d'orgueil, irrités de la moindre résistance , ne parlaient que de guerre , qtte de sang, que de vengeance. Louis XVI était le fantôme desrtiné à sanctionner de son nom cette grande entreprise, (c Vous voulez engager le roi à sortir de Paris, et exciter en France une guerre civile^ auraient pu dire les révolutionnaires, et nous , nous cherchons à lui ôter les moyens d'exécuter ce dessein. Voilà le but de la loi que nous proposons : elle armera la nation contre le monarque ; et si Louis XVI nous abandonne, et se déclare notre ennemi, nous trouverons dans cette même loi un appui contre lui : et sans changer la forme monarchique du gouver-

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Tordre héréditaire. Est-ce par un yëritable amour de la royauté qu'on voudrait lui conserver les mêmes fondemens ruineux qui n'ont pu soutenir ce qu'ils portaient ? Voulez-vous assurer la stabilité des rois à la tête des nations éclairées : faites que la prérogative royale ne répugne pas aux principes de la justice éternelle; que rien n'éloigne les homine$ libres et raisonnables de s'y soumettre. Objectet-on que la loi de résidence empêchera le roi de voyager et de commander ses armées : je réponds que rien de tout cela n'est dans le décret. Le roi pourra toujours donner les raisons qui auront dé-

terminé son absence ou qui la prolongeront

Présenter le refus du roi d'obéir à la proclamation du Corps législatif^ comme une abdication de la royauté^ ce n'est qu'un moyen d'exécuter la loi : sans punition y le décret sur la résidence ne serait pas un décret. Le roi est averti; son abdication ^ par le simple fait de l'absence , sera donc libre et volontaire. On crie à la félonie, à la haute trahison, à la violation du trône ! Mais déclarer que le roi peut être justicié, ce n'est qu'articuler le-cas oii lé trône sera vacant de l'aveu même du roi : il aura sanctionné le décret. L'hérédité ne sera point violée si son plus proche parent lui succède. Sans doute on appellera ces dispositions hardies ; mais qui ne sent pas que cette hardiesse n'est point l'audace de l'esprit de parti qui, renverse? que c'est le courage du zèle qui défend et qui assure? »

: Les débats recommencent^ Lé président met aux II. 17

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voix le décret. « Vous n'a'vez pas le droit de dëlîbë' rer^ » répète sans cesse Foucault... .. D'Ëspreroenil demandeà lire un projet. Il monte àla tribune, ce Le premier article contient que le Corps législatif re-* connaît solennellement quelapersonnesacréeduroi est exempte de toute juridiction ; que toute atteinte portée à ce grand principe est un crinâe de la part de ceux qui le proposeront^ et de la part de ceux qui le décréteront....» Leséclatsderire des uns ^ les cris insultans des autres, ne permettent pas à d'Es* prémenil d'achever, ce  Charenton, dit un député jacobin.— -Rira bien qui rira le dernier> répliqua d'Esprémenil , en descendant de la tribune* m Chabroud assure qu'il n'est pas à l'Assemblée pour entendre tant d'extravagances. Foucault répond que le décret que propose d'Esprémenil est très-raison* nable; mais d'Ë^prémenil et les évéques avaient obtenu ce qu'ils voulaient : ils venaient de jeter le trouble dans l'Assemblée, et de donner à la délibération le ton indécent d'une cohue tumultueuse, agitée par tes plus hideuses passions. Ils sortirent de la salle en criant : A la violence , à la non-liberté. Moins occupés d'empêcher que le décret ne passât, en joignant leurs voix à celles des gens sages qui ne le voulaient pas, qu'à occasioner un éclat sicandaleux, ils allèrent rédiger une puérile protestation. Le tein ps de Pâques amena de nouvelles intrigues. Tout ce que Tasti^ce , le mensonge, la mauvaise foi, peuvent inventeur' pour troubler les consciences et alarmer les faibles, pour exciter le fanatisme> fui

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mis en œutre par les prêtres insermentés : et tout ce que la rage de dominer ^ la fureur de nuire y resprit de persécution , peuvent fournir de moyens TÎolens à.des hommes qui ont la force en main y fut employé par les jacobins contre les prêtres qai avaient refusé de prêter le serment ^ contre les dévotes qui s'obstinaient à entendre leurs messes ^ contre les religieuses qui ne voulaient pas reconnaître les nouveaux évéques et les nouveaux curés. Mais ce qui caractérise le véritable esprit qui animait les uns et les autres , ce fut de voir un tas de femmes sans mœurs , de grands de la cour athées , d'homI^es pour lesquels la religion n'était qu'un mot vague, sans expression et sansdevoir, déclamer contre le schisme, fréquenter les églises, entendre régulièrement la messe, tant un même intérêt a le pou- Tofr d'accorder les passions les plus opposées.

Les aristocrates et les évéques méditaient un coup plus important. U s'agissait d'empêcher le roi de se rendre la semaine sainte à sa paroisse , et surtout d'empêcherqn'ilnefitsespàques. La sanction donnée au décret de l'Assemblée sur le serment n'était pas, selon les évéques , une reconnaissance réelle de la constitution civile du clergé : la violence avait evidem ment arraché cette sanction ; d'ailleurs le roi pouvait avoir protesté secrètement , au lieu que Tassistance de Louis XYI à la parois^Ë^e eût paru un consentement volontaire. Cet exemple aurait entraîné les conséquences les plus funestes. £n effet, dès que l'on se serait convaincu que le roi adoptait

la constitution^ que^ réuni sincèrement à l'Assemble'e, il travaillait de concert avec elle à organiser le gouvernement et à le faire marcher, tous les obstacles disparaissaient ; les curés séduits se soumettaient ; [ceux qu'enchaînaient au parti aristocrate les belles espérances dont on les berçait, Ta* bandonnaient et cherchaient, dans le nouvel ordre de choses, un état et des avantages que Fancien ordre ne pouvait plus leur procurer. Il fallait donc montrer à tous que la conduite du roi, en apparence si conforme à la constitution , n'était que le rësulf at d'une politique adroite qui dissimule pour agir plus sûrement. Ce fut dans ce dessein qu'on décida que le roi irait passer les fêtes à Saint-Cloud.

 ce premier motif 3'en joignit un second qu'on n'eut garde d'avouer.... En effet, si , ce que l'on n'espérait guère, il arrivait que le ro^obtint la permission de sortir de Paris, le projet était de l'amener à Metz.

L'approche du temps pascal causait aussi quelques inquiétudes aux révolutionnaires. Les prêtres tirent alors une nouvelle considération de l'importance des mystères qu'ils célèbrent : le peuple est plus ouvert à tous les genres de séductions. Le directoire du département de Paris, sous prétexte de prévenir un sujet de trouble , ordonna de fermer les églises qui n'étaient pas conservées. Il permit cependant aux religieuses de dire la messe dans l'intérieur de leur couvent ; mais on obligea les prêtres non-assermentés, qui youdraient y celé-

brer Foffice, de prendre une permission du cure' de la paroisse, et de faire viser cette permission au nouvel évêque diocésain ; ce qui était forcer ces prêtres de reconnaître sa juridiction , et les jprëcipiter dans le schisme qu'ils voulaient éviter.

Uévêque de Lida , nommé à l'archevêché de Paris à' la place de M. de Juigné , et les curés jureurs^ humiliés de voir leurs églises désertes^ avaient sollicité cette imprudente et tyrannîque mesure. Les prêtres constitutionnels étaient aussi iutolérans que les prêtres non-assermentés. La haine des uns était égale à la haine des autres. Les prêtres constitutionnels pensèrent qu'en empêchant leurs adversaires d'exercer les fonctions du sacerdoce , le peuple , qui ne tient qu'au matériel de la religion , accourrait en foule à leurs églises ; qu'y voyant pratiquer les mêmes cérémonies , il croirait que c'était la même religion^ et jugerait que cette querelle théologique n'avait d'autre base que Imtérêt temporel des évêques.

Les départemens des provinces enchérirent encore^ur l'arrêté de Paris. Partout on chassa , on maltraita les curés qui avaient refusé le serment ; on les empêcha d'exercer leurs fonctions ; on les poursuivit de ville en ville ; on contraignit les religieuses de reconnaître les nouveaux évêques , et , dans ce dessein^ on ne leur épargna ni lesmenaces^ ni les outrages. La populace de Bordeaux s'empara de deux soeurs de la charité qui refusaient d'aller à

la messe du curé constitutionnel. Oo les ploilges I plusieurs reprises dans la rivière d'où on les retira à demi mortes. L officier municipal ^'étant trans* porté chez Tune de ees religieuses, et lai ayant dit qu il Venait recevoir sa déposition : n Monsieur, lut ré|x>ndit cette héroïque et sainte fille (en rassemblant toutes ses forces), je ne serai jamais la dëla-^ trice des gens à qui j'ai voué mon existence et mes goin^; je ne cesserai pas même dans celte circonstance d'éjtre sœur de la charité comme j'en auis la martyre» »

Les persécutions rendirent les prêtres jareurs odieux, et attachèrent encore plus fortement les catholiques romains aux prêtres non«assermënt&. Les aristocrates et les évêques l'avaient prévu r mais il était essentiel de constater, d'une manière no* toire, quenon-seulementon chassait les catholiques de leurs églises, qu'on poussait encore Tintolérance jusqu'à ne pas leur permettre l'exercice privé de leur culte , exercice qu'autorisait la constitution elle-mênie, tandis que l'on souffrait que les protestans eussent à Paris un temple public. Une société de catholiques romains loua de la municipalité de Paris , aux termes de la loi , et paya d'avance Féglise des Théatins. Les évêques et les aristocrates étaientbien sûrs queles jacobins ne souffriraient pas qu'on y fit le service : en effet , dès qu'on sut que des prêtres inassermentés devaient dire la messe dans une église particulière , il se forma, sur lequai des

Tkéatias , un attrou|>enient nombreux (i). Les émissaires haranguèreat le peuple , lui persuadèreot qu'on cherchait à exciter la guerre civile , à diviser les citoyens ; que c'était une manœuvre des ennemis de la révolution. Une jeune demoiselle conduite pai sa mère, s' étant présentée , on la fouetta sur les marches de Téglise. Les jacobins , enhardis par le succès de ce premier acte d'hostilité, attackèrentsur la porte deux balais en sautoir, avec une inscription qui annonçait le châtiment préparé à tout prêtre ou à toute personne des deux sexes qui oserait s'introduire dans l'église (2). Le maire Baiily vint aux Théatins ; il fit ôter le$ balais , . rinscription. Mais il ne put dissiper l'attroupement. Le département feignit de croire que cette atteinte portée à la liberté de conscience était une suite de Tignoranpe de la loi qui autorisait toute société religieuse à exercer les fonctions de son culte : il annonça dans une proclamation la location de l'église des Théatins, la légitimité de sa destination , l'inscription de paix et de liberté qui y serait placée. Le peuple arracha la proclamation, s'emporta en injures contre le département, contre les prêtres , contre le% dévots. Une théologienne de la troupe conclut qu'il fallait empêcher le schisme

(i) Le dimanche 16 avril.

(a) On trouyera, à cet égard, an article remarquable dans les Mémoires de Baiily.

à tout prix^ et poar cela fouetter les femmes et assommer les prêtres. D'après cette énergique décision, le peuple demeura constamment , jusqu'àsix heures du soir^ à l'église des Théatins, atten* dan t quelque proie : les aristocrates eurent la pni« dence de ne point se montrer.

La même fermentation se manifesta dans la chapelle du roi. Un grenadier de la garde nationale déclama avec fureur contre les prêtres noti-assermentes qui entouraient le monarque. Le soir, des motions, des lectures incendiaires agitèrent le peuple, les groupes exécuteurs se concertèrent.

Le roi devait partir le lendemain (i) pour Saint- Cloud. On assura que ce voyage cachait des vues de contre-révolution ; que le roi, réfractaire à la loî> lo^ geaitau château des prêtres réft^actaires; qu'il com-i muniait de leurs mains et en secret, au lieu de se rendre à Saint-Germain-l'Auxerrois sa paroisse. Le lundi , de grand matin , les journaux jacobins sonnèrent la charge. Le bois de Boulogne, disaient-ils^ ^ était rempli d'hommes qui portaient des cocardes blanches : trois mille aristocrates se préparaient à enlever le roi ; il serait dans quinze jours au milieu des Autrichiens. «Patriotes, s'<écriaientlesjournalistes , levez-vous ; aux armes ! la bouche des rois est l'antre du mensonge... Une furie lance ses couleuvres dans le ^ein de Louis XVI... Tu pars,.,, tu te

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(i) Lundi 17 avril.

mets à la tête d^une armée autrichienne; mais tu t'y prends trop tard. Nous te connaissons, grand restaurateur de la liberlië française; si ton masque tombe aujourd'hui, demain ce sera ta couronne. » Ces horreurs et cent mille autres , hurlées dans les rues , répétées dans les lieux publics, commentées aux groupes par des émissaires jacobins , ameutèrent la populace et excitèrent une fermentation universelle. On sonna le tocsin; on battit la générale. De petits enfans déguenillés courent de poste en poste , rassemblent la populace , la conduisent aùxTuileries. Une foule immense s'empara du Carrousel, de la place Louis XV, de la route de Saint- Cloud. La Fayette accourut avec de nombreux détachemens de gardes nationales : la plupart partageaient les dispositions de la multitude et paraissaient prêts à la seconder ; plusieurs même avaient passé la nuit au bois de Boulogne, dans le dessein d'y attendre le roi et de le ramener à Paris. Ces dispositions du peuple, quoique connues du roi, ne changèrent point la détermination du voyage de Saint-Cloud : au sortir de4a messe , la reine et le roi montent en voiture avec madame royale , madame Elisabeth et M. le dauphin. A cette vue , on ferme les portes, on entoure le carrosse, on saisit la bride des chevaux. Le maire Bailly et La Fayette ordonnent d'ouvrij* le passage. La garde nationale refuse. La Fayette reproche aux soldats leur rébellion. «Nous ne .voulons pas qu'il parte, répondent à la fois tous les gardes nationales ; nous jurons qu'il ne

partira pas. » Des cris plus irrespectueux et pins effrayans se mêlent à ce refus , et pénètrent jus-^ qu'aux oreilles du roi. « U'est étonnant^ dit ce prince ^ qu après ayoir donne la liberté à la nation^ je ne sois pas libre moi-^même. »

Le roi attend dans sa voiture Fissue de cet étrange événement. Le maire Bailly et M. de La Fayette se jettent au milieu des rangs f représentent aux soldats qu'armés pour la défense de la liberté et le maintien des lois, ils violent la liberté et les lois. On ne les écoute pas. La Fayette et Bailly vont sur la place du Carrousel : ils haranguent le peuple. Le peuple répond : « Nous ne voulons pas qu'il parte p et il ne partira pas« » Ils se rendent h l'Assemblée nationale* On y discutait un projet de loi sur la marine. « Ce n est point au milieu de la consternation générale^ s'écrie Malouet^ qu'il est possible d'attacher votre attention à l'organisation de la marine; les lois fondamentales de l'empire sont violées; la constitution est attaquée dans la personne du monarque. — A l'ordre du jour ! répond tomt à la fois te côté gauche de TAsseoiblée; à bas Malouet; il jette les torches de la discorde ! — L'ordre du jour est l'ordre public , » réplique Virieu* De nouveaux cris se font entendre , et l'on reprend la discussion sur la marine. Bailly et la Fayette sortent sanâ dire un i&ot de ce qui se passe au château , ils retournent auprès du roi , l'assurent qu'il ne peut sortir sans péril. Alors chacun ayant fini déjouer son rôle, et comme si Ton fût convenu unanimement que

cette comédie avait assez dure , le roi s'ëcrie à trois fois différentes : c< On ne veut donc pas que je sorte ? il est donc impossible que je sorte ? eh bien ! je vais rester. » Il descend de voiture, la reine le suit avec M. le dauphin et madame Royale. L'un et l'autre remontent dans leur appartement (i).

Le soir les lieux publics retentissent des propos les plus atroces. Le club des cordeliers affiche sur tous les murs de Paris un arrêté qui dit que la société y d'après la dénonciation à elle faite que le premier fonctionnaire public de la nation souffre et permet que des prêtres réfractaires se retirent dans sa maison , et y exercent publiquement ^ au grand scandale des Français j les fonctions publi* ques qui leur sont interdites par la loi ; qu'il a même reçu la communion pascale et entendu la messe d'un dé ces prêtres réfractaires ; arrête que, la vérité du Élit bien constatée , elle dénonce aux représen^^ tans de la nation le premier fonctionnaire public, le premier sujet de la loi , comme réfractaire aux lois constitutionnelles qu'il a juré de maintenir , et dont ses fonctions lui prescrivent d'assarer Texé-

(i) C'est à cette occasion que M. de La Fayette, mécontent de n'avoir pas étë obéi de la garde nationale qu'il commandait , en voulant protéger la liberté du monarque , envoya sa démission (le jeudi suivant, ai avril). Les 60 bataillons se rendirent chez lui pour le presser de reprendre le commandement , qu'il reprît trois jours après.

( Note des nouv. édii, )

cution; et comme autorisant la désobéissance et la révolte , et préparant ainsi à la nation française les factions que les ennemis des droits de l'homme Teulent exciter contre la constitution.

A ces scènes d'anarchie et de révolte ouverte, se mêlaient des scènes d'une terreur et d'une inquiétude ridicule; mais le peuple y conservait toujours son caractère féroce. Tandis que les jacobins couvraient de leur bave empoisonnée l'infortuné monarque, quelques hommes et quelques femmes de ceux qu'on appelait gens de qualité et bonne compagnie f parmi lesquels se trouvaient l'ambassadeur de Venise, celui de Danemarck et plusieurs seigneurs et dames de la cour, écoutaient paisiblement, dans une maison du faubourg Saint-Honoré , un excellent concert que donnait un virtuose étranger. Arrive une charrette chargée de paille. C'était la provision de mois des chevaux de la maîtresse de la maison. La vue de cette charrette trouble un zélé patriote ; il soupçonne qu'elle est destinée à favoriser l'évasion du roi ; qu'^n va le faire sortir de Paris , caché sous des bottes de paille : il témoigne ses craintes à ses voisins. L'alarme se répand dans le quartier. On court quérir un commissaire de section : il vient escorté d'un détachement de gardes nationales qui investit la maison. Le peuple reste' en dehors 9 et se réjouit d'avance de voir le premier fonctionnaire public bien attrapé.

Le commissaire se présente dans la salle d'assemblée , parle des soupçons et des inquiétudes du

-^ |>ettple. Les symphonistes se dispersent^ les femmes s'effraient.... Le commissaire les rassure. La maî-^ tresse de la maison conduit le commissaire dans toutes les chambres: il ne trouve que des violons ^ des pupitres et les préparatifs d*un bon souper. Il fait décharger la charrette que quatre; grenadiers gardaient à vue : elle contenait cinquante bottes de paille. Ce commissaire^ honnête homme , rassure de nouveau les femmes et va rendre compte de sa mission. Le peuple , qui craint qu'on ne le trompe , ne s'en rapporte pas à ce que dit le commissaire ; il veut voir par lui-même.... Après quelques altercations 9 on consent d'introduire une députation de vingt-quatre hommes du peuple. On recommence les recherches, on visite encore la charrette; on recompte les bottes de paille ; on en délie plusieurs. La populace, bien fâchée qu'il n'y ait rien, et à qui cependant il faut un spectacle qui le dédommage , exige que tous les hommes et les femmes qui se trouvent dans la maison en sortent à pied y et aillent regagner leurs voitures au bout de la rue. Le commissaire retourne intimer l'ordre du peuple souverain. Les femmes crient, se désolent. Il faut se soumettre. Les voitures vides défilent les premières ; suivent les femmes, les yeux baissés, tremblantes de peur , cherchaDt à se dérober aux regards insultans d'une multitude grossière : on les force de traverser *un assez long espace entre deux haies d'hommes , de femmes et d'enfans qui les accablent d'injures, faute de pouvoir leur faire pire.

2JO LIVBS IX.

Le lendemain (i)^ le département se présente à^t^! la barre de l'Assemblée, et donne lecture d*ua ai^ * rété portant que le conseil de la commune sera con^ voqué pour délibérer sur ces deux propositions t savoir, si Ton proposera une adresse au roi pour le prier de continuer son voyage , ou si on le remerciera de ce qu'il a bien voulu ne pas le continuer. Le duc de La Rochefoucault ajoute quela commune a décidé que l'on remerciera le roi de n'avoir pM continué son voyage; qu'on le priera d'éloigner de sa personne les ennemis de la constitution qui Yath siègent par de mauvais conseils. M. de La Roche^ foucault cessait à peine de parler, qu'un messager annonce que le roi va se rendre à l'Assemblée; il entre le moment d'après , et dît : « Messieurs , je viens au milieu de vous avec la confiance que je vous ai toujours témoignée. Vous êtes instruits de la résistance qu'on a apportée hier à mon départ pour Saint«-Cloud. Je n'ai pas voulu qu'on la fit cesser parla-force : j'ai craintde provoquer des actes de rigueur contre une multitude trompée , qui croit agir en faveur des lois lorsquelle les enfreint; mais il importe à la nation de prouver que je suis libre : rien n'est si essentiel pour l'autorité des sanctions et des acceptations que j*ai données à vos décrets. Je persiste donc, par ce puissant motif, dans mon voyage de Saint -Cloud : l'Assemblée nationale en sentira la nécessite. Il semble

(i) Mardi i8 aYril.

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■feoe pour soulever un peuple fidèle , dont j'ai mérité ■Tamour par tout ce que j'ai fait pour lui , on cher** ^ cli0 à lui inspirer des doutes sur mes sentîmes. Tai liecepté , j'ai juré de maintenir la constitution : la nstitution civile du clergé en fait partie^ et j'en aintiendrai Texécution de tout mon pouvoir. Je fiais que renouveler ici l'expression des sentis que j'ai souvent manifestés à TAssemblée : ait que mes intentions et mes vœux n'ont d'aut que le bonheur du peuple : ce bonheur ne ^ulter que de l'observation des lois , et de

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3sident Chabroud , si le sen< ée est pénétrée était compajs douce impression , elle la résence. Puisse votre majesté me^ et dans les témoignages d'àlent, quelque dédommage- Une inquiète agitation est es de la liberté. Au milieu ent les bons citoyens pour se plaît à semer des alar m es . . .

^> Des circonstances menaçantes se réunissent de >} toutes parts , et la défiance du peuple renaît.... » Sire , vous, le peuple , la constitution, la liberté, J9 ce n'est qu'un seul et même intérêt. Les lâches M ennemis de la constitution et de la liberté sont M aussi les vôtres. Tous les coeurs sont à vous; et » comme vous voulez le bonheur du peuple, le peu*

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» pie demande le bonheur de son i^i. Empèchom » qa une faction trop connue par ses projets , ses ef- M forts, ses complots y ne se mette entre le trône et k M nation. Tous les vœux sont accomplis, Sire, quand » vous venez dans cette enceinte resserrer les nœuds )> qui TOUS attachent à la révolution ; vous donnez » des forces aux amis de la paix et des lois. Us diront » au peuple que votre cœur n'est pas change ; tonte » inquiétude, toute défiance disparaîtra ; nos com- » muns ennemis seront encore confondus ; vous an- » rez fait remporter à la patrie une nouvelle victoi-* » re. » Des cris de vive le roi, des applaudissemens tumultueux retentissent dans toute la salle , car plus on forçait le malheureux prince à des démarches qui le compromettaient , qui Favilissaient même , plus on affectait un enthousiasme factice. Le roi sortit. Le marquis de Blacons demanda la parole. « C'est la première fois , Messieurs , que je parais dans cette tribune, et je vois avec peine que je n'y ai été devancé par aucun orateur. Le roi est venu vous annoncer ce que vous savez parfaitement, qu'il est d'une importance extrême, pour la sûreté de vos propres décrets , qu'il ait l'air d'être libre. » M. de Blacons était peut-être le seul qui n'aperçût pas le but de cette représentation théâtrale. Le roi et le président avaient obtenu ce qu'ils se proposaient : le roi, de prouver à toute l'Europe qu'il était réellement prisonnier ; le président de montrer au roi que l'Assemblée n'était point la dupe de ses protestations d'attachement à la constitution; qu'elle

n'ignorait pas sessecrets desseins ; qu'elle savait que^ rëuiiis ainsi que* la reine aux ennemis cachés et connus de la constitution, il travaillait deisoncert avec eux à la renverser.

Le roi termina cette singulière démarche par une démarche plus singulière encore , eLqui ^ dans la suite ^ a infiniment contribué à lui enlever la confiance du peuple, avec d'autant plus de raison que cette démarche était volontaire , et que rien ne le forçait de la faire. M. de Montmorin, ministre des afiaires étrangères, envoya la copie d'une lettre que le roi lui avait ordonné d'écrire (i) à tous les ambassadeurs de France dans les cours étrangères. « Le roi, » Monsieur, disait le ministre , me charge de vous >i mander que son intention la plus formelle est que N vous manifestiez ses sentimens sur la révolution et »sur la constitution française, à la cour où vous ré- » sidez, afin qu'il ne puisse rester aucun doute ni sur 11 les intentions de sa majesté, ni sur l'acceptation » libre qu'ellca donnée à la nouvelle forme du gou- » vernement , ni sur son serment irrévocable de la » maintenir ..... Une constitution propre à faire le «bonheur de la France et du monarque remplace » l'ancien ordre de choses , où la force apparente de » la royauté ne cachait que la force réelle de quel-

» ques corpà aristocratiques Ce qu'on appelle la

» révolution française n'est que l'anéantissement

(i) GeUe lettre est du a3 avril 179 1.

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