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infortune à une mort certaine , et le rend à sa famille éplorée. ;.'.:.
Les orléanistes opposaient la lâcheté , la faiblesse, l'incapacité de Louis XYL La tête , disaient-ils ^ lui avait tourné : il demandait des chevaux de poste, voulait se mettre à la tête de son armée et combattre les ennemis : il proposait , dans un autre moment, d'abdiquer la couronne , afin de retrouver, comme particulier, la liberté qu'il avait perdue comme roi. L'instant d'après il entrait en fureur, saisissait des tabourets, les lançait contre les glaces de son appartement , brisait des porcelaines. C'est ainsi que les orléanistes et les républicains entassaient menson* ges sur mensonges, calomnies sur calom'nies, et s'ef-* forçaient de rendre Louis XVI à la fois odieux et méprisable. Ils ne se bornèrent pas à ces moyens coupables d'égarer l'opinion du peuple; ils travaillèrent à une insurrection , et employèrent contre l'Assemblée les mêmes armes qu'ils avaient employées les 5 et 6 octobre contre le roi. On ameuta les ouvriers des différens ateliers de Paris , sous prétexte de demander à la municipalité du pain ou de l'ouvrage*. Tous les partis voyaient avec joie ces intrigues : les seuls constitutionnels s'en alarmèrent^ car ils ne voulaient ni le duc d'Orléans ni la république. Au milieu de ces agitations, on apprit que l'iempereur et.les Turcs venaient enfin de conclure un traité de paix. Cette nouvelle ranimales espérances des évêques et des nobles que l'arrestation du roi
semblait avoir anéantie;^. Tout prit une nouvelle fd- II. 26
4Qa uvBs %•
M à Bruxellfs et à Cpbleniz. On affecta de répandis le bruit d'une attaque prochaine d^ poissanoes étrangères. Les courriers allaient et Tenaient sans cesse à Vienne^ à Worms ^ à Turin. Monsieur ^ M» le comte d'Artois se montrèrent successivement dans ces ailles , et entrtf inrent , par de magnifique» promiesses ^ l'espoir des ennemis de la constitution* H Nos affaires Tont au mieux^ mandaient les émigrés à leurs amis ; le jour de l'entrée en France est fixé, quoiqu'il ne soit pas connu. » En effet ^ l'opi-. nion défavorable , ^ peutrêtre fondée» qu'on avait des troupes de ligne, la désorganisation de l'arnou^,, le mépris af&cté que l'on montrait pour les giyt^es nationales , tegf and nombredes mécontenaq^e Toa s'exagérait encore, tout portait les princes et les^^véques à croire qu'il suffirait de paraître sur les £riw^ tières avec quelques troupes ; que les villes ouvrir* raient leurs portes ; que le peuple tremblant se soumettrait , sans késiter , aux conditions qu'on daignerait lui prescrire : mais il fallait une armée ; car, malgré toutes ces jactances, les chefs savaient que les puissances étrangères craignaient de s'engager dans une guerre avec la France; qu'elles se s'y dé^ termineraient qu'autant quedesmonvemena inté^ rieurs , joints à un grand nombre de mécontens, en assureraient le succès« L'empereur , quoique le plus intéressé, attendait lesévénemens. Ce prince, qatu^ rellement enclin à la paix, ^uisé par la guerre maU heureuse «contre les Turcs , et peu rassuré sur les Pays"^Bas, où il s'élevait de (|5mps en tempa de légfirs
fllPIiVemens^ préférait la voie de la n^goiciatibti^ et
4||^))lait attendre quelque sortie hannête, propre à
concilier son honneut avec ce qu'il doTait à son
l^AU-ff èt*e et aux princes allemands pOssessîoiinës
d'AUace* Le roi de Suède et les électeurs ecclésias^
tiques voulaient sincèrement secourir les prihces
français ^ mais ils n'étaient pas en état de former
Siçuls une si vaste entreprise. Aussi les chefs des
contre-révolutionnaires , ne pouvant se cacher le$
difficultés qui s'opposaient à l'exécution de leurs
{^ojets I s'employaieut-'ils avec ardeur à lever lëê
çbstaclesk
tJn des moyens qui leur paftt le plus propre fut
de persuader aux rois de l'Europe que la presque
fotaltté de la noblesse^ du clergé^ des troupes de Yw
gne, et même une grande partie du peuple ^ était
contraire à la révolution ^ et n'attendait qu^une oc^
Carîonl favorable de se déclarer. Lé marquis de
Bouille, comptant sur son crédit auprès des gens
de gu^ré>écri vit une lettre circulaire aux régimens
de la garnison de Metz. Cétait , disait-il , avec te
plus ¥if regret qu'il s'était vu obligé de les quitter;
il n'avait pris ce parti que parce que sa présence n0
pouvait plus rien pour le salut de la France. « Vo-
» tre seule ambition, ajoutait Bouille est de servii*
» le v<y\ i c'est votre premier serment , et vous y serez
«fidèles* Monseigneur comte d'Artois a de pleins-
M pouvoirs du roi, et est autorisé à vous continuer
n vos grades et votre solde^ Nous vous invitons, au
>i nom du^iHii et de U piitrie , à* vemr nous joindre
4o4^ LIVRE X.
» le plus tôt que vous pourrez ; il y a de rhonneur à «acquérir. Ceux qui amèneront vingt-cinq ou tren- » te chasseurs seront faits officiers. » '
Cette tentative maladroite ne produisit pas sur les soldats l'effet qu'on espérait. La plupart livrèrent aux municipalités les lettres qui leur étaient adressées.
:Les orléanistes et les républicains relevèrent les pleins-pouvoirs donnés au comte d'Artois. L'imputation dans les circonstances étaitgra^e. Louis XVI déclara formellement que toute personne qui se prétendait chargée de pleins-pouvoirs de sa part en imposait. C'est ftnsi que ces hommes impradens f qui assuraient n'agir que pour le roi / le perdaient par leurs entreprises^ et le sacrifiaient à leurs intérêts personnels. Mais ils croyaient que la contre-révolution dépendait uniquement de Louis XYI^ et il entrait dans leurs plans de le forcer à la voiiloîr.
Ainsi 9 tandis que les émigrés s'agitaient au de-hors , les contre-révolutionnaires de l'intérieur ne demeuraient pas oisifs. Il y avai£ à Paris et dans les principales villes de province ^ des bureaux pour hâter l'émigration. On forçait les nobles d'abandonner leurs femmes 9 leurs enfans, leurs propriétés, et de fuir en bannis dans une terre étrangère.
Les journaux du parti entretenaient les espiérances ou jetaient la terreur^ selon que les esprits étaient susceptibles d'ambition ou de crainte; exagérant sans cesse les ingrmenses prépafatife des puis-
sances étrangères ^ le nombre des nobles et des soldats déjà réunis ; entrant sur les troupes , sur leur marche , sur les projets des chefs , dans les détails les plus mensongers; annonçant avec emphase une invasion prochaine ^ le triomphe des princes^ la chute de la constitution ; parlant aux uns de récompenses y aux autres de confiscations j de jugemens contre les factieux; car^ ajoutaient-ils ^ tous ceux qui ne sont pas pour nous sont contre nous. Pour favoriser ces manoeuvres y et fournir aux puissances étrangères et aux princes français un prétexte légal , Tabbé Maury et d'Esprémenil rédigèrent une protestation qu'ils firent signer par deux cent quatre-vingt-dix députés. Il était essentiel gu'une suite non interrompue de protestations frappât de nullité les opérations des constitutionnels ^ et fît connaître à l'Europe que ce que Ton appelait la plus saine partie de l'Assemblée s'était constam-^ ment opposée aux décrets destructeurs que des factieux % soutenus d'une populace révoltée y avaient rendus contre la religion ^ contre le monarque et contre la monarchie; c'étaient les pierres d'attente pouréleverlemanifesteque préparaient les princes. . Les deux cent quatre-vingt-dix députés déclarèrent qu'après s'être constamment opposés jusqu'à présent à tous les décrets qui ; en attaquant la iroyauté ou dans son essence ou dans ses droits ^ avaient préparé le peuple à recevoir sana. indignation, comme sans examen , les pftncipes antimonarchiques que les derniers jours avaient vuséclture;
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qu'après avoir défendu , jusqu'à ces derniers mo**meils^ la monarchie même dans ses propfres fondemens; qu'après avoir vu consommer son anéantis* sèment par les délibérations de F Assem:blée nation nale (car attaquer la personne du monarque , c'est anéantir la monarchie , c'est la détruire) , rien né pouvait plus les autoriser à prendre part à des dé* libérations qui devenaient, à leurs yeux, coupables d'un crime qu'ils ne voulaient point partager ; qùé la monarchie existant toujours dans la personne du monarque dont elle était insépai^able ; que ses malheurs et ceux dé son auguste épouse , leur imposant une obligation plus étroite que jamais de se rallier autour de sa personne , et de la défendre de l'application de principes qu'ils réprouvaient , ils plaçaient leur unique honneur, leur devoir le plus sacré , à défendre de toutes leurs forces , de tout leur amour pour le sang des Bourbons, de tout leut* attachement aux principes que leurs commettans leur avaient transmis , les intérêts du roi , de la famille royale , et leurs droits imprescriptibles : qu'en conséquence ils continueraient , par ce seul motif, de ne point abandonner les intérêts de là personne du roi et de la famille royale , d'assister aux délibérations de l'Assemblée nationale ; mais que ne pouvant ni avouer ses principes , ni reconnaître la l^alité de ses décrets , ils ne prendraient dorénavant aucune part aux délibérations qui n'auraient pas jjRur objet les seuls intérêts qui leur resiMent à défendre.
Les rédacteurs de cette déclaration consultèretijt plus le désir de nuire aux constitutiondels qu'ils détestaient , que l'utilité dont elle pouvait être au roi et à la famille royale. Us n'iguoraitmt pas que l'intention des comités , et celle dô la majorité de l'Assemblée^ n'était pas de mettre Louis XVI en jugement. On leur avait communiqué le résultat des délibérations (Avises à ce sujet ; car les consti^ tutionnels I rebutés des jfiicobiqs , et craignant l'eialtation des républicains , sentaient la nécessité de se rattacher au roi et à la moBotchief e% dési* raient une réunion avec les gens sages du coté droit de l'Assemblée. Les nobles du parti constitutionnel souhaitaient cette réunion plus ardemment encore. Voyant approcher la fin de la session , ils n'étaient pas sans inquiétude sur la Conduite qu'ils avaient tenue jf ils avaient même déjà laissé entrevoir qu'il serait possible de revenir sur le décret qui abolissait la noblesse. Les coustitutionnels > sans s'expliquer nettement sur ce sujet , paraissaient disposés à s'y prêter •
' Mais les grands seigueurs 9 le haut clergé ^ les parlemenSy les financiers ne voulaient pas de la jconstitution , quelques adoucissemens qu'on pût y apporter : il leur fallait tout l'ancien régime. Aussi dissimulant les favorables et secrètes dispositions des Constitutionnels , ne doutant point qu'elles n'amenassent la pait , mais qu'avec la paix elles n'amenassent la constitution , ils préférèrent . la chance de la ruine du monarque ; la chance jde leur
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propre ruine , pourvu qu'il leur restai Tespoir dé Tancien régime. ♦ .
Les constitutionnels reconnurent aisément l'intention malfaisante qui avait dicté la déclaration des deux cent quatre-vingt-dix députés ; on voulait rejeter sur eux , et la déchéance momentanée de Louis XYI , et tout l'odieux de la révolution ; on les désignait à la vengeance des princes et des émigrés ^ au glaive parlementaire , comme des victimes expiatoires consacrées à l'amnistie. Aussi les constitutionnels , désespérant de gagner les nobles et les prêtres , prirent-ils la résolution de ne plus les ménager.
Thouret furieux , montrant la déclaration des deux cent quatre-vingt-dix auxnobles.de son pai'ti qui le sollicitaient de revenir sur le décret de Fabo* lition de la noblesse , leur répondit : «Tenez, lisez^ plus d'arrangemens ; ce^ gens-là nous forcent, pour échapper à leur haine , de nous appuyer sur le peu* pie, » Mais les nobles et les prêtres, qui voyaient avec plaisir toutes les factions se réunir contre les constitutionnels , ne se mirent guère en pein^ de leur ressentiment : ils ne cherchaient qu'à susciter une occasion bien prononcée de rupture avec les puissances étrangères : ils eussent été charmés que l'Assemblée eût mis Louis XVI en jugement ; qu'elle eût décrété la déchéance. Nul doute alors que l'empereur et les rois de l'Europe ne se fussent réunis , l'un pour soutenir sa sœur et son beau-frère^ les autres pour défendre un roi dont la cause pouvait
devenir d^ un jour à l'autre leur propre cause : or, dans la suppositionM'une guerre , les contre-révolutionnaires se tenaient assurés du succès.
Il est vrai que l'état de la France au premier aperçu paraissait alarmant. La plupart des villes frontières étaient sans défense ; l'alliance contractée avec la maison d^Autriche ne laissant aucune crainte sur l'Alsace, la Lorraine et la Flandre, on avait négligé d'entretenir les places de première et seconde ligne : il n'y avait point d'armes dans les arsenaux, presque aucun approvisionnement dans les magasins. ^ Les oiiiciers des troupes de ligne refusaient jde prêter le serment que venait de décréter l'Assemblée. En conséquence , ils donnaient ledr démission ou allaient rejoindre le comte d'Artois et le prince de Condé; et , par une contradiction digne du caractère factice des Français , les nobles constitutionnels, membres de l'Assemblée , qui les premiers avaient prêté avec enthousiasme à la tribune lemêtne serment, promus ensuite par le ministre de la guerre à différens grades militaires, dTaprès les propres décrets qu'ilsavaienteux-mêmes rendus, refusaient d'exercer ces grades jusqu'à ce que le roi , rétabli dans toute sa prérogative , eût confirmé leurs nominations. Ce qu'il y a de plus singulier encore , ils consignaient ce refus dans les journaux, s'en faisaient gloire comme d'une preuve d'attachement au monarque et à la monarchie.
L'incertiti\de des événemens agitait tous les esprits; et ces hommes saxis caractère, façonna' aux
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craintes et aux espérances de Tancien Fegitne , ne s'appuyant point sur de$ inrincltpes lenuM el kifa^ rîables , ne pouvaient ê'^lerer à la hauteur ded dr* constances, marchaient au hasard^ et cherchaient à se ménager des ressources auprès du parti qii'ib craignaient de voir le plus fort ; comme si l'homme qui s'est prononce contre le despotisme devrait jie mais attendre du despote un généreun oubli I
La retraite des officiers eût été un avantage inap« préoiable pour les contre^révolutionnairM^ ai. les officiers eussent eu la confiance des soldats ^ qu'ils eussent su la guerre ; mais la plupart peu aimée des solfiais^ incapables d*obéir et de commander,, preir que étratfgers au métier de la guerre f en quittant leurs corpsservaient réellement lesconstitutionnebs tous ces jeunes gens, retirés à. Bruxelles, ne firent qu'embarrasser les princes et les puissances ëtran*^ gères « Plusieurs se conduisirent avec une étaurde« rie bien peu propre à leur concilier une nation aussi grave que la nation flamande ; ils manquèrent bientôt d'argent, etse virent exposés au mépris du peuple et à beaucoup d'humiliations : tous avaient quitté leur patrie avec une légèreté qui ne leur avait laissé rien prévoir* Monsieur et M. le comte d'Artois, loin de pouvoir leur être utiles ^ étaient eux-^mêmes forcés de recourir à la dédaigneuse générosité des princes étrangers. Ainsi , dans la plupart des «ntre» prises , les insensés accusent la fortune des suites* inévitables de leur inconduite. En effets quoiqu'alors les forces de la France ne fussent pas sij^santes
pour tenter utie invasion^ elles étaient suffisantes pour une guerre défensive. La France recelait des ressources immenses qui ne demandaient qu'à être mised en activité* Les assignats lui assuraient un numéraire fictif inépuisable. Ces mêmes assignats^ que des hommes imbus d'antiques préjugés , igno^ rant 1a marche du génie dés peuples , regardaient comme la ruine de la Constitution , en basaient la atalnlité en créant un intérêt commun à tous.
Tandis que l'on s'efforçait de soulever les nobles en leur parlant d'honneur^ le clergé du second or* dre et les dévots en leur parlant religion ^ on alarmait les propriétaires par la vue de l'impôt^ et les créanciers de l'État par la peinture exagérée du délabrement des finances* L'impôt^ disaient les con-^ trè-révolutionnaires^est infiniment plus lourd ^plus oppresseur que sous l'ancien régime ; les économis-^ tet^ entêtés de leurs fous systèmes, en ont rejeté tout le fardeau sur les propriétaires ; les droits de paten-» te , de timbre et la contribution mobilière pèsent sur la classe indigente du peuple : Paris seul ne paie rien. On fait plus, on lui fournit pour ses dépenses particulières tout l'argent qu'il demande. Les provinces sont écrasées; et malgré l'énôrmité des nouveaux impôts , les frais de l'administration actuelle^ au moins quadruples des frais de l'ancien ne administration 9 les rendent insuffisans. La banqueroute est inévitable. Ces discours ne firent au^ cane impression But le peuple. L'impôt était à la vérité plus lourd pour les nobles et pour les riches
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qui dans l'ancien. régime ne payaient presque vieir. Mais le peuple qui se sentait soulagé ne fut.pQÎHt la dupe de ces déclamations artificieuses ..Quant aux propriétaires , l'abolition de la dîme , la retenue du cinquième sur les rentes féodales , les dédom* mageaient avantageusement de Taugmentation de Fimpôt foncier. La menace de la banqueroute n'effraya point des hommes accoutumés à voir le paiement de leurs rentes soumis à de longs retards, et que dans ce moment même l'on payait exactement à lechéance. Aussi ce n'étaient point les intrigues des nobles , des prêtres, des émigré, qui embarrassaient les constitutionnels; ils appréhendaient davantage les intrigues des orléanistes et des jacobins. Ces deux factions , fortes de leurs nombreuses affiliations ^ et d'une trentaine de membres de l'Assemblée nationale, ne cessaient d'attaquer les constitutionnels au tribunal de l'opinion publique, ils les peignaient comme des ambitieux, sacrifiant les vrais intérêts du peuple à leurs intérêts personnels, voulant un monarque et une monarchie, parœqne le monarque possédait des trésors , nommait à des emplois. Us renouvelèrent le mot du comte de Mirabeau au sujet des ministres actuels : « Les La- » meth , en attendant qu'ils puissent s'emparer du » ministère , font garder les places p^r leurs valets. » On vit donc Chapelier, Thouret, Demeunier, Duport; cités , il y avait deux mois, comme les plusardens défenseurs des droits du peuple , conune le soutien le plus ferme du parti révolutionnait^, per-
dre entièrement leur prodigieuse popularité'. Barnàve^ long-temps l'idole chérie de ce même peuple^ fut livré dans une caricature à sa haine et à son mépris : tant il est vi'ai que la faveur du peuple suit chaque intrigant qui flatte ses passions ; qu'elle l'abandonne au moment qu'il veut arrêter l'impulsion qu'il a lui-même donnée ; qu'elle s'attache alors à . un nouvel intrigant , jusqu'à ce que lui aussi devenu puissant et riche 9 ayant besoin du frein des lois, elle le laisse et passe à un troisième qui trompera le peuple comme l'ont trompé ses devanciers, et que le peuple traitera comme il a traité ceux qui Font précédé : car en entendant toujours parler de ses droits aux gens qui usurpent sa confiance , il croit bonnement que ces gens ne travaillent que pburiui , tandis qu'ils ne travaillent réellementque pour eux. C'est ainsi que Pétîon , Rœderer, Antoine ,Brissbt, Robespierre, Dubois de Cran ce, remplacèrent les constitutionnels dans la faveur populaire , prenant le peuple oîi ceux-ci l'avaient mené et voulaient l'arrêter, le poussant à des entreprises dont ils espéraient tirer un grand avantage. ' Tout faisait donc un devoir aux constitutionnels de prononcer sur le sort de Louis XVI. Les esprits fermentaient ; les orléanistes et les jacobins agissaient dans les départemens ; les écrits se multipliaient avec Une abondance inconcevable. La rage d'écrire et de discuter semblait s'être saisie de tous les Français. Oiï voyait édore chaque jour une multitude de pamphlets et de brochures, dénués de
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morale 9 de bon sens ^ d'esprit « L'opinion cOmmcfnçait à s'égarer ; on employait ^ pour la sëdtiirei la ressource des lectures publiques. Une doiiss^inede braillards , bien soudoyés et largement abreuvés , hurlaient sur toutes les places, dans tous les lieui publics, contre les prêtres, contre les nobles , con* tre le roi , contre la monarchie. S'il avait été pru«-i dent de laisser calmer le premier mouvement d'ei^ fervescence qu avait occasioné la fuite et Tarrestation du roi , il était dangereux de laisser élever à Paris et dans la France une opinion d'autant plut difficile à détruire que le long temps qu'on lui don* nait pour se former la ferait paraître le fruit du calcul et du raisonnement. >
En e&ét, en considérant la manière dont )usqiiV lors s'était formée l'opinion publique , il était aisé d'apercevoir que cette prétendue opinioii publique^ manifestée à l' Assemblée sur chaque décret, sur cha^' que événem^ent , n'avait jamais été la véritable opi« nion du peuple français ; qu'elle avait toujours été une opinion commandée aux municipalités , aia corps administratifs et aux sociétés populaires, par les députés qui menaient l'Assemblée ; opinion constamment d'accord avec les intérêts de ceux qui* la manifestaient. Ainsi , lors de la destruction des droits féodaux, ce furent les tenanciers et les cen-* sitaires qui applaudirent ; lors de la spoliation du clergé , ce furent les capitalistes et les agioteurs;* et, lors de l'abolition de la noblesse, les bourgeois' desdépartemens, les négocians, lesgensdelettreSf
juloux de ce qu il existait des distinctians qu'ils ne partageaient pas.
Les gens sages se turent^ parce que les gens sages se taisent lorsque les fous crient. Aussi cette prë** tendue opinion publique parut*elle uniforme et la même tant que les constitutionnels conduisirent les jacobins et commandèrent les délibérations ; mais Brîsaoty Condorcet, Robespierre^ Pétion^ etc. ^ s'étaut emparés des jacobins ^ la division se mit entre Le3 réyolutionnaires ; ce qu'ils appelaient l'o^ piniou publique sej>artageai parce que ceux qui la décidaient eurent des intérêts opposés. Les corps administratifs demeurèrent attachés aux constitu*^ tionnels , et continuèrentde leur envoyer des adresi* ses d'adhésion , tandis que les sociétés populaires et la plupart des municipalités réunies aux jacobins de Paris faisaient arriver des adresses contraires*
Au milieu de ce conflit de pouvoirs et d'opinions, les propriétaires qui , dans tout ordre social , cons*^ tituent réellement le peuple , ne furent compta pour rien. Cependant , effrayés de cette anarchie des idées y qui semblait annoncer une anarchie plus dangereuse dans le gouvernement , ils se rap« ]x*oehèrent des constitutionnels.
Trois différentes opinions partageaient donc l'As^ semblée et la France. La première ^ de rétablir le roi f et de maintenir la monarchîe'd' après les bases de la constitution; la seconde^ d'abolir la royauté et d'élever une république ; la troisième, mitoyenne entre les deux autres ,. de rétablir le roi ou de pla^**
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cer le dauphin sur le trône j mais de TenTirônner d'un conseil exécutif indépendant , dont les membres amovibles fussent élus par le peuple. Ce dernier parti était le terme auquel se réunissaient les orléanistes et les jacobins j en supposant qu'ils ne pussent obtenir^ les uns leur république, les autres la déchéance, remettant au temps et aux circonstances ce qu'ils n'espéraient pas du moment
Enfin les sept comités, chargés de l'examen de cette grande affaire , ayant fini leur travail , le rapport s'en fît à l'Assemblée. Pari^, la France > l'Ëarope, attendaient, dans un silence mêlé d'inquiétude , la décision qu'elle prendrait.. Jamais question d'un intérêt aussi grand, aussi universel, n'avait été soumise à la discussion. On consulta moin$si;.dans les principes de l'Assemblée , le roi était ou n'était pas coupable, que les avantages ou les inconvéniens qui pouvaient résulter de sa mise en jugement. Personne ne doutait que Louis XYI n'eût eu des intentions, hostiles; qu'il ne se fût coalisé avec M. de Bouille et les puissances étrangères : sa déclaration était une pièce de conviction à laquelle il n'y avait rien à répondre. Cependgint la' constitution n'établissait pas la démarche de Louis XYI comme un délit, parce que cette démarche, rendue nulle par son arrestation à Varennes , ne pouvait qu'être présumée tendant à un délit : et puis le droit que s'était arrogé l'Assemblée de changer la forme du gouvernement était-il bien fondé? Le roi et l'Assemblée, du moment même de rôuverture des états-généraux,
nWaient-ils pas été dans un état de guerre ? par conséquent y la force seule n'avait-elle pas décidé des droits de l'un et de l'autre ? L'Assemblée ellemême n'avait-elle pas donné au roi, le 1 7 juin 1 789> l'exemple d'une protestation contre la force , quoiqu'alors la force fût universellement reconnue commeun droit? Ne s'était-elle pas réunie au jeu de paume de la rue S^int-François? N'avait-elle pas solenilèllement juré de ne point se séparer que la constitution ne fût achevé? Si le roi eût triomphé le 14 juillet 9 n'eût-il pas été autorisé à juger l'Assemblée sur cette démarche , ainsi que l'Assemblée prétendait être autorisée à juger le roi sur son évasion de Paris? et puis encore était-ce le roi qui le premier avait empiété sur les droits des états-généraux ? N'étaient-ce pas les états-généraux qui les premiers avaieut empiété sur les droitsdumonarque?Lorsque Louis Xyi convoqua les états-généraux y il existait en France un gouvernement ; ce gouvernement était monarchique : il existait donc des rapports entre le mouarque et la nation? Ceux qu'elle avait réclamés dans ses cahiers. Quels étaient les droits du monarque?ceuxque la pation avait solennellement reconnus dans ces mêmes cahiers. C'était donc pour réintégrer la nation dans ses droits y et circonscrire le monarque dans les siens, que les députés avaient été envoyés aux états-généraux, w Mais, disait l'Assemblée/ nous sommes pouvoir constituant .—Oui, vous êtes pouvoir constituant dans tout ce qui tient ù la
constitution que vous avez été chargés de faire. Cette