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de gardes nationales. Ces secours décident là côlUr mune de Yarennes : le départ se trouve protégé et devient moins dangereux. Tandisqueron délibèt^i Rommeuf^ aide-de*camp de La Fayette, entre dans la chambre du roi. Le roi le reconnaît; il s'écrie : (t Voilà donc M. de La Fayette qui me fait arrêter une seconde fois pour établir sa république I )» 'Rbin*ineuf était porteur d'ordres de l'Assemblée national le : il les présente au roi^ lui exprime la douleur dans laquelle son évasion a plongé la capitale^ le danger de prolonger son séjour dans une ville si peu éloi-giiée des frontières ; qu'il expose sa personne^ ç^6 de totis les citoyens qui l'environnent. Le roi insiste pour continuer son voyage : son intention , assuret-ily n'a jamais été de quitter le royaume ; il veut aller à Montmédy. Chaque instant augmentait lé péril ^ redoublait les difficultés. Le détachement de hussards ; qui était àDun , marchait sur Yarennes ; l'avant-garde venait de^se présenter à Feutrée du pont : elle avait même tenté de forcer le passage. On ne délibère plus , le départ est décidé ; tous les citoyens s'empressent de fournir voitures^ chevaux; on nomme un commandant de Tescorte , et Ion se met en marche. A peine avait-on fait une lieue , qu'on aperçût sur les hauteurs un gros corps de cavalerie : les soldats qui la composaient , voyant la bonne contenance et le nombre des gardes nationalès , n'osèrent les attaquer. Le fils de Bouille ^ à la tête d'un peloton de chasseurs , tenta le passage de là rivière^ dans le dessein de couper l'escorte du roi;
et de donner le temps au corps qu'il commandait de joindre les Toitures. Le passage de la rivière était impossible : le fils de Bouille ne putreffectQer.
Cependant un cavalier^ détaché par M. de Choi* seul-StainTÎUe, parvint à traverser la rivière à la nage^ et courut annoncer à M. de Bouille l'arrestation du roi. Il était trois heures du matin : M. de Bouille donna sur-le-champ ordre au régiment Royal-Aile* mand de monter à cheval. Si cet ordre eût étéexé<* eutéy Bouille aurait encore trouvé le roi à Vkrennes; mais M. de Mandel, quatrième colonel de Royal- ]^Uemand ^ suscita , on ne sait à quelle instigation m |)or quelle intrigue, une foule d'incideus. Le ré*giment ne pai^tit qu'à cinq heures^ Bouille , après avoir marché quelque temps p fit halte , et dit aux cavalier^ que le roi venait d'être arrêté à Varennes, que sa majesté voulait aller à Montmédy ; qu'elle les uvait choisis pour ses gardes. Il leur denunda s'ils consentaient à le suivre; tous répondirent qu'ils le suivraient avec joie. Bouille distribue yingt-<;înq louis à chaque escadron : il donne cent louis au premier escadron qui devait entourer la voiture du roi* Cette répartition inégale occasione des murmures; ce n'est qu'avec peine que Bouille parvient h calmer ce mouvement subit d'insurrection.
Pendant cette altercation entre le général et les soldats, le fils de Bouilléarrive avec le détachement de hussards qu'il commande. Bouille continue sa marche ; il apprend à Yarennes que le roi est parti. Bouille se préparait à le suivre , et l'eût probable-
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ment bientôt atteint, lorsqu'il reçut un courrier qui lui défendit de rien entyeprendre. A cet ordre inattendu y Bouille , sans s'arrêter davantage à Varennes , reprend le chemin de Stenai ; sentant qu'il est sacrifié , qu'il n'y a plus de sùretë pour lui en France, il demande la route de l'abbaye d'Orval , et gagne Luxembourg avec MM. de Kinglin , d'Of&is et quelques autres officiers généraux qui ne veulent point ^abandonner.
; L'arrestation du roi déra ngeait les projets des orjéaniates et des contrerrévolutionnaires; elle embarrassait peut-être autant les constitutionnels : oq •eût dit, à voir l'effet isingulier que produisit cette nouvelle , que personne n'y comptait , q^e personne même ne la désirait (i). Cependant il fallait prendre un parti : les principaux meneurs eurent des conférences secrètes ; enfin , après àe longues et de fréquentes délibérations ^ Thouret , au nom du comité de constitution , propose le décret suivant : fc Aussitôt que le roi sera arrivé, il lui sera donné V une garde qui , sous les ordres du commandant n général de Paris , veillera à sa sûreté et répondra D de sa personne : il sera également donné à la reine » une garde particulière , ainsi qu'à Théritier pré- >) somptif de la couronne, auquel l'Assemblée natio-
(i) Ceci semble contredire ce que l'auteur a dit plus haut, que /< roi était trahi.
(Note des nouy, édii,)
» nale nommera un gouverneur. Tous ceux qui ont » accompagné le roi et la famille royale seront mis M en arrestation et interroges. Le roi et la reine se- » ront entendus dans leurs déclarations , pour être >i prises par FÂssemblée nationale les résolutions » jugées nécessaires. Le ministre de la justice con- » tinuera d'apposer lesces^i de TÉtat aux décrets de » TAssémblée nationale , sans qu'il soit besoin de la » sanction et de l'acceptation du roi. Les ministres/ » et les préposés à la trésorerie nationale , demeu-*- >» rent autorisés à faire , chacun dans leur départe- » ment et sous leur responsabilité^ les fonctions du » pouvoir exécutif . »
C'était détrôner le roi , et créer un gouvernement républicain provisoire. Les députés attachés à la monarchie firent leurs efforts pour empêchier ce décret , mais il passa à une grande majorité; Malheureusement les circonstances le rendaient tellement nécessaire , qu'il eût été imprudent dt ne pas le porter. Les constitutionnels voyaient tous les dangers dans lesquels la fuite et l'arrestation du roi étaient sur le point de plonger la monarchie et la personne même du monarque; ils savaient que jies républicains cherchaient à profiter de ce malheureux événement pour établir un gouvernement qui , dans leurs vues secrètes , devait les rendre maîtres de l'administration , des richesse3 et des honneurs : ils savaient que les orléanistes intriguaient pour amener un changement dans la branche régnante ; et placer la couronne sur la tête
du duc d'Qrlëans : ils connaissaient avec quel art on travaillait lopinion publique ; mais cp n était pas assez de régler ce qui concernait le roi ^ il faU lait se réserver les moyens de terminer cette graii«^ de crise à l'avantage de la constitution. Les assem*^ blées primaires étiûent partout en activité; oq avait même déjà nomm41t^ plupart des électeurs; il était essentiel de suspendre la nomination de$ députés à la nouvelle législature , et surtout d'em* pêcher les électeurs de se rassembler ; car^ au mi* lieu des intrigues de tous les partis ^ que n'avait-on pat à craindre des assemblées électorales! On par* lait déjà de former des corporations qui seraient autorisées à demander , au nom du peuple y que l'Assemblée nationale ne décidât rien sur le sort de Louis XYI , sans l'aveu des quatre-vingt-«troi$ départemens. « Messieurs ^ dit Chapelier y tous les partis s'agitent y les grandes passions sont en mouvement ; ne courons pas le risque de voir deux Assemblées nationales et quatre-vingt-trois corps délibérans. » Cette question était délicate : l'Assemblée avait-elle le droit de suspendre l'exercice de la souveraineté nationale , surtout dans une conjoncture si imposante , où il s'agissait de prononcer sur les plus grands intérêts ?
Les dangers pressans de la chose publique enga*gèreut l'Assemblée à passer sur ces considérations : elle osa prendre tous les événemens sur sa responsabilité^et décréta que les électeursne se réuniraient pas , et sui^seoiraient aux nominations des députés
4e la nouvelle lëgislaturé jusqu'au jour que fixerait ^Assemblée nationale.
• Cependant l'escorte qui conduisaitleroi , délivrée de la crainte d'être attaqtiée par les troupes aux ordres de Bouille y continuait tranquillement sa route. A une lieue de Varennes on rencontra les co^ps administratifs de Glermônt qui venaient en charrette : le président du district demanda h parler au roi ; il lui fit^ assure un témoin oculaire , une harangue respectueuse, mais forte, sur les suites de son éva»iioù : icar tout le monde se croyait en droit d'insul-* ter éet infortuné monarque, de Tassoramerde ba- Tardagës et de lieux communs sur la souveraineté du peuple, sur le respect et l'obéissance que lui doit son premier fonctionnaire public. Le roi répondit avec douceur : « Mon peuple est séduit, mon peuple est trompé. — Sire, reprit majestueusement le pré^dent du district, il est plus facile de tromper tùï seul homme que de tromper tout un peuple. »
' La foule des gardes nationales grossissait à chaijue instant ; les cris de vive la nation ! les aristocrates à la lanternç ! se répétaient avec fureur. Un noble , nommé M. de Dampierre, averti de l'arrestation du roi , vint se présenter sur son passage, cherchant à s'approcher de la voiture , dans l'intention', s'il ne pouvait parler au roi, de lui montrer au moins par ses tristes regards , et par toute sa contenance , qu'il pA*tageait son affreuse situation. La présence seule de M. de Dampierre fut regardée comme une nouvelle conspiration ; on l'ar-
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racha d'auprès de la voiture du roi ; on le massacra, presque sous ses yeux. Ces dispositions sanguinai-; res effrayèrent le roi et la reine pour eux^niçtiies , et pour les trois gardes-du-corps qui leur avaient^ serti de courriers : ils se représentaient les scèpes
' sanglantes des 5 et 6 octobre : ils ne voyaient qu'avec un sentiment de terreur qu'on les conduisait à Paris. Arrivés à Châlons^ les menaces et les cris du peuple augmentèrent encore leur effroi. Abandonnés au milieu d'une multitude qui ne reconnaissait aucune autorité , ils crurent devoir faire, promettre à M. Baudan , maire de Châlons ^ €pkï\ ne leur arriverait aucun accident dans la route ni à leur entrée a Paris, et qu'on respecterait toutes les personnes de leur suite. Le maire de Chapons eut assez de courage et de confiance dans le peuple
^ français , pour répondre, sur sa tête , de la sûreté du roi et de ceux qui l'accompagnaient : il assura Louis XVI qu'il ne le quitterait point jusqu'à ce qu'il reûtremisentrelesmainsdel' Assemblée. Cette assurance tranquillisa le roi. M. de Baudan dépêcha sur-le-champun courrier à la municipalité de Paris, lui fit part de l'engagement qu'il venait de contra/cter, la pria d'en prévenir les citoyens, et de prendre • les. mesures les plus efficaces pour que la tranquillité publique ne fût pas troublée. L'arrivée des trois commissaires déchargea M. de Baudan d'une responsabilité dangereuse , q«'il n'eût peut-être pas dépendu de lui de conserver.
Barnave, Pétion et Latour-Maubourg, joignirent
le roi à Èpernay : ils avaient reçu , sur-la roule, les témoignages les plus flatteurs de rattachement du jpëuple^ Barnave lut le décret qui établissait sa mission. Le roirépondit qu'il était sensible à l-attention 'de r Assemblée pour la sûreté de sa personne et pour . le maintien du respect dû à l'autorité royale. Il ré- ' péta qu'il n'avait jamais eu l'intention de sortir du royaume. Les commissaires donnèrent le commandemiytde l'escorte à M. Dumas , adjudant-général de La Fayette, et l'on se remit en marche. Le roi invita Latour-Maubourgd'entrer dansson carrosse. Lafoùrg-Maubourg s'y refusa , soit crainte de faire naître des soupçons, soit embai^as , honte du rôle quHl jouait en ce moment auprès d'un roi et d'une reine auxquels il devait son état et sa fortune. Le roi démêla facilement ce dernier motif , et lui dit avec bonté : « M. de Lalour-Maubourg , nos opinions ne sont pas les mêmes , mais j'ai toujours eu pour vous la plus grande estime. » La reine , peutêtre plus offensée , ne partagea point cette tendre indulgence : elle reprocha durement à Latour-Maubourg ce* qu'elle avait fait pour lui. w Vous n'êtes qu'un factieux, » ajouta-t-elle d'un ton de colère- Clettc princesse altière avait peine à plier sous la dure loi de la nécessité. Elle mit dans sa conduite avec les commissaires une hauteur déplacée. Bar^nave ayant laissé sur le lit de M. le dg^uphin le décret dé l'Assemblée, la reine le prit et, le jetant d'un air de dédain , assura qu'elle ne voulait pas que le lit de soù fils en fût souillé. La reine conservait Tes-
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përance que les trou|)es aux ordres de Bouille v'ieiH dratent la délivrer. En effets il se répandît uu brait que Von cherchait à couper l'escorte ; ^t que les commissaires crussent ce bruit fondé , soit qu'ils affectassent de le croire , ils portèrent en avant dii^ * férens corps de gendarmerie et de troupes de ligne.
Le roi était accompagné d'une armée de garde nationale la plupart à pied. Une foule innombrable de peuple accouru de toutes parts augmentait en*core la lenteur de la marche. La contenance ae ce peuple était fière et même insolente. Les cris de vite la nation j vive la liberté j vivre libre ou mourir^ retentissaient sans cesse autour des voitures. Il s'y mêlait des huées , des allusions grossières.
Ceux qui pouvaient s'approcher de la voiture saluaient Pétion ^ Barnave y s'entretenaient avec eux sans jamais regarder ni adresser la parx)le au roi ou à la reine. Les hommes du cortège étaient armés de faux y de fourches , de marteaux; les cultivateurs montés sur leurs chevaux de charrue; une troupe nombreuse de gardes nationales y bien armés et bien équipés, entourait le carrosse du roi. Barnave faisait remarquer d'un air de complaisance à la: reine que ces gardes nationales n'étaient pas des Parisiens. Tout dans ce triste voyage retraçait à Louis XVI fi^n impuissance , la force du peuple et le triomphe de l'Assemblée.
Cependant il était prudent de ramener Louis XVI à Paris le plus promptement qu'il serait possible* Le spectacle trop prolongé d'un roi jadis si puis^
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saut , traîne en captif au milieu de ses États et de ses sujets y en intéressant la compassion du peuple^ pouvait devenir dangereux. Les commissaires profitèrent des alarmes que semblaient causer les prétendus desseins de Bouille. Ils laissèrent Tinfante-
rie derrière ; et gardant seulement la cavalerie avec eux 9 ilffvinrent coucher à Meaux. La reine reconnut enfin la nécessité de se soumettre aux circonstances : elle fut plus polie avec les commissaires ; elle chercha surtout à gagner Barnave , dont la jeunesse lui laissait espérer plus de sensibilité que de r imbécile et morgue Pétion. Le roi voulut faire manger les trois commissaires à sa table ; déjà Pétion s'était placé entre la reine et le roi ; Barnave s en défendit d'un air modeste , protestant qu'il se tiendrait derrière la chaise du roi.
Tant d'événemens si propres à ramener sur le peu de stabilité des grandeurs humaines pro(^isirent dans le cœur de Barnave une profonde impres-* sien. Son âme s'ouvrit à des senti mens jusqu'alors inconnus. La vue du^lus grand roi du monde , dé* pouillé de tout ^ même de la pitié que semblaient lui promettre ses malheurs ; celle d'une reine ^ fille et sœur de tant d'empereurs y d'une jeune princesse intéressante par sa beauté , plus intéressante par se» vertoa ; de deux tendres enfans , destinés à la plus haute fortune ^ réduits à la plus humiliante dépendance, tandis que des hommes^ dont Texistence n'é* tait pas même soupçonnée il ya deux ans^ régnaient sur ce même peuple avec une autorité et un empire
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que ni Louis XVI ni ses prédécesseurs n'ayant jamais exercés ; quelles sensations pour Tâme encore neuTC deBarnave ! Latour-Maubourg n'avait pu lea soutenir; et pour s'y dérober^ il s'était chargé dcf veiller^ conjointement ayec Dunias , sur Tescorte. rétion seul ne sentait rien , ne voyait rien , ne comprenait rien ; il ne soupçonnait pas même un changement dans son existence ni dans celle des personnes qui l'environnaient. Il recevait avec une orgueilleuse sottise les cris de la multitude comme des hommages adressés à lui seul^ parlait sans cesse du projet d'établir une république française ^ et ne cachait ni au roi ni à la reine que c'était l'unique objet de ses désirs.
Lareine^ résolue de profiter de l'attendrissement de Barnave^ chercha encore à l'augmenter par les innocentes caresses du dauphin. Ce jeune prinee f pen^ntla route , ne cessa de jouer avec Barnave y se livrant à cet épanchement naturel qui porte de préférence les enfans vers ceux qui approchent le pliis de leur âge^ et dont la physionomie leur inspire le plus de confiance. Un jour^ après quelques jeux et bi^aucoup de questions auxquelles Barnave se prête avec complaisance y les yeux du dauphin se fixent sur les boutons de l'habit de Barnave ; il y aperçoit des lettres; aussitôt il prend un de ces boutons dans ses petites mains , il assemble les lettres , et sa bouche enfantine prononce des mots qui en formaient la légende : Vivre libre ou mourir.' Enchanté d'avoir déchiffré Tinscription , ils'àarie:
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)i'l*îen8,niâmaa,1rois-tu? vivre libre ou mourir!»
La curiosité l'engage à examiner les autres boutons j Il les trouve les mêmes. « Ah! maman, partout vivre libreou mourir! » La reine garde le silence; BâTnave ëmù ne peut refuser un tendre sentiment à cette pre'cieusé naïveté; et moi aussi je donne une larme à ton heureuse innocence; tu ne sentais point tes maux présens, tu prévoyais encore moins ceux qui s'apprêtaient à fondre sur toi et sur ta malheureuse famille.
' Cette favorable impression ne se borna point à une émotion passagère. Barnave sut se ménager quelques conversations -particulières avec le roi ; il lui donna d'utibs avis, lui traça la marche qu'il devait suivre , lorsque l'Assemblée, conformément h son décret, en'verrait des commissaires recevoir sa déclaration*
Louis XVI arriva le lendemain à Paris (i). Une foule immense de peuple, attiré par la nouveauté du spectacle, et par ce désir si naturel à l'homme social de jouir de l'abaissement de tout ce qu'il a été forcé de respecter, se pointa sur le chemin par oîi devait passer le roi. La rue Saint-Honoré et le bou-^ levart semblaient deux grandes rivières , gorgées par une pluie abondante, qui se déchargent dans un vaste bras de mer.
La garde nationale alla prendre LbuisXVI àBon-^
(i) Le i5 juin. Il était parti le ai.
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dy ; ce moment fut douloureux pour lui et terrible pour les trois gardes-du*-corps qm VlàTuieni accompagné. Tous les bourgeois, irrités d'une démarche qui avait exposé Paris au pillage , et le royaume aux horreurs d'une guerre ciyile, e^priaiaieutt ea termes énergiques leur indignation. La reine sir Tanouit; les trois gardes-du^^corps demandèrent It mort^ priant en grâce qu'on ne les abandonnât pas à la fureur du peuple. Le roi et la famille royale suivirent les nouveaux boulevarts et les Cban^pt- Êlysées. Le peuple gardait un pr(^ojid silence; il voyait passer Louis XVI sans éprouver le nu>indre sentiment de pitié* Les gardes nationales criaient: f( EnfonceZ: vos chapeaux « restes couverts; il va paraître devant ses juges I » Cependant Louis Xyin'ea* suya aucune insulte personnelle^ On avait placardé le matin au faubourg Saint-Antoine : c< Quiconque applaudira le roi sera batonué , qaicai¥)iie l'insulter^ sera pendu! a
.. Xe oortége était innombrable , la route hérissée de baB>nnettes - trente soldats occupaient le devant et le derrière de la voiture : quiBxehommesdefro^t empêchaient l'approche des portières. Le faubourg Saint- Antoine armé de piques , et une multitude d'hommes, accourus de tous les lieux oii avait passé le roi^ armés de fourches, de faux« de pioches, fermaient lamiarche^Leroi, la reine et Barnave étaient au fond de la première voiture; ledauphin pleurait sur les genoux de sa mère; tes trois gardes-du-corps liés sur le siège et presses («ar cinq.grenadiisrs la
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baïonnette au bout du fuâil, semblaient trois vie-* tim^s deistinées à un horrible sacrifice.
Madame Elisabeth et M. de Latour - M aubout^ suivaient dans une autre voiture ; venait ensuite }e cabrioletde deux femmes de chambi^ : il précédait un chariot ouvert^ entoure débranches de laurier. Drpuet et Guillaume couronnés de feuilles de chê^ «e et debout y y recevaient les applaudissemens et jles hommages du peuple. Les crisde vive la nation^ vive Drftuet et Guillaume^ vive la brave garde nationale de YarenneSy retentissaient de toutes parts autour d'eux : c'était le triomphe d'un général vic^ torieux qui amène un grand captif.
Tous les spectateurs ne partageaient pas cette joie insultante et barbare. Je ne saurais me refuser de retracer ici un trait de sensibilité qui , s'il eût été connu dé Louis XYI, aurait sans doute allégé^ pour quelques instans , les cruelles angoisses dont son sœur était déchiré. Un vieux militaire, chevalier de Saint-Louis, entraîné par son attachement pour le roi sur le lieu de cette effroyable scène, mais inca-* pable d'en supporter la vue, errait de côté et d'autre en proie à la plus tourmentante inquiétude. Farve* nu dans un endroit écarté, il aperçoit avec surprise un cavalier de la garde à chevalde Paris qui pleurait. Le vieux militaire s'approche: ccCamarade, qui peut donct'affligeràce point? — Ah! Monsieur, répond en sanglotant le cavalier, j'ai abandonne mon poste , je n ai pu y tenir : le spectacle que je viens de voir me déchire l'âme; je ne suis pas le seul, car mon pauvre
cheval que j'ai ramené à l'écurie n'a pas voulu manger. » Le vieux militaire^ les larmes aux yeux; fouille dans sa poche : « Mon ami , je n'ai <|ue ces dix-huit francs, fais-moi le plaisir de les accepter. » Le cavalier les repousse de sa main, et s'écrie douloureusement : « Ah ! je le vois bien, on ne croit plus à l'honneur du soldat. » Le vieux militaire se jette dans les bras de cet homme respectable ; tous les deux, avec un silence expressif » confondent , dans cet embrassement, et leur profond désespoir, et la vive et mutuelle estime dont ils sont pénétrés Tan pour l'autre. ^
Le roi et la reine entrèrent aux Tuileries par le pont-tournant ; l'escorte^ marchant sur quatre colonnes, remplit en. un instant le jardin. La voiture s'arrêta au bas de la terrasse ; le peaple se précipita de tous côtés pour voir descendre la famille royale. Ce mouvement subit causa de l'inquiétude :oncrai' gnit qu'irrité de la contenance noble et ferme des trois gardes-du-corps qui avaient servi de courriers, il ne les punit d'une intrépidité qui semblait braver l'effroyable position dans laqujelle ils se trouvaient. Quelques gardes nationales voulurent se jeter sûr le dernier garde au moment qu'il descendait, ils furent repoussés; et l'un des commissaires de l'Assemblée ayant demandé respect pour la loi, le peuple se retira.
La reine était extrêtnement faible. Le vicomte de Noàilles et Menou l'aidèrent à descendré de voitul'e : on la conduisit à son ^appartement , accotoipa-
ghëe d'une garde nombreuse. L.e roi se. rendit dans le sieq. On mit le dauphin d^ns une chambre séparée.
' Te^f ut le succès de cette imprudente eatrepi^ise ; elle manqua par le peu de capacité des hommes chargés de l'exécution ; par. le peu de courage du roi^ qui; au moment décisif de l'arrestation de Varennesy n'osa prendre an parti vigoureux ; par le défaut de calcul de Bouille (i). Il devait savoir que des soldats indifférens^et même en secret contraires au projet que l'on concerte par leur moyen, tant qu'ils l'ignorent ne s'y livrent point avec l'ardeur nécessaire à sa réussite, et dès l'iastaat qu'ils le cpAnaissent s'y refusent et tournent leurs propices armes contre les chefs qui les ont employés : mais quand bien même Louis XYIfût parvenu juaqu'à Monjtmédy,les contre-révolutionnaires ]>'en eussent pas. r&^ tiré l'avantage qu'ils en attendaient. L'opinion était trop fortement prononcée en faveur de la constitution. Legouvernement commençait à marcher. Le roi- n'y formait plus qu'un rouage inu^tile ; son ab-^ sence ou sa présence ne changeaient rien à Tétat dea çhoseS'Tropdegens se trouvaient intéressés à maintenir le: nouvel m'dre^ pour ne pas y employer tous
(i) Il parait que Bouille avait pressenti le mauyais succès de cette entreprise, et qu'il n'était point d'^avis de la tenter, du moins à' cette époque. Voir ses Mémoires, qui paraîtront dans une des pkis prochaines ItTrai^bna. • . • , . (^No$e 4tJi nquv^ édiu)
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leurs èffiMrts. Les intrigues de quelques nobles et de quelques mécontens n'eussent jamais triomphe de la Yolonté de la majorité de la nation. En effet, i) arrirait de tous les départemens et«de toutes les ▼illes frontières une foule d'adresses, d'adhésions et de dëvouemens am décrets de TAssemblëe. lyail-» leurs , la fuite du roi annonçait l'intention bien Manifested'exciter uneguerre ciiile^de la combiner atec une guerre étrangère. Comment penser cpie la France se fAi partagée pour un roi inconnu aux proTihc^, inconnu aux soldats, avili dans l'opinioBi rendu arec art méprisable par tout ce qui attire le plus -efficacement le mépris ! qu'elle se fàt déclara pour des nobles ou haïs on enviés ! pour des prêtres dépouillés des préjugés qui les rendaient respecta-^ blés,' dont, en ce moment même, on se partageait les immenses possessions !
La nouvelledu départ du roi avait mis en mouvement lei^ gardes nationales des départemens frontières. On vit accourir de toutes parts,à Varennes, dé nombreux détachemens. Les corps administrai tifs de la Meuse , de la Moselle , des Ârdennes, se rassemblèrent et prirent les mesures propresauxcir* constance^. On craignait qu'une attaque des Autri* chiens n'eût été combinée avec l?i fuite du roi. Partout l'on se mit en défense ; des commissaires parcoururent les départemens, y maintinrent l'ordre, firent rentrer les troupes dans leurs garnisons respectives, désigner en t des quartiersaux détachemens de la garde nationale , s'assiirèrent des principaux
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poste», âes arsenaux, distribuèrent des armes aux citoyens, des munitions aux villages les plus exposes; les soldats eux-mêmes, qui auraient ignoré les intentions de leurs chefs , les désayouèrent et protestèrent de leur fidélité à la nation et à la loi. La confiance revint : tous les Français, d'un commun accord, jurèrent de mourir pour la défense de la patrie et de la constitution.
La nouvelle de Tévasion du roi avait répandu une folie joie à Bruxelles; le cœur desémigrés s'était ouvert aux plus flatteuses espérances : ils ne doutaient pas que Paris ne fdt inondé de sang ; que la tête de La Fayette n'eût été promenée dans les rues au bout d'une pique. On se félicitait, on s'embrassait , on disposait des places du ministère; c^était un véritable délire : on prépara des fêtes superbes dans l'attente du courrier qui devait annoncer que Louis XVI venaitde franchir heureusement les frontières. Mais lorsqu'aprèsde vives inquiétudes on apprit que ce prince était ramené dans la capitale, l'accablement du désespoir succéda à l'iVresse de la joie« M. le comte d'Artois, qui était accouru des environs de Mayence , ne trouva que Monsieur encore tout étourdi de l'arrestation du roi.
Les nobles retirés en Brabant se rendirent à Bruxelles. Monsieur les' convoqua quelques jours avant de quitter cette ville, et leur tint ce discours : (f Messieurs, j'ai cru devoir vous assembler, avant M mon départ, pour vous marquer ma reconnais- » sance des sentimens que la noblesse française n'a
» cesse de me témoigner depuis mon arrivée. J'ai » voulu aussi vous recommander l'union qui seule » fait notre force, et surtout Tobëissancé €t l0 re&- » pect au gouvernement du pays^, doqt nous vous >) donnerons nous-mêmes l'es^emple. Tous les gen-< » tilshopimes français sont sans doute égaux. par »leuropinion; mais il est impossible quuqe si grau-: » de réunion reste sans chef. Nous vous en propo-r >) sons six : MM. les ducs d'Usez, de VillequieiTf les » marquis de Laqueille , de Frondeville^de Robin et » de Jaucourt : nous vous demandons de ladéféren-. >) ce pour eux. Ces n^essieurs seront chargés de cof- >) resppndre avec nous et le gouvernement ; ils voua » feront parvenirnosavfs. ( Vos ordres! s'écrie-tron.) » Nos ordresy puisque vous le voulez, contifiue Mon- » sieur : il faut espérer que nous ferons finir les >) maux de notre chère patrie; j'ose encore lui don- » ner ce nom. Depuis quatorze sièclesque la monarr )) çhie française existe, la noblesse s'esttoujourstrop )) bien montrée pour ne pas soutenir à jams^isson » caractère. J'oubliais de vous dire quelque chose >) de moins intéressant, mais qui m'est particulier ; )) captif en Frauce depuis vingt mois, si nous avpo$- »des espérances, c'est à mon frère que nous ,les. )J! devons , je n'apporte ic^ que mon zèle. — ^ Je n'ai >)fait que ce que j'ai dû ,^'eprit le comte d'Artois,: >) et je serai le premier à vous obéir comme k notre >) chef. »
Les deux, frères s'embrassèrent. Monsieur eut bientôt une petite cour/ où Vou vit les mêmes ri-*
yalités, les mêmes haines, les mêoi es intrigues qui agîji^ient autrefois la cour de Versailles.
Les nobles elles prêtres des départemens se conduisirent encore avec plus d'imprudence; tous crurent la conti^e-rëvolution faite, et s^abandonnèrent à des transports qui leur coûtèrent cher dans la suite. Les uns formèrent des rassemMemens dans leurs châteaux; les autres, sans attendre des détails ultérieurs, se mirent en chemin pour rejoindre le roi. Plus de trois cen ts gentilshommes bretons et bas-poitevins, ten tèrent de . s'embarquer aux Sables d'Olonne^Le peuple prit Falarme, ils furent contraints de se réfugier dans les bois, où la plupart périrent misérablement : un grand nombre d'officiers abandonnèrent leurs corps y emportant leurs drapeaux, quelquefois mêmes la caisse militaire^ s'efforçant, avant.de partir^ de débaucher leurs soldats ; mais ce fut sans succès. . .
Cependant le roi et la reine étaient gardés avec la plus extrême vigilance. Des officiers veillaient la nuit dans la pièce qui précédait leurs chambres à coucher. Les portes en demeuraient ouvertes , et l'on poussa les précautions jusqu'à s'assurer, par ses propres yeux, qu ils étaient l'un et l'autre dans leurs lits.
. L'assemblée chargea Tronchet, Duport et Dan-r dré, de recevoir la déclaration du roi. Us se rendirent au château: (( Je vois, Messieurs, leur dit » Louis XVI,. par l'objet de la mission qui vous est » donnée, qu'il ues'agit.jpoint ici d'un interrogatoin
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n re ; ainsîje veux bien réponcire aux dësirsde TAs* » semblée^* je necraindrai jamais de rendre publia n les motifs de ma conduite. Ce sont les outraig^ et » les menaces qpui m'ont été faits à ma famille et k » moi , le 1 8 avril , qui sont la cause de nâa sq^iiede n Paris. PlusieurséeritsontcherchéÀproToC|tier des te violences contrAua personnel et contre ma famille » J'ai cru qu'il n'y avait plus de sûreté ni même » de décence pour moi de rester plus long-temps » dans cette ville.' Jamais mon intention n^a été de » quitter le royaume ; je n'ai eu aucun concert^ sur n cet objet, ni avec les puissances étrangères^ ni a- » yec mes parens, ni avec aucun des Français émi*- » grés. Je puis donner en preuve de mes intentions, A) que des logemens étaient fu*éparés à Montmédy » pour me recevoir. J'avais choisi cette place parce » qu'étant fortifiée, ma famille y serait plus en sùre- » té; qu'étant près de la frontière, j'aurais été plasà » portée dem'opposer à toute espèce d'invasion dans n la France, si on avait voulu en tenter quelqu'une. » Un de mes principaux motifs, en quittant Paris, i> était de faire tomber l'argumentde ma non-liber- » té ; ce qui pouvait fournir une occasion de trou- » blés. Si j'avais eu l'intention de sortir du royaume, »je n'aurais pas publié mon mémoire le jour même » de mon départ ; j'aurais attendu être hors des fr^n- H tières; mais je conservais toujours le désir dere- » tourner à Paris. C'est dans ce* sens que l'on doit » entendre la dernière phrase de mon Mémoire, dans M laquelle il est dit : Français, et vous surtout , Pari*
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H siens , quel plaisir n'aurai-je pas à me retrouver au M milieu de tous! .. . Je n'avais dans ma voiture que D trois mille louisen or et 56 mille liv. en assignats. » Je ti'ai prévenu Monsieur de mon dépsrrt que peu N de temps auparavant* Monsieur. n'est passé dans le w pays étranger que parce qu'il était convenu avec » moi que nous ne suivrions pas la même route : il M devait revenir en France auprès de moi. Le passen port était nécessaire pour faciliter mon voyage : il i> n'a vait été indiqué pour le pay« étra nger que parce » qu'on n'en donne pas au bureau des affaires étran-» M gères pour l'intérieur du royaume. La route de I» Francfort n'a pas même été suivie. Je n'ai fait au* »»euneprotestationquedansle mémoire que j^ai l^is* I» se à mon départ Cette protestation ne porte pas, j» ainsi que son contenu Latteste , sur«le fond des^ ««principes de la constitution, mais sur la forme des -D sanctions, c'est-à-dire, sur le peu de liberté dont je >f paraissais jouir, et surce que les décrets n'ayant i> pas étéprésentés en masse , je ne pouvais juger de H J'eniserable delà constitution. Le principal repron che contenu dans le mémoire se rapporte auzdif'- M ficultésdans les moyens d'administration et d'exé* ocution. J'ai reconnu dans mon voyage que l'opi* » nion publique était décidée en faveur de la consti- M tution ; je ne croyais pas pouvoir juger pleinement n cette opinion publique à Paris ; mais dans les no- » tions que j'ai recueillies personnellement pendant Diiia route, je me suis convaincu combien il est «^nécessaire au soutien de la constitution de don<v