‹ Mémoires du marquis de Ferrières (volume 2)Chapitre 16 sur 23 · II. an · texte numérisé non relu

II. an

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voyage de Saint-C^oud^ de la nécessité où il fut le jour de Pâques d'assister à la raesse paroissiale d'un Gurë intrus, du renvoi des officiers de sa chapelle; il finit en disant : « Français, et vous, Parisiens, vous habitans d'une ville que me^ncetres se plairsaient à appeler là bonne ville de Pai*is, méfiea-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis : revenez à votre roi ; il sera toujours votre père, votre meilleur ami. Quel pAaisir n'aura-t-il pas à oublier ses injures personnelles et à se réunir au milieu de vous^ lorsqu'une constitution qu'il aura ac^ ceptée librement fera que notre sainte religion sera respectée ; que le gouvernement sera établi sur un pied stable; et que, par son action, les biens y l'état de chacun, ne seront plus troublés; que les lois ne seront plus enfreintes impunément, et qu'enfin ta liberté reposera sur des bases fermes, inébiftnhH blés! » Louis XYI terminait en défendant à ses ministres de signer aucun ordre en son nom, jusqu'à ce qu'ils eussent reçu ses volontés ultérieures : il enjoignait au ministre de la justice de lui renvoyer le sceau de l'État lorsqu'il en serait requis de sa part.

La lecture de ce mémoire aigrit plus les esprits qu'elle ne les intimida. On trouva les plaintes de Louis XYI sur l'incommodité de son séjour aux Tuileries, sur l'insuffisance de sa liste civile, mesquines, indignes d'un roi qui semblait en appeler à-son épée. La plupart des reproches que Louis XVI faisait à l'Assemblée. étaient fondés; mais l'assenti^

«ii^nt volontaire donné tani de fol» à cette même constitution^ contre laquelle il protestait mainte^ nànty jetait sur ^n caractère une teinte de fausseté et de faiblesse bien capable d'aliéner lé petipleyqin veut de grands vices ou de grandes vertus.

M^ de Rochambeaid et les officiers généraux qui se trouvaient à Paris furent appelés. On chargea M«deMontmorin decommunrqueraux ministres et aux ambassadeurs des puissances étrangères l'inlention où était TAssemblée nationale d'entretenir là bonne intelligence qui régnait entre la nation française et les nations voisines; et^ sur des soup' çons que le roi arvant soin deparrt aarait fait enlever les diaiBsins de la couaronne^ on nocama deux cotn^ Hiissaires pour inventorier les eâfets qui étaient au garde-meuble : d'autres eoromissaires allèrent sur-^ Yeilleflaeaissederexftaordinaire^ et constater rétat actuel du trésor public. Les commissaires rap-^ portèrent qu'il n'avait été rien soustrait des dta-» mans de la couronne f qtie le trésor public eonte-> BaitSi millions 5ôo mille livres^ dont 10 millions etn Bunaéi^ire; que les paiemens ëtaient au pair } que la trésorerie les continuait avec activités Alors l'Assemblée passa froidement à l'ordre du jéur au milieu de0 acclamations du peuple^ et discutât le eodepénaL Ainsi^ en moins de quiatre heures^ l'As* semblée se vit investie de tous les pouvoirs, legou^ yernement marcha, la Itranquillité publique n'ë^ prouva pas le moindre choc, les ouvitiers s'occupe-' rent de leurs travaux accoutumés^ les affaires s'ex-

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pedièrent avec la même cëlérité que si le roi eût ëtë aux Tuileries, les carrosses roulèrent, les spectacles furent ouverts; il se fit même une adjudication d'un bien du clergé à un taux fort au-dessus de son estimation. Paris et la France apprirent par cette expérience devenue si funeste à la royauté, que presque toujours le monarque est étranger au gouvernement qui existe sous son nom.

Le peuple voyait avec joie les mesures sages que prenaient les députés pour maintenir le repos de l'État et la tranquillité de la capitale ; une foule d'hommes et de femmes allaient et venaient paisiblement dans les rues, sur les quais, sur Tes places, s'interrogeànt les uns les autres, et demandant ce qui se faisait et ce qui se disait.

Tous semblaient animés d'un même esprit. Cetait moins un sentiment de crainte des suites que pouvait entraîner la fuite du roi, qu'un sentiment d'indignation d'avoir été trompé. Les contre-révolutionnaires espéraient que le départ du roi serait le signal d'un grand mouvement; que Faits se livrerait à tous les excès de l'anarchie : au contraire, on eût dit que la fuite du roi, en créant un centre d'intérêt commun, avait éteint toutes les haines^ «Mes amis, disait au Palais-Royal un homme véta en lambeaux , je ûe connais plus d'aristocrates que ceux qui sont partis et qui s'arment contre nous : respect, amitié, sûreté pour les autres ; point d'assassinats. Si quelque chose a pu justifier ceux qui

se sont commis au commencement de la révolulion^ c'est que nous étions sans lois; les lois sont faites^ attendons leur justice. v*» Plus loin, dans un autre groupe, quelques hommes timides, effrayés du départ du roi, et paraissant craindre la dissolution de l'empire, un homme couvert d'une mauvaise redingote, mais parlant avec facilité, s'avance : « Messieurs, écoutez une petite historiette qui ne sera pas longue : Un Napolitain, fort bon homme, apprit un jour, en sortant de chez lui, que le pape était mort : sa consternation fut profonde : UQ pape mortel! un pape mort! jamais ces idées n'étaient entrées dans sa tête. En continuant son chemin, il entend dire que le roi de Naples n'est *plus; nouveau trouble qui renverse son esprit. Il rentrait chez lui pour s'abimer dans sa tristesse , quand on s'écrie que l'archevêque de Falerme vient d'expirer. Ce dernier événement l'anéantit j il p^s^ se la nuit à rechercher sa. raison égarée. Le matin il ouït un bruit sourd qui l'étonné ; il demande ce que c'est ; son domestique lui répond que c'est le pâtissier voisin qui fait des macaronis ; autre sur-^ prise. (( Comment! s'écrie le Napolitain,^le pape est mort, le roi de Naples est mort, l'archevêque de Falerme est mort , et l'on fait des macaronis! Ces trois têtes n'étaient donc pas absolument nécessaires à la marche des choses ? » Il prit son parti, mais ilne fut jamais grand philosophe. A l'application, chers concitoyens! . • • . » L'homme. à la redingote se confond parmi la foule; ses auditeurs' demeu-

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rent en silenee. A la fin une femsie s'ëerie : n Par-^ lieu I il RTait raison de neusdin que e'^ait un eonte, car il oommence comme tous les contes : H y ayait une fois un roi.... »

Eu effet les orléanistes et les républicains fl0e<>taieot de regarder la fuitede Louis XVI comme une abdication, un anéantissement légal du contrat que la nation ayait passé avec le monarque ; et pour mieux le persuader au peuple, ils sç portèrent; mais sans tumulte, dans les lieux oii étaient placées les armes du roi, ainsi que son nom et celui dé la reine. On brisa les armes ; on effaça lé nom du roi et de la reine de toutes les enseignes, de fbutes le^ affiches des spectacles. Cette opération se fit avee un calme, un ordre qui semblaient le fruit de la réflexion et du parti décidé de ne plus vouloir de roi, ou du moins de ne plus vouloir Louis XVI pour roi. Les républicains ajoutaient que la nation' gagnait trente millions. Cette idée jetée adroite^ ment, parmi le peuple, réveillant son avarice na-* tu relie, lui laissait envisager une charge de moins dans Tabolition de la royauté.

Les nobles, les prêtres, les gens attachés à l'an* clen régime, dissimulaient leur joie et attendaient avec impatience le résultat de cette éclatante démarche. Ils ne doutaient pas qu'elle ne tournât toute à leur avantage; ils cachaient ces mouvemens. Le peuple et les constitutionnels, les yeux fixés sur eux, épiaient jusqu'au moindre geste.

L'Assemblée n'était pas sans inquiétude sur leë

troupes de ligne. Nous avons va que les révolutionnaîres avaient cru s'assurer de l'armée en obligeant les officierç^ de souscrire un engagement d'honneur qui les mît dans l'impuissance de se déclarer contre la constitutioa. La formule de cet engagement ne convenait plus à la circonstance actuelle (il eût été impolitique de promettre fidélité à un roi qui s'armait contre la nation); et le peu de tçmps écoulé entre le décret qui ordonnait' de le prêter et l'évasion du roi ^ n'avait pas permis de s'occuper de son exécution. On dressadoncune nouvelle formule. On remplaça le nom de roi par le nom de l'Assemblée national^ Chaque officier fut tenude.dire : (c Je jure d'employer les armes remises dans nies mains à la défense de la patrie, et à maintenir, contre tous ses enaemis du dedans et du dehors, la constitution décrétée par l'Assemblée nationale; de mourir plutôt que de souffîrir Finvasion du territoire français par des troupes étrangères , et de n'obéir qu'à des 01^ dres donnés en conséquence des décrets de l'Assemblée nationale, n

On décréta l'envoi de commissaires dans les dérpartemens frontières pour s'assurerdu véritable état des choses, et pour recevoir le serment des troupes. Ces commissaires devaient concerter avec les corps administratifs et avec les commandans des troupes, les mesures propres à maintenir la tranquillité intérieure, et à garantir les frontières des attaques des puissances étrangères. On nomma pour remplir MUe importante mission quinze députes les plus

attachés aux principes rëvolutionnaiines. On I^ autorisa à destituer les chefs qui n'étaient -pas dans les sentimens de TAssemblée^ à le» rem* placer par des hommes dévoues à la révolution. Ge coup décisif porta une mortelle atteinte à la monarchie. L'Assemblée se mit en possession da pouvoir exécutif y et montra par cette démarche hardie ^ ii la France , à l'Europe ^ et surtout a»x rois tentés de se déclarer contre elle , que tout gouverneme;tit peut marcher sans roi; que si l'Assem-f Mée persistait à en vouloir un , c'éti^t mfoins h besoin qu'en avait la France^ qu'une grâce accordée à une famille établie sur le trône depuis flm de huit cents ans«

Les nobles et 1^ évêques sentirent que ce décret renversait tous leurs projets ; mais on ne leur lais^ pas le temps de s'opposer à son exécution. «Je croisa dit le baron d'Ëlbek^ qu'il est utile que les ibnctionnaires publics milihiires de cette Assemblée prêtent à l'instant même le serment dont la formule vient d'être décrétée : je demande la permission de le prêter le premier. — Il n'est pas besoin, reprit €harles Lameth, d'un décret de l'Assemblée : tout chevalier de Saint-Louis jouit d'une faveur natio^ nale ; il doit prêter le serment ou il est traître à la patrie, » Celte brusque décision embarrassa beau-* coup les membi^es du coté droit. Ceux du côté gauche coururent à la tribune^, et prononcèrent le serment au milieu des acclamations des députés et du peuple répandu dans les galeries. Les noblesducôté

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droit s'y rendirent lentement et de mauvaise grâce, mais ils n'osèrent le refuser.

Tandis que l'Assemblée veillait aux grands intérêts qui lui étaient confiés, les comités des rapports et des recherches maintenaient la tranquillité de la capitale ; et pour montrer au peuple que la fuite du roi ne changeait rien aux résolutions même les plus indifférentes, l'Assemblée, sur la demande du curé de Saint-Germain-l'AuxO^rois , décréta qu'elle assisterait en corps à la procession de la Fête-Dieu. Le président ajouta que le roi avait promis d'y assister lui-même, car on saisissait avec empresse ment tout ce. qui pouvait convaincre le peuple de la perfidie et de la trahison du roi.

L' Assemblée crut devoir une réponse à la proclamation, que Louis Xyi avait adressée à tous les Français. La forcé de l'Assemblée venait du peuple, Louis Xyi l'attaquait au tribunal de l'opinion : ce fut à ce même tribunal qu'elle voulut plaider sa cause, et justifier s^s opérations. .Ses juges étaient trop avantageusement disposés pour.qu'elle craignît d y traduire Louis XVI , et de s'y traduire elle-mêiMie. En effet, les mots de factieux, de conspiration , d^attentats contre la souveraineté nationale, de con-* stitution , de munificence , avaient une puissance vraiment magique sur le peuple. Il suffisait d'y ajouter la peinture sans cesse répétée et toujours exagérée du despotisme des anciens ministres, des déprédations de la cour, des entreprises non interrompues des malveillans contre la volonté de vingt-

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cinq millioits d'b^tnmes. Le peuple ^ qai prend lés mots pour les choses ^ ne demandait pas dVutres preuTCs; aussi la réponse à la proclamation da ^ roi , quoique loin de détruire les reproches fondes que faisait le monarque k l'Assemblée ^ eut à l'aide de cette tactique de mots tout le succès qu'en «t<^ tendaient les reTokitionnaires.

Cependantonrépandait lanouvelleque LouisXVI était arrêté : c'était tantôt à Senlis^ tantôt c'était à Meaux. On aTait soin de ne pas laisser accréditer ces bruits. L'instant et le lieu de l'araestatioii étaieot marqués. M. de La Fayette et les rcTolutionnaires saTaient que Louis XVI ne^pouvait leur échapper. Quant à Monsieur, ils ne s'en mettaient guère en peine* Ils étaient charmés qu'il allât rejoindre le eotnte d'Artois et le prince de Condé ^ sûrs que la mésintelligence ne tarderait pas d'éclater entre des princes guidés par des intérêts si différens ) que ' les hommes , et surtout les femmes qui les gou' cernaient , jaloux les uns des autres ^ les auraient bientôt divisés.

Enfin , le a3 juin à dix heures et denaie du soir^ on entendit tout-à^^oup dans les corridors de la salle une foule de voix qui criaient : «Il est arrêté t il est arrêté! » Un courrier haletant et courert de sueur remit plusieurs paquets au président de l'Assemblée. Le président lut une lettre de la munici^ pâli té de Yarennes , qui ne contenait que ces mots : fcDans l'alallrnie ou nous nous trouvons, nous aûto-^ riaons le sieur Mangin > chirurgien de Varennes , I

aller prér^n^ T Assefmblée que le roi est loi ; que nous la stipplions de nous tracer la marche que nous devons teoir. »

L'Assemblée ne songea d'abord qu'à la personne du rou Elle chargea MM. de Latour-Maubourg ^ Pétion et Barnave^ de se rendre à Varennes, d'y veiller à la sûreté du roi , d'assurer son retour ainsi que celui de la famille royale ; elle leur donna plein pouvoir de réquérir les gardes nationales ,* les troupes de ligne , les corps administratifs. M. de La Fayette eut ordre d'empêcher que personne ne sortît de Paris , et qu'on ne livrât point de chevaux de poste sans une permission par écrit du président.

Ces mesures convenaient aux circonstances : on ignorait les détails de l'arrestation du roi , les dispositions des départemens , celles des troupes de ligne et des villes frontières.

Le peuple^ retenu jusqu'alors par la crainte inséparable d'un événement dont il était impossible de calculer les suites , se livra à la fougue naturelle de son caractère ; il acheva de démolir tout ce qui , soit dans les. maisons particulières , soit sur les monumens publics , retraçait l'image du roi et de la reine.

Quelques républicains parlèrent d'abattre les% ^ta* tues de Louis XIV et de Louis XV, s' efforçant d'étendre jusqu'à la royauté la haine que le peuple manifestait pour Louis XVI. Brissot et Danton pi*û^ posèrent aux jacobins la constitution républicaine.

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Le club des cordeliers et le club fraternel placardèrent les affiches les plus incendiaires. Tandis qae les uns s'abandonnaient aux transports immoda^és d'un triomphe prochain^ que les autres^ incertaiiiSi attendaient des nouvelles plus sûres , TarrlVé^ de Drouet dissipa tous les doutes. Drouet çon&tnz Tarrestation du roi , et en donna les détails.

Louis Xyi avait vaincu tous les obstacles- qui s'opposaient à sa sortie deParis ; il poursuivait tranquillement son chemin^ ne doutant point qu'il n'atteignît heureusement le terme de son voyage. Dans cette confiance^ il se livrait à Tespoir flatteur d'an avenir plus heureux ; il descendait de voiture aux endroits ou il était forcé de relayer^ conversait fitmilièrement avec les personnes qu'il y rencontrait, et montrait une s^urité^ un contentement qu'il n'avait pas éprouvé depuis long-temps (i) : mais toutes les démarches de Louis XVI et tous les monvemens de Bouille étaient connus de M. de La Fayette et des principaux chefs de son parti. La Fayette s'était trouvé , comme nous l'avons vu ^ à la porte du Louvre, lors de la sortie de la reine et de madame Elisabeth du château des Tuileries : il lui avait été facile de suivre la marche du roi • de le faire devancer à Châlons. En effets Romnieuf^ aide-

(i) La confiaDce du roi était telle qu'il s'arrêta prieurs heures à Étoges , chez M. de Chamiliy, premier valet de «khambre.

{Note des nouv. édU.)

de-camp de La Fayette^ envoyë officiellement à sa poursuite , trouva en arrivant à Châlons le sieur Bâillon^ commandant de bataillon de la garde nationale de Paris^ homme de confiance de La Fayette, et chargé d'ordres particuliers. Tout était réglé d'avance : Louis XVI était trahi. .

Le premier détachement (i) posté à deux lieues de Châlons , qui devait se replier après le passage du roi et protéger sa fuite, au lieu d'attendre les Toitures, partit à quatre heures, et n'exécuta point rordre^u'il avait reçu. Le maître de poste de Châlons suivit le roi jusqu'à Clermont , et avertit en passant la municipalité de Sainte-Menehould de sa fuite. Les voitures arrivèrent à sept heures et demie dit soir à Sainte-Menehould. Drouet, quoique pré-* vënupar le maître de poste de Clermont, n'osa les arrêter ; il craignit de faire un éclat qui rendrait peut-être inutiles les mesures qu'on avait concertées. Drouet ignorait quelles étaient les dispositions du détachement de Sainte-Menehould. Les dragons se préparaient à escorter les voitures. Drouet sentit que si ce détachement arrivait à Varennes, il ne serait plus possible d'exécuter le plan qu'on avait adopté : il courut sans perdre de temps au corpsde-^garde, criant aux citoyens de s'armer, que c'était la famille royale qui venait dépasser, qu'il fallait retenir les dragons ; il se mit ensuite avec le

' (i) Commandé par M. de Choiseul.

{^Note des nouv. édit)

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sieur GmllAtiâA6y commk du diatftct^ à là poittsiufe des voitures. Le roi traversa ClermcMit san^^bstacle; mais au moment queM^de Damas voulut 6e ve{âier sur Yarennes^ tout fut en mouveme&t dunâ la vîUé; on battit la générale, la ^rde nationale se i^iassenn bla , le district et la municipalité sommèreoi M. di Damas de Caire retirer ses dragons ; M. de Damas répondit qu'il avait des ordres, qu'il voulait partif^ Les officiers municipaux ordonnèrent aux drago» de rentrer dans leurs logemens^Mv deDanraa hvst commanda de marcher : les dragon» demeiarèreat immobiles. A cette vue, le peuplé qui s'était parte en foule sur la place, cria : Vive la nation l Les dra* gons répondirent par le n»eme cri de Vive 1» iialioo< M. de Damas voyant que ses dragon^ref usaient d'obéir , leur fit mettre pied à terre ^ et montant hà^^ même précipitamment^ cheval, il sortis de la tilT» de Clermont, gagna Varennes avec ui» seul de ses ofiiciers et un maréchal-des-logi^.

Cependant Drouet et Guillaume apprirent à Cler^ mont que les voitures ^ au lieu de suivre la toutedc Metz, comme l'avaient annoncé les courriers, sui-* valent la route de Stenai. Us prirent un cfaemrirt de traverse, ai^rivèrent à Varennes quelques iztstabs avant le roi. Us descendirent chez Leblanc à FenseîK gne du Bras d'Or. U était près de minuit; les portes^de Vauberge étaient pourtant encore ouvertes. DroMt tira Leblanc à l'écart : « Camarade, es-tu bon patriote? — Oui, n'en doute pas, reprend Leblanc. — Eh bien ^ mon ami> cours avertir ce que tu con-

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nais d'honnêtes gens , dîs-leur q«e le roî est eu haut de Varenites^qu'il va descendre^ qpa'il faut rarrêter^ Ldblane se rend chez le pvocurenr de la commune. Le procareardelacommaneenToie quérir Toffieier jBDunicipal faisan tles fonctions de maire; il ordonne à ses enfans et à ses domestiques de parcourir la ville, d'y semer l'alarme^ d'éreillertouslesciteyens* LeUanc s'arme et se porte avec son frère dans une me par laqndle les voitures devaient nécessaire* ment passer. Il venait de s'élever une dispute entre les courriers- et les postillons. Le maître de poste de Glermont avait commandé de faire rafraîchir les chevaux avant de doubler la poste de Yarennes. Le soi craignant qu'on ne fût à sa poursuite^ pressait le départ, mais les postillons refusaient de marcher. Cet incident donne le temps àDrouet etA Gurllanme .ém se saisir du pont de Yarennes : ils y traînent une oharrrette chargée de meubles qui se trouve là tout exprès , la renversent, et à l'aide de quelques raor-« eeaux de bois, barricadent l'entrée. Cependant les voitures ai ri vent ; les deux frères Leblanc arrêtent la première. Le procureur de la commune demande les passe-ports; on lui répond que ce sont les per-sennes de la seconde voiture qui les on);. Le procureur de la commune s'avance vers cette voiture attelée de six chevaux, suivie de trois courriers, ayant trois hommes habillés de jaune sur le siège. Il se fait connaitre, interroge les voyageurs. La reine répond qu elle va à Francfort , et f»*&ente le passeport délivrée madame la baronne deKorff. Le pro-

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cnreur de la commune observe qu'il est trop tard pour yiser le passe-port; que la difficulté des che^ mins et la rumeur qui existe dans la ville doivent engager madame la baronne de Korff ainsi que sa famille à descendre; il leur offre Isa maison . Là reine dit qu'elle est étrangère , qu'elle est très- pressée, (f Madame^ répond Drouet, si vous êtes étrangère/ comment avez-vous eu assez d'influence pour faire partir, incontinent après vous, à Sainte-Menehouldi un détachement de cinquante dragons? Comment, lorsque vous êtes passée à Clermont, avez-TOus eu assez d'influence pour vous faire suivre par le détachement qui était dans cette ville? Comment^ à Finstantque je vous parle, êtes-vous accompagnëed'on détachement de hussards? »

Saulse, procureur de la commune, insiste; il offre encore sa maison • Ces courriers ordonnent aux postillons de marcher, et frappent* les chevaux pour faire partir. Les frères Leblanc assurent que si l'on tente de forcer le passage ils tireront dans la voiture. A cette menace, le roi ordonne d'arrêter, des« cend le premier , la reine et madame Elisabeth acceptent le bras de Saulse. Le roi prend ses enfans par la main : ils s'acheminent vers la maison duprocureur de la commune, marchand chandelier, traversent la boutique, et montent par un mauvais escalier dans une petite chambre.

Le roi, d'unair content, et affectant une tranquillité qu'il était loin de ressentir, demande un coup à boire. Saulse apporte une bouteille de vin de Bonr-

gogne et un morceau defromage : le toi assuj^e qu'il n'a jamais bu d'aussi bon vin^ et engage Saulse à lui faire raison : ill'interroge sur son état ^ itur $es fonc-^ tiens ^ sur les prêtres; s'informe où est le maire de la ville. Saulse repond que le maire est à l'Assem-»* blëe nationale. A ce nom le roi laisse apercevoir un mouvement d'embarras. « Avez-vouis un club? ^— Non, Monsieur. — Tant mieux , les malheureux ont perdu la France ! >i Pendant cette conversation , le roi semblait prêter beaucoup d'attention au bruit qu'il entendait dans la rue; La reine ^ assise au fond de la chambre une coiffe sur le visage ^ qui.empê-^ ùhait qu'on ne distinguât ses traits ^ ne prononçait que quelques mots insignifians; Saulse srllarit et ve-» nait sousprétextè d'apaiser le tumulte et d'annoncer au peuple y à la prière du roi , que ce n'était qu'un ▼oyageur ordinaire. Chaque fois que Saulse sortait^ le roi lui disait : Hâtez-vous de revenir^ j'ai besoin de vous ^ votre conversation me plaît. ; . . Âh çà ! vous avez un pont ici? — Oui, Motisieur, mais il est em« barrasse de charrettes , de meubles. — Je passerai le gué. — Ah ! le gué est bien pire : nous craignons les Autrichiens; je me suis avisé d'y faire mettre des grippes-loups, des piquets; il n'est pas possible de le traverser. -^ Eh bien ! faites donc débarrasser le pont. -^ Je vais, Monsieur, en donnei' l'ordre... » Saulse sort et écrit à la municipalité dé Clermont : a Vite, partez avec des armes et de9 canons ; envoyez la garde nationale : vite , ie rot

est îei avec la famille royale : vite , vite. » II. »^

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Tout le moncte voyait que c était le roi » mais chacun chcr<^ait & s'en assurer en lui faisant des questions. Un gai*de national de Varennes f plus pressant que les autres^ insiste pour que LoaisX.VI se nomme. « Vous êtes le roi ^ lui répète-4-il i chaque mot ; je vous reconnais : allons, couTenefr en -àf'h^fkne foi. m A ce ton indécent de familiarité^ la P^tfC oul>li<i>^t qu'elle ne doit être qu une dame étffphflèigR, ne peut se contenir plus long-temps : « $1 Vous le connaissez I reprend-elle d'un tonde Toil imposant , en relevant la gaze qui lui cache le visage ^ traites-le donc avec plus de respect. »

Cependantralarmeestgénérale;lecommandaat de la garde nationale et Drouet s'occupent à placer des postes f à fortifier les entrées. On forme des barricades avec des pièces de bois et des chaînettes ; on traine des canons sur la route de Clermont. Un détachement de hussards deLausun paraît et s'avance le sabre à la main. L'officier qui le com* mande dit qu'il veut parler au roi , qu'il veut garder le roi. On lui répond qu'il ne parlera point au roi ^ qu'il ne gardera point le roi ; que la garde nationale est là ; que le roi n'a pas besoin de son service. L'officier ordonne h ses hussards de forcer le passage. Drouet jure que si Ton tente d'enlever le roi par force, on ne Taura que mort. Les hussards s'arrêtent et se forment en bataille devant la maison du procureur de la commune. La garde nationale de Varennes arrive. Le commandant fait avancer deux pièces de canon. Saulse dit aux hussards quec^est le

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jbpi qui eàt arrêté; qu'il les croit trop bons citoyens ppi^r favoriser soa évasion. M* de Gogl^s, aidç-de^ Cump du généraji Bouille (i), demande à parler au isoi : le major de la garde nationale l'introduit. Ijouîs Xyi apercevant Goglas , croit que le détachement qu'il commande est maître de Yarennesii et dans fette persuasion y il lui dit : (( Quand part-on ? *— J'attends vos ordres , répond Goglas. — ^Je ne veux, continue Louis XYI , que cinquante bu cent gardes nationales pour m'accompagner. » Mais^ouis X.VI est bientôt désabusé ; on lui fait comprendre qu'il est réellement prisonnier. Il se jette dans les bras de Saulse : (c Oui , je suis votre roi ; placédans la capitale au milieu des poignards et des baïonnettes^ je viens chercher en province , parmi mes fidèles Sujets , la liberté et la paix dont vous jouissez tous : je Qe peux plus rester à Paris sans y mourir , ma famille et moi. » Il embrasse ceux qui l'environ*nent, çt revenant à Saulse : « Oui^ mon ami, c'est ton roi qui est en ton pouvoir ; c'est ton roi qui t'implore : veux-tu le trahir, le livrer à ses plus cruels ennemis? Sauve nia femme, sauve mes enfans; ao Compagne-moi,garde-moi; je te promets une fortune immense à toi et aul tiens ; j'élèverai ta ville. audessus de toutes les villes du royaume. » La reiae prend le dauphin dans ses bras , se met presque à genoux I et conjure Saulse, par ce qu'il a de plus

(i) D'autres disent officier d'état-major de l'armée.

cher> de la sauter^ de sauver le dauphin.» Non, répond Saulse y non , Sire ; ce que vous me demandez est impossible. J'ai deux choses particulières à conserver^ ma vie et mon honneur. Disposez de ma vie; elle est à vous : n'espérez rien obtenir de moi contraire aftx devoirs de l'honneur. J'ai juré d'être fidèle à la nation ^ à la loi et à vous; je tous trahirais également tons les trois en cédant à vos demandes; je trahirais la constitution que vous avez juré de défendre; je manquerais aux décrets <|ue vous avez vous-même sanctionnés. » Saulse représente alors aTec chaleur au roi l'état où il va plonger le royaume ; il lui parle de la liberté qu'il a^^ accordée à son peuple. Louis XVI ^ ému y s'écrie : « Mes amis , conseillez-moi , que faut-il que je fasse? — Prendrt un parti violent, » répond M. de Damas.... Le roi rappelle qu'il existe un décret qui lui permet dé voyager dans tout le royaume ; qu'il veut aller à Montmédy. On lui représente le décret qui l'oblige de ne pas s'éloigner de plus de vingt lieues du corps législatif. Le roi le lit attentivement , et le rejetant avec indignation : « Je n'ai jamais sanctionné cela. » On le presse de retourner dans la capitale : l'idée des dangers qui le menacent y des événemens qu'il prévoit , l'empêche de céder aux instances réitérées qu'on lui fait. La reine partage les alarmes du roi : et, malgré les prières des habitans de Varennes , qui conjurent Louis XVI d'assurer, par son retour, la paix et la tranquillité du royaume, il persiste à se rendre à Montmédy..'.'

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On étak trèsnincertain des dispositions des hussards. Goglas leur faisait exécuter diffërens mouvemcDS, et paraissait vouloir envelopper les batteries* Le commandant de la garde nationale change là position de ses canons , les place aux deux extrémités de la rue» Les hussards se. trouvent entre deux feux. Goglas s'aperçoit de cette manœuvre; il reconnais rinsujffisance de ses forces^ et court chercher le restant du détachement qui était posté; devant landlen palais : mais le major de la garde nationale l'arrête et lui dit que le roi ne veut que cinquante hommes. Goglas pousse son cheval^ porte un Coup de sabre au major* Le major évite lé coup^ tire son pistolet sur Goglas , le blesse au bras. Ce combat se passe en présence des hussards^ qui ne font aucun mouvement. Goglas se retire à son auberge : ies hussards, abandonnés de leur chef, demandent un officier de la garde nationale pour les commander. Le peuplée Yarennes pousse des cris répétés de vive Lausun ! Les hussards répondent par les cris de vive la nation! Ils consentent à descendre de cheval , et à livrer leurs armes au commandant de la garde nationale^.

On se félicitait de cet heureux rapprochement , lorsque Ton vit accourir à course de cheval un cavalier de gendarmerie qui annonce que le fils du général Bouille s'avance à la tête d'un second détachement de hussards. Cette nouvelle cause de vives inquié(Uides ; on sent la nécessité de presser le départ daroi ; il arrivait à chaque instant des troupes\

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