LIVRE
» ner de la force aux potuvoirs établis pour maînte«' » nir Tordre public : aussitôt que y ai reconnu la vo-^ » lontégénérale, je n*ai point hésité^ comme je n'ai » jamais hésité à- faire le sacrifice de toutceqai » m -est personnel. Le bonheur du peuple a toujouars » été l'objet de mes désirs. J'oublierai volontier&tous ))les désagrémens que j'ai essuyés^ si je puis assu*. » rer la paix et la félicité de la nation, n
Cette déclaration, ouvrage de Barnavey sanâjus-^ tifiei* entièrement Louis XVI aux yeux du peuple,, produisit cependant un bon effet. Le marqnistle Bouille voulut aussi, lui, réparer le mal que pouvait causer le peu de succès d'une entreprise dont.il était le principal auteur : il écrivit de Luxembourg une Ionise lettre à l'Assemblée : « Le roi , disait » Bouille, vient de faire un effort pour briser lesfers ^ dans lesquels vous le retenez depuis si long- temps, » ainsi quesa famille infortunée; mais une destinée » aveugle à laquelle lesempires sont soumis, et con-r »tre laquelle laprudence des hommes ne peut rien, »ena décidé autrement : il est encore captif !«.. » Ses jours ainsi que ceux de la reine sont, et j'en » frémis, à la disposition d'un peuple que vous avez » rendu féroce et sanguinaire, et qui est devenu » l'objet du. mépris de Tunivers. Il est intéressant » pour vous. Messieurs, pour ce que vous apj^elêa la » nation, pour moi, pour le roi lui-même , que les » dàuses qui ont produit cet événement, quelles cir- » constances qui l'ont accompagné , que le grand w objet qui devait en être le résultat et qui avait ins^
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» pire au roi ce dessein noble et courageux , soient M connus des Français ; qu'ils le soient de TEurope; » que l'on sache que le roi en désertant sa prison, N eh cherchant sut lafrontièl*e un asile près de moi M et parmi ses trouas , a eu en cela moins son saw lut en vue que celui d'un peuple ingrat et cruel. » Les dangers qu'il pouvait courir^ ceux auxquels il » exposait sa faniille , rien n'a pu l'arrêter : il n'a » écoute que la bonté et la générosité de son coeur. n Dégagé en ce moment de tous les liens qui m'at- M tachaient à vous > n'étant plus retenu par aucune » considération , libre enfin , je vais vous^ parler le » langage delà vérité que vous n'êtes peut-être plus >) en état d'entendre , et que vous n'écouterez sans n doute pas : mais j'aurai rempli ce que je dois k » mon roi , ce que je nie dois à moi-même^ » Ici , M. de Bouille entrait dans un long détail des opé^ rations destructives de l'Assemblée , des démarchés qtillavait faites pour engager le roi à sortir deParis, des refus constans et nlultipliés du roi et de la reine à se prêter à ses vues, alléguant la promesse de rester à Paris auprès de l'Assemblée. Il ajoutait que ne perdant point courage, convaincu que le départ du roi était le seul moyen de sauver l'Étal , il avait souvent renouvelé se^nstances ; qu'après l'arrestation du roi , le 18 avril , il fut résolu que Louis XVI irait à Montmédy, et que , dès qu'il y serait en sûreté, il annoncerait aux puissances étran-^ gères la démarche qu'il venait de faire et les motifs qui l'y avaient déterminé j qu'il ferait en sorte de
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sus)]^ndr6 leurs vengeauces jusqu'à ce qu'une non- Telle assemblée^ qu il convoquerait sur-te- champ, leur eût donné la satisfaction qu'ils devaient étendre , et qu'elle eût réglé les droits du moniarquci ainsi que ceux du peuple fran^is. Un<e proclama'tion devait annoncer un nouveau Corps législatif librement choisi , et l'exécution des cahiers qui exprimaient seuls le vœu de la nation ; ils auraient servi de bases au travail des représentans des FriUi-^ çais. Le roi se serait établi médiateur entre les puissances étrangères et son peuple. Le peuple , placé entre la crainte de voir la France devenir la proie des puissances étrangères'qui environtieiit les fitm* tièresy et entre l'espoir du rétablissement de l'ordre par un gouvernement circonscrit dans les bornes de la raison • aurait confié ses droits «t ses intérêts à des hommes sages, éclairés , capables de remplir le vœu des princes et celui du peuple. Les injusticesi les usurpations , le règne du crime, source inévitable du despotisme populaire , eussent sans doute cessé , et peut-être , du chaos où nous sommes , aurionsr-nous vu naitre les beaux jours de l'empire français éclairé par le flambeau de la liberté.
. a Yoilà , Messieurs 9 continuait Bouille , ce que » voulait votre malheureuxmonarque : malgré vous- » mêmes , malgré l'ingratitude , Tatrocité d'un peu- }) pie féroce , il voulait encore son bonheur. C'est » cette seule idée , c'est ce beau désir, qui ont dé- » terminé la démarche hardie qu'il a faite , en trom^ » pant la vigilance de M. La Fayette, en s'exposant
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» àla farear de ses satellitea, et en guidant ses pas
» vers moi ; nul autre motif ne l'a conduit; mais vo«^
» treaTeuglement vous a fait repousser la main pro-
9 tectrke que ce prince vous tendait , et cet aveugle-*
n ment va bientôt produire la destruction de Tem-**
» pire français. Croyez^moi, Messieurs , les princes
n de l'Europe reconnaissent^ ainsi que leurs peu-*
» fies y qu'ils sont menacés par le monstre que voua
)ravez enfante; îlssontarmespourle combattre, et
^) bientôt notre malheureuse patrie (car je lui donne
» encore ce nom) ne sera plus, qu une scène de dë<*
» ^astation et d'horreur. Je cofnnais mieux que pei>
ji sovhe les moyens de défense que vous avez h op^
mposer. Ilssoiitnuls (i); il n'est plus tempsdevous
9 riiuser ; il ne l'est peut-être plus de dessiller les
» yemx du peuple que vousiave&constammenttromr
w pé^etdont vous serez sévèrement etjustement pur-
j* iiia.Votrechâtimentservîrad'éxempleméinorabk
M àktpûstérité r elle vous reprochera éternellement
^.d'avoir assassiné votre patrie, dont vous pouviez
9 proloaggjr Teûstence pendant des siècles , dont
n TOUS pouviez embellir la destinée. Cest ainsi que
H àoiL vous parler un hoinme qui n'a rien à craindre
, » de vous , aiMjuel vous avez d'abord inspiré de la
» pitié, et qui n'a plus pour vous, et pour lepeuplc
(i) M. de Bouiné se trompait à cet égard; Përéneinent l'a
oémoMpé
{Note des nouy, édiu)
» anthropfophage que tous a^ez enWré dcî crimcfs^ »qule da mépris, de rindigoatièn et de Thorreur. n Au surplus y n'accusez personne de la coospirttâoD «prétendue contre ce que vous appelez la nafion , » et contre votre infernale constitution. J'ai tout » arrangé , tout réglé , tout ordonné : le roi n'a pas » lui-même fait les ordres; c'est moi seuL.Geux qui n ont dû les exécuter n'ont ëté instruits qu'au mo-^ » ment qu'ils ne pouvaient y désobéir. C'est contre 1} moi seul que doit tourner votrefureur sanguinaire, » que vous devez aiguiser vos poignards ^ préparer n vos poisons. J'aivoulusauverma patrie^ j'ai voulu » sauver le roi et sa famille : voilà mon crime! Vous » répondrez de leurs jours , je ne dis pas à moi^ mais » à tous les rois; et je vous annonce que ^ si on leur ^) ôte un seulcheveudelatête/ il ne restera pas pierre » sur pierre à Paris. Je connais les chemins ; j'y » guiderai les armées étrangères / et vous-mêmes >)en serez responsables sur vos têtes. Cette lettre » n'est que l'àvanttcoureur du manifeste des sou-* )) vèrains dé l'Europe : ils vous instruî§3nt ^ • avec »des caractères plus prononcés , de ce que vous » avez à faire ou de ce que vous avez à craindre. » Adieu , Messieurs ; je finis sans complimens; mes »sentimens vous. sont connus. » ^ ' ' ' ^ *.
Cette lettre , convenable à un Gengiskan à la tête de cinq cent mille Tartares, ne parut que ridicule de la part de M. de Bouille : il avouait gauchement que Louis XVI avait eu l'intention de dissoudre- l'Assemblée nationale , en convoquant de
nouveaux états-gënéraux. Heureusement les circonstances étaient changées : les intrigues des orléanistes et des républicains, pour anéantir la cpnstitfition et dénaturer la forme du gouvernemept y Tenaient de rallier les constitutionnels au roi, et les avaient décidés à passer^ en faveur de cette même constitution, sur les torts qu'ils pouvaient reprocher au monarque.
: En effet , la fuite et l'arrestation de Louis XYI excitaient, une fermentation générale dans tous les esprits : chaque parti s'efforçait d'en tirer quelque avantage pour ses intérêts et pour son système de gouvernement. Le duc d'Orléans parut aux jacobins, présenté par le duc de Montpensier, son fils ; il fut couvert d'applaudissemens. Laclos, son prin-cipal agent, prononça un long discours sur la fuite et sur l'arrestation du roi : il était, disait-il , trèsemb^rassé du parti que prendrait l' Asseniblée nationale; il y réfléchissait depuis trente-six heures, et ne voyait rien. « On ne doit pas, répondit M. Lépidor, boule verser la monarchie parce que le roi s'est enfui : la forme du gouvernement est monarchique, il faut qu'il reste tel. Je désapprouve la conduite qu'on a tenue avec le roi. On lui fait sanctionner Jes décrets pièce à pièce. Le roi a sanctionné la constitution telle qu'elle était en 1790 ; mais , depuis cette époque , elle n'est plus la même : vous avez décrété des objets qu'il ne lui convient pas d'accepter. Le roi dira : Je me suis abusé; mais j'aime mon
peuple , je ne veux faire qu'un avec lui. Achevez II. a5
doncy Messieurs, la constitution, sans avoir-aucuiie communication avec le roi. Lorsqu'elle sera terminée f TOUS direz au roi : Voilà notre constitution et notre charte ; vouless-vous vous y soumettre ou ne le voulez^vouspas?Si Louis XVI accepte , il est roi; s'il sort de la constitution, il ne Test plus. -*— J'entends répéter , s'écrie Danton avec fureur ^ que Louis XVI n'est pas déchu de sa couronne. Quoi! n'a-t-il pas déclaré qu'il allait chercher les moyens de renverser la constitution ? Il est imbécile ou criminel : s'il est imbécile , ce n'est pas un régent qm je demande, c'est un conseil de régence. » Le club des cordeliers , entrant dans les sentimens du club des jacobins , ne cessait de dire et d'afficher dans toutes les rues de Paris : et La France était esclave en 1789, elle s'est crue libre en 1790, elle l'est réellement à la fin de 1791 ; Louis XVI a abdiqué la royauté : désormais Louis n'est plus rien pour nous, à moins qu'il ne devienne notre ennemi. Nous voilà donc au même état oh nous étions lors de la prise de la Bastille : reste k savoir s'il est avantageux de nommer un autre roi. »
Tandis que ces grands intérêts se plaidaient dans les clubs au tribunal de l'opinion, que chaque parti s'agitait et ourdissait ses intrigues, les journaux, selon qu'ils étaient dévoués à ces mêmes partis, cotportaient dans leurs feuilles, et répandaient parmi le peuple l'opinion pour laquelle ils étaient payés. Les journaux étaient aussi une tribune ouverte à tous les citoyens, oii l'auteur, le bourgeois , le garde
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iiàtional ^ venaient pérorer chacun à leur tour , et communiquer au public les rêves bizarres d'une folle imagination , qu'ils donnaient d'un ton d'é^ nergumènes pour de grandes vérités politiques.
ce La conduite noble et ferme du peuple , disaient les Annales politiques^ a été conforme à l'esprit qu'il avait témoigné dans cette même semaine; il s'est montrédigne de laliberté : jamais on n'a vu un concours plus nombreux. Le peuple romain insultait aux rois vaincus qui suivaient le char du triompha-^ teur, et cependant ils n'avaient fait qu'une défense légitime : les Parisiens ramenaient dans leurs murs ton roi parjure qui» par sa désertion , voulait lesliirrer aux horreurs de l'anarchie et de la guerre ci- 'vile ; et cependant^ loin d'abuser de sa position ^ ils se sont montrés aussi généreux que braves. Aucun cri, aucune parole outrageante n'a pu frapper ses oreilles, et l'arracher aux remords dont sans doute il était tourmenté. — Il n'y a plus à délibérer^ s'écriait la Bouche de fer ; lé peuple libre et souverain s'est couvert en regardant avec mépris le ci-devant roi. Voilà enfin un plébiscite , et la république est sanc-^ rtionnée. -^ 0 jour de triomphe ! ajoutait l'auteur d'un écrit intitulé : Grand jugement rendu par le peuple contre Louis XVI, que hurlaient^ dans tous Jes lieux publics^ des hommes soudoyés; ô jour de .triomphe ! ôFrançais ! que vous êtes heureux ! le parjure est arrêté. Français , cette chute doit vous ser-vir d'exemple : le traître Louis doit subir son châtiment ; la mort n'est pas ce qu'il mérite.. Louis a
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jure de maintenir la constitution ; il est parjure à, son serment ; il n'est plus digne de porter le sublime titre de roi des Français. Non^ Français^ ne croyez pas que Louis XVI sera fidèle si vous lui pardonnez. Une autre circonstance viendra où se réalisera cette prédiction. Quand il aura la force en main^ il vous dira : Je vous ai promis tout ce que vous avez voulu, mais parce que j'y étais forcé ; aujourd'hui que je suis le plus fort, je ne suis plus votre esclave, et je veux commander en roi. Que direz-vous alors; Français trop généreux? vous n'aurez plus les mêmes facultés pour vous défendre,, les traîtres à la patrie se montreront, la guerre civUe s'allumera; vos propriétés vous seront ravies , vos enfans seront égorgés , vous serez obligés de fuir pu de fléchir sous la tyrannie ou sous le despotisme. »
Lorsque les orléanistes et les républicains , par cette foule d'écrits virulens , eurent suffisamment préparé l'opinion publique à la d^héance de Louis XVI , ils hasardèrent une démarche tendant plus directement à leur but. On placarda sur tous les murs de Paris, et jusque dans les corridors de l'Assemblée , une adresse aux Français , sous le nom d'Achille du Châtelet , colonel à la suite d'un régiment de chasseurs.
« Frères et citoyens , disait cette adresse , la tran- » quillité parfaite , la confiance mutuelle qui ré- >i gnaient parmi nous pendant la fuite du ci-devant >i roi, l'indifférence profonde avec laquelle nous l'a- » vous vu ramener; sont des signes non équivoques
>i*que l'absence' d'un roi vaut mieux que sa pré- » sence^etqu'il n'est pas seiilement une superfluité, ^ mais encore un fardeau très-lourd qui pèse sur » toute la nation. Ne nous laissons point tromper •i) par des subtilités ; tout ce qui concerne cet bom^- }) me se réduit à ces quatre points ; . » 1^. Il a abdiqué, il a déserté son poste dans le >^ gouvernement. L'abdication et la désertion sont ^ caractérisées, non par la longueur de l'absence, ». mais par le seul acte de la fuite. loi l'acte est tout, J9 le temps n'est rien. #
. nu?* La nation ne peut jamais rendre sa. con-
•4) fiance à un homme qui, infidèle à ses fonctions,
I» parjure à séssermens , ourdit une fuite clandes-
'»:tine, obtient frauduleusement un passe-:port,
>) cache un roi de France sous le déguisement d'un
» domestique , dirige s^ course vers une frontière
» plus que suspecte, couverte de transfuges , et
» médite évidemment de ne rentrer dans nos
or États qu'avec une force capable de nous dicter
» des. lois.
» 5**. Sa fuite est son propre fait ou le fait de ceux jD.^uisont partis avec lui. A-tr-il pris sa résolution » de lùi-méme, ou la lui a-t-ron inspirée? Que nous » importe qu'il soit imbécile ou hjrpocrite , idiot » ou tyran ? il est également indigne des fonctions » de la royauté.
» 4*'* U est par conséquent libre de nous comme » nous sommes libres de lui : il n'a plus d'autorité, » nous ne lui devons plus d'obéissance. Nous ne le
5go uvR£ X.
» connaissons plus qae comme un individu dans la n foule 9 comme Louis de Bourbon.
» 5^. L'histoire de france n'offre qu'une longue » suite des malheurs du peuple dont la causé remon- » te toujours aux rois : nous n'ayons cesse desoufitit I) pour eux et par «ux. Le catalogue de leurs oppresr » sions était plein ; mais à tous leurscrimes , la tra- >) hison manquait. Aujourd'hui il ne manque plus ^ rien ; la mesure est comblée : ils n'ont plus de non- » veaux forfaits à commettre ; leur pègue est fini.
» Qu'est-ce dans un ^Ibvernement qu'un office » quinedeknandeni expérience ni habileté? un office n que l'on peut abandonner au hasard de la nais- I» sance ?qui peut être rempli par un idiot ^ un four- » be^ un méchant, comme par un sage ? un tel office M est évidemment un rien ; c'est une placede rejMrén sentation et non d'utilité. Que la France, parvenue » à Fàge de raison , ne se laisse plus imposer par dds » mots, et quelle examine si un roi insignifiant n'est n pas en même temps fort dangereux. Les trente >) millions qu'il en coûte pour maintenir un roi avec - » l'éclat d'un luxe i néensé, nous présen ten t un moyen » facile de réduction dans les impôts qui ne tend » pas seulement à soulager le peuple , mais à dimi- » tiuer la corruption publique, et à fermer une sour- » ce empoisonnée qui menace les premiers organes » de la constitiiition. La grandeur de la nation ne D consiste pas , comme disent lesrois , dans la splen- » deur du trône, mais dans un sentiment énergique » de sa propre dignité, et dans le mépris de ces fo-
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n lies royales qui jusqu'à présent ont ravagé VEn- » rope. Quant à la sûretijé individuelle de M. Louis » Bourbon , elle est d'autant plus assurée que la » France ne se déshonorera pas par un ressenti* » ment contre un homme qui s'est déshonoré lui* » même. Quand on défend une grande cause , on » ne veut pas la dégrader , et la tranquillité qui » règne partout démontre combien la France libre » se respecte elle-même. »
Cette adresse , quoique signée Achille du Chàtelet| avait été rédigée par Thomas Payne^ Anglais» Tun désprincipauxagens de la révolution de FAmérique. Ce qui augmentait l'ëtonnement , c'est qu'Achille du Châtelet, aide-de-camp en Amérique de M. de La Fayette, était à Paris intimement lié avec ce même La Fayette ; qu'il viviiit dans la société de Condorcet , de l'abbé Sieyes, du duc de la Rochefoucaulty de la duchesse d' Anville, et de tous les partisans de la république^ Ceux qui connaissaient M. de La Fayette savaient que telle était sa politique ; que toujours posté derrière quelque enfant perduy paraissant étranger au mouvement qu'il excitait , et cachant avec soin la main savante qpi remuait les fils, il se conduisait avec une prudence qui lui laissait la certitude de ne s'avancer qu au-? tant qu'il devenait nécessaire à l'exécution de ses desseins, mais jamais assez pour que, si l'événement tournait d'une manière contraire à ses espérances, il pût lui être imputé. Ainsi La Fayette semblait toujom^s céder à la volonté du peuple ; il ne semblait
3ga LiVKE X. •
jamais la diriger^ car l'ambition de La Fayette n'était point l'ambition des grands caractères ; elle s'était moulée h sa petite âme; il n'employait point les moyens francs et ouverts du courage , c'étaient' les moyens tortueux des intrigues de l'ancienne cour. Quant au duc de la Rochefoucaiilt^ sur la tête duquel, disait plaisamment le chevalier de Rhulières^M. Turgot avait placé tant de principes, on connaissait sa nullité, sa manie d'être un grand homme, sa soumission philosophique à l'abbé Sieyes et à Condorcet.
Jusqu'à ce jour l'Assemblée ne s'était point occupée- de tous les écrits dégoùtans de fureur et de calomnie, bave venimeuse dont les orléanistes et les jacobins s'efforçaient de souiller le roi et la reine. Mais l'adresse d'Achille du Châtelet parut d'une toute autre importance : l'audace avec laquelle on l'affichait aux portes mêmes de l'Assemblée montrait que l'on ne craignait point de la livrer à sa discussion.
Malouet demanda que l'on chargeât raccusateur public et les autorités supérieures de poursuivre l'aluteur de cette coupable adresse. Les députés du côté droit et beaucoup de députés du côté gauche appuyèrent la motion de Malouet. Martineau enchérit encore; il voulait que les signataires fussent surle-champ arrêtés. De violens murmures, partis de l'extrémité gauche de la salle, interrompirent Martineau. «Un individu de cette Assemblée, répliqua Pétion , annonce une affiche que Ton trouve sédi-
tieuse^ et sur-le-champ on vous propose que les signataires soient arrêtés : il faut du moins que l'on fasse la lecture de cette affiche afin que nous donliions nos opinions en connaissance de cause. » Les républicains et les orléanistes crièrent à l'ordrç du jour; maisM artineause levantavec violence : « Comment^ Messieurs! à Tordre du jour! Il est infâme quon laisse de tels délits impunis! — M. le prési^ <dent, reprit Chabroud d'un ton calme ^ lorsqu'on dénonce des écrits de ce genre à l'Assemblée ^ on ieur donne plus d'importance qu'ils n'en méritent. Des paradoxes qui n'ont pas le sens commun doivent tomber d'eux-mêmes. L'auteur de cette adresse est un insensé qu'il faut: abandonner aux soins delà police domestique. Je rappelle l'Assemblée à ses propres maximes; je crois qu'elle s'en est bien trouvée. Toutes les productions de ce genre sont restéessans effet, parce que vous les avez méprisées. Celle-ci obtient déjà le mépris qu'elle mérite.; — Non , par ma foi ! s'écrie un pétulant républicain de l'extrémité du côté gauche. — Que Ton poursuive donc aussi , répond Dillon , curé du vieux Pousanges, les auteurs de la lettre* de l'abbé Raynal; — Dénonçons, ajoute un autre, les brefs du pape. — Nous cherchons tous à nous éclairer et à nous réunir, réplique Chapelier; la dénonciation qui TOUS est faite ne tend qu'à nous diviser : on sait quelle est mon opinion sur la république. Je ne cesserai de combattre pour l'intégrité de la constitution que vous avez décrétée ; mais ce n'est pas
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à nous de nous occuper d'un acte de fotie ou dt l'exaltation de quelques sectaires : .nous deTons afTermir par nos travaux les principes de la constitution actuelle. Ceux qui pensent avec moi que le gouvernement monarchique est le meilleur ^ c'est-à-^ire la presque universalité des citoyens , feront eux-mêmes justice de cet écrit. »
C'en était assez;; mais Malouet^. dont la manie était de jouer un rôle dans les journaux desoo parli| insista, u Jai entendu en silence, reprit-il ,. deux opinions successives : si je puis opposer à ce& deux opinions des motifs raisonnables, j'espère que vous voudrez bien aussi les écouter en silence. -**. Non, non , répètent à la fois les orléanistes et les républicains. — Cette affiche, ajoute finement le curé Dillon, est l'ouvrage de ces messieurs eux-mêmes; ils cherchent à nous faire perdre notre tempSi. -r Malouet : Je sais que ces Messieurs... — Eocore une fois , Monsieur, répond avec impatience ub orléaniste , laissez-nous achever la constitution monarchique , ce sera notre réponse. — Est-ce que l'on peut dénoncer un homme, repart un répur blicain , pour avoir émis son opinion ? — Ëh j Messieurs, réplique Malouet, laisse^moi énoncer la mienne. — Je ne conçois pas, poursuit d'un ton important le même républicain , comment il est possible qu'un membre de celte Assemblée , après deux ans de discussion sur les grands principes de la liberté, vienne vous proposer d'anéantir la liberté de la presse, et qu'il se rende le défeuseur
d'un système aussi absurde^ aussi extrayagant^ aussi tyrannique. »
Cette violente sortie termina les débats; mais les orléanistes et les républicains reconnurent, par la marche qu'avait prise la discussion , que la majorité de l'Assemblée ne Youlait ni la déchéance de Louis XVI ^ ni la république, La même diversité ^'opinions régnait aux jacobins et parmi les citoyens de Paris. Les propositions de Brissot y avaient été accueillies froidement. Les écrits répandus dans le peuple n'avaient pas produit cet enthousiasme qui annonce un vœu général et une volonté fortement prononcée. La Fayette jugea donc qu'il convenait à sa jprudence accoutumée de ne rien hasarder, et , préférant Louis XYI au duc d'Orléans qu'il haïssait et dont il était haï , il se réunit aux constitutionnels.
On vit même l'abbé Sieyes (tant les hommes diffèrent d'eux-mêmes selon les circonstances !)se justifier du reproche de tendre au républicanisme et ^e chercher à faire des partisans à ce nouveau système, u Ce n'était^ assurait l'abbé Sieyes, ni par » d'anciennes habitudes, ni par aucun sentiment » superstitieux de royalisme , qu'il préférait la mo- » narchie : il la préférait, parce qu'il lui était dé- » montré qu'il y a plus de libei'té pour le citoyen » dans la monarchie que dans la république. Le » meilleur régime social est celui où non pas un > » non pas quelques-uns seulement , mais où tous » jouissent de la plus grande latitude de liberté pos^
3g6 LIVRE X.
» sible. Il prouverai t. aux partisans de ia république^ » non que la monarchie est préférable dans telle on M telle position y mais que dans toutes les positîbns )) on y est plus libre que dans la république. » « Cet abbé Sieyes était aussi le chef d'un parti que j'appellerai le parti philosophique. Q. voulait tout niveler, tout réduire à des abstractions^ tout ramener à l'égalité de l'état de nature. « Votre système, lui disait un jour un homme de ses ainis, tend à détruire les propriétés. — Non, répond l'abW SieyeS; nous ne voulons pas détruire les propriétés, nous voulons changer les propriétaires. »
L'opinion était l'arme avec laquelle s'attaquaient tous les partis. Aussi les orléanistes et les républicains s'eflforçaient-ils de la diriger contre l'Assemblée. M Un vent de cour, disaient-ils, commence à souffler et éteint l'énergie de l'Assemblée : elle reprend sa faiblesse, elle compose avec la vérité et se livre à l'esprit de tergiversation de son comité de constitution, dont le grand défaut est de ne pas avoir une marche franche, L'Assemblée répète souvent que le roi est inviolable, et elle le retient prisonnier! Plusieurs d« ses membres affectent -de croire que sa destitution est impossible , et cepen* dant il est déjà destitué, puisqu'il n'a ^plus la sanction ni le pouvoir exécutif qui sont le caractère.de la royauté. Comment penser que ce qu'elle a fait^, elle ne; peut le consacrer? Il existe un parti dont l'objet ;est de pallier les torts de Louis XVI; sa dé*claration , toute absurde et menteuse qu'elle est>
ne saurait être son ouvrage. Que l'Assemblée y prenne garde ^ Topinion fait sa force ; elle doit craindre de la contredire par des restrictions /des équivoques y des atténuations qui n'en imposent à personne. La vérité est terrible , mais elle est con- Que ; aucun art ne saurait la dérober au peuple. »
En effet, le peuple, toujours dupe des hommes qui le mènent > se partageait entre les différentes factions. Chaque faction travaillait à grossir son parti, à en imposer sur sa véritable force, sachant bien que c^est moins la force réelle d'un parti qui le fait triompher, que l'opinion avantageuse qu'on a Fart d'en donner ; car, dans toutes les révolutions, il existe une foule d'hommes faibles , timides , tou- ]Ours prêts à se joindre au parti qui fait le plus de l>ruit.
' On jouait aux Français la tragédie d'Athalie avec les chœursi Les représentations de cette pièce devinrent une arène , où royalistes , orléanistes , républicains , saisissant les applications que fournissaient à leurs vœux secrets les vers enchanteui^ de Racine, s'en faisaient des armes dont ils se combattaient avec fureur ; tous uniquement occupés de leur haine , sortaient de ce pompeux spectacle sans en avoir senti les beautés, sans en avoir goûté le charme ; mais se haïssant encore plus fortement que lorsqu'ils y étaient entrés.
Les orléanistes et les républicains , pour détruire l'impression favorable à lagroyauté que produisaient
lesreprésèntations d'Athalie, et pour affaiblir le ton-
dre intérêt que le rôle de Joas iuspirait en du jeune dauphin , firent représenter sur d'aufarei théâtres Brutus, la Mortde C^r^ Goillaume TeU> la Ligue des prêtres et des tyrans. Là , ils applao-*; dissaient, avec vocifération , aux violentes diatribes lancées contre les rois , aux peintures exagérées dies vertus et du bonheur des républiques*. Cependant les orléanistes ne pouvaient se dissimuler le profond mépris ) Tabjection même dans laquelle était tombé leur chef, le duc d'Orléans. Tandis que la Franee entière jetait autour d'elle des regards inquiets, et cherchait un homme qui pût conserver lé gonver* nement monarchique, soit en s'en chargeant pour toujours y soit en recevant le dépôt durant la mûà* rite du dauphin , le duc d'Orléans , seul prinee^da sang demeuré en France, membre de l'Assemblée nationale, connu par son attachement aux princi-^ pes de la révolution , pour qui la constitution était une lettre de grâce toujours subsistante; le ducd'Orléans , dis-je , était là ; il se montrait à l' Assemblée, aux jacobins , à sa section, aux corps*-de-garde, et personne ne paraissait l'apercevoir. Ses partisans ramenaient sans cesse l'attention du peuple sut lui , et le peuple refusait obstinément de s'en oc^ cuper. Ce prince , humilié d'une position si ridi* cule , crut devoir faire quelques pas pour en sortii% Un nommé Perlet, auteur de je ne sais quel jauPr nal, se chargea de proposer le duc d'Orléans au peuple, comme l'homme le plus propre à exercer la régence ; et en même temps le nommé Donjou,
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ex-prêtre , osa ^ en parlant de la déchéance de Louis XVi^ désigner le duc d'Orléans.
Mais Tex-prêtre Donjou et le journaliste Perlet (urent universellement hués. Cependant le duc feignit , sur ces deux misérables invitations men«* diées ^ de croire que l'on songeait réellement à lui : il publia une réponse au journaliste Perlet , réponse que tous les autres journaux consignèrent dans leurs feuilles , les uns bonnement , les autres avec un persiflage très-malin ; la voici : - ir Ayant lu , Monsieur^ votre opinion sur les me- M 9ures|i prendre d'après le retour du roi, et tout ce M que vous a dicté, sur mon compte, votre justice » etvotreimpartialité, jedois vousrépéterceque j'ai M déclaré publiquement le ai et le a2 juin à plu- » sieurs membres de l'Assemblée nationale, que je » suis prêt à servir ma patrie sur terre, sur mer, dans n la-carrière diplomatique, en un mot, dans tous les n postes qui n'exigent que du zèle et un dévouement » sans borne au bien public; mais que, s'il est quesm tion de régence, je renonce, dès ce moment et » pour toujours , aux droits que la constitution m'y » donne. J'ose dire qu'après avoir fait tant de sacri- » fices à l'intérêt du peuple et à la cause de la' liberté, Ji il ne m'estpas permis dedortir de la classe de simm pie tîitoyen , où je me suis placé avec la ferme n résolution d'y rester toujours. L'ambition serait en n moi une inconséquence inexcusable. Ce n'est point J9 pour imposer silence à mes détracteurs que je fais D cette déclaration ; je sais. trop que mon zèle pour
» la liberté nationale , pour T^lité qui en est le » fondement, alimenteront toujours leur haine » contre moi. Je dédaigne leurs calomnies ; ma » conduite en a constaniment prouYé la noirceur » et Tabsurdité ; mais j'ai dû déclarer > dans cette » occasion , mes sentimens et ma résolution irrévo- » cable, afin que lopinion publique ne s'appuie pas » sur une fausse base, dans ses calculs et ses corn- » binaisons relativement aux mesui^es- que ron i) pourrait être forcé de prendre. »
- Cette lettre prêta de nouveaux traits à la mali-gnité. iL'offre queJaisait le duc d'Orléans de^s services sur mer et dans la carrière diplomatique^ rappela le combat d'Ouessànt et la mission secrète en Angleterre. Aussi les orléanistes , sentant quil n'y avait plus rien à espérer de cet homme, réunirent leurs vues sur le duc de Chartres , son fils. Les journaux retentirent tout-à-coup des louanges dç ce jeune prince. Il venait , assuraient-ils , d'arracher deux prêtres, réfractaires à la juste vengeance du peuple. Sa présence, sa douceur, sa fermeté, avaient suffi , sans le secours de là force toujours odieuse , souvent injuste, pour calmer une émeute qui menaçait la vie de deux citoyens, coupables à la vérité, mais que la loi seule devait punir. A ce trait ils joignirent un trait et d'humanité et de courage. Un malheureux artisan , père de sept enfans , était sur le point de se noyer; le duc de Chartres ^ conduit^par un heureux hasard, l'aperçoit, se jette dans l'eau avec une intrépidité au* dessus de son âge, enlève cet