‹ Mémoires du marquis de Ferrières (volume 2)Chapitre 21 sur 23 · U¥RE · texte numérisé non relu

U¥RE

nottvellemeat de rAsfiemblée et un autre roi. QueU ques-uQS allèrent jusqu'à proposer de placer Robespierre sur le trône; car le duc d'Orléans, bastionnë derrière la multitude, ÇTitait de se montrer, et, lâche et sans v#rtu , ne voulait mettre dans la balance des dangers que ses intrigues et son argent Le soir, le Palais-Royal fut couvert de groupes qui s^emportaient en grossières injures contre Iq roi et contre l'Assemblée. Lies jacobins se rassemblèrent, Robespierre attaqua le décret,dénonça, comme traîtres à la patrie, les membres qui l'avaient fait rendre. On était occupé à discuter les moyens d'en ob* tenir le rapport, lorsqu'une troupe d'bommes et de femmes, se disant envoyés du Palais-Royal ^ vinrent se présenter, et demandèrent d'être admis à la séance. On les accueillit avec transport. L'orateur assura )es jacobins que la nation voulait que le roi fût jugé, et refusait de reconnaître le décret de l'Assemblée , qu'elle avait même choisi un successeur à Louis XVI. A ces mots , Laclos monte à la tribune , et répond aux envoyés du Palais-Royal que leur demande esX juste , mais que , pour y donner la forme néces^tsaire, il se charge de la rédiger en pétition, ce Cette pétition , ajoute Laclos > sera signée sur l'autel de là patrie par tous ceux qui l'approuveront. » Le discours de Laclos excite le plus vif enthousiasme. Les envoyés du Palais-Royal se retirent. Un jacobin accourt , et apprend aux frères que le peuple de Paris a fermé les spectacles : les transports redoublent* BrissQt et Laclos rédigent la pétition :

ic Les Français , cansidérant que jarinais il ne s'est » présente de question plus importante que celk M qui concerne la d&ertion du roi ; que lé décret » rendu le i5 juillet ne contient aucune disposi<^ n tion relative à I^uis XVI ; qu en obéissant à ce » décret^ il importe de statuer promptement ^ur » le sort de cet individu ; que sa conduite passée A) doit servir de base à celte d^ision ; que IiouisX VI> » après avoir accepté les fonctions royales et juré » de défendre la constitution , a déserté le poste » qui lui était confié , a protesté , par une décla- » ration émte et signée de sa main , contre cette » même constitution^ et cherché à paralyser, par sa ») fuite et par ses ordres^ le pouvoir exécutif, et à » renverser la constitution , par sa complicité avec M des hommes aujourd'hui accusés de cet attentat ; » que son parjure, sa désertion, sa protestation > » sans parler de tous les actes criminels qui les ont )i précédés f accompagnés et suivis , emportent une » abdication formelle de la co«ronne constitution^ » nelle qui lui avait été conférée; que TAssemblée » nationale l'a jugé ainsi, en s' emparant du pouvoir » exécutif, en suspendant les pouvoirs du roi , en » le tenant dans un état d'arrestation ; que de noun velles promesses , de la part de Louis XYI , d'olv » server la constitution , ne pourraient offrir un n garant suffisant à la nation contre un nouveau » parjure, et contre une nouvelle constitution!

» Considérant enfin qu'il est aussi contraire à la » majesté de la nation outragée, que contraire à ses

.^56 LIYEE X.

)) intérêts ^ de confier désormais les rênes dé l'em^ » pire à un homme parjure , traître , fugitif ; de- .^) mandent formellemen tque FÂssemblée nationale ^> ait à receToir> au ïiom de la nation, FabdicatioA » faite le 2 1 juin , par Louis XVI , de la couronne n qui lui avait été déléguée , et à pourvoir à soû i) remplacement par tous les moyens constitution- » nels ; déclarant , lesdits soussignés , qu'ils ne }) reconnaîtront jamais Louis XVI pour leur roi, » à moins que la majorité de la nation n'émette un » Toeu contraire à celui de la présente pétition. >> La nuit se passée en menées sourdes* et en préparatifs* On 4iffiche la pétition sur tous les murs de Paris ; on publie que tous ceux qui voudront la signer aient à se rendre au Ghamp-de-Mars. Une foule de peuple s'y porte dès le matin , les uns par curiosité, les autres, émissaires soudoyés du duc d'Or-^ léans, avec le projet d'exciter une émeute. L'occasion s'oflfrit d'elle-même. On trouva (i) deux hommes sous l'autel de la patrie ; Tun était un invalide estropié , l'autre un garçon perruquier d'une rue voisine. Quelques personnes prétendent qu'en se cachant ainsi ils avaient , au moyen d'ouvertures pratiquées dans les planches qui formaient l'escalier, l'intention de voir plus à leur aise les fenimes et les filles qui montaient et descendaient sans ces- 3e , et de se donner, par cette niche indécente , un

(i) 17 iuUlet.

spectacle propre à amuser leurs yeux libertins. Les orléanistes profitèrent de cette rencontre^ soit qu'ils Feiissent fait naître^ soit qu'elle fût Teffetdu hasard;' ils crient qu'il existe un complot infernal , que les aristocrates veulent faire sauter l'autel de la patrie au moment que le peuple sera assemblé. On çaisit ces deux malheureux^ on les conduit^ en les chargeant d'imprécations et de coups , à la section du Gros-Caillou. Là , sans information , sans vouloir, les entendre , quoiqu'on n'ait trouvé sur eux , ni dans 1er lieu où ils se sont cachés, aucun indice propre à donner la moindre apparence de réalité à l'affreux dessein qu'on leur prête , on les pend au premier réverbère. Les orléanistes coupent les deux têtes , les mettent au bout de deux piques ; ils s'apprêtaient à les promener dans les rues de Paris , et à les porter au Palais-Royal , espérant que la populace se rallierait à cet étendard de carnage ,. lorsque La Fayette et trois commissaires de la municipalité arrivèrent, soutenus d'un nombreux détachement de la garde nationale. Les commissaires furent accueillis à coups de pierres. On parvinf pourtant à enlever les deux têtes. On arrêta les auteurs de cet infâme assassinat ; mais le peuple s'étant jeté avec fureur sur ceux qui les gardaient, les arracha de leurs mains et les mit en liberté. , L'Assemblée n'apprit qu'avec une vive indignation les atrocités qui venaient de se commettre au Champ-de-Mars. « Il est de votre dignité, s'écrie Daudré, de soutenir le décret que vous avez rendu :

45S UTRE X.

je demande , qu'afin de prévenir les sourdes me^ nées qu'on emploie contre tous , à Paris et dans les départemens , il soit rédige , séance tenante , une adresse à tous les Français ; que la manici-^ palitë soit mandée à la barre; qu'il lui soit enjoint de yeiller mieux qu'elle n'a fait jusqu'ici à la tranquillité publique. Il est bien singulier que la municipalité et les tribunaux aient souffert, sous Tos yeux , la violation la plus manifeste de Tos lois ; qu'on affiche , jusqu'à la porte de cette Assemblée , des pétitions collectiTes ; qite l'on souffre , au milieu des places publiques , des mo^ tiens tendantes à exciter le désordre. Je ne parle point des injures personnelles adressées aux députés; nous savions, en venant ici, que ncMis étions exposés à la rage des ennemis de la consti-» tution. Je requiers que les accusateurs publics des six tribunaux de Paris soient chargés d'informer contre tous les perturbateurs du repos public ; que la municipalité et les ministres soient responsables de l'inexécution des ordres que vous leur donnerez, h

L'Assemblée adopta les pro|)ôsitions de Dandré. Les officiers municipaux, les accusateurs publics et les ministres parurent à la barre et reçurent les ordres les plus précis de faire respecter le*décret de l'Assemblée et de s'opposer, pa r tous les moyens que la loi mettait entre leurs mains, aux entreprises des factieux. Ces mesures sévères n'épouvantèrent point les orléanistes ni les jacobins. Us formèrent un ras-

semblement sur le terrain de la Bastille (i). Leur dessein était de se rendre au Champ-de-Mars ^ en passant par le$ rues les plujs populeuses, j ugeant avec raison que la curiosité et Texemfde , dans une yille aussi imitatrice C[ue Paris, entraînerait une foule immen^ de peuple. Us ayaient choisi le dimanche, jour d'oisiveté et de cabaret. La Fayette rompit encore cette nouTcUe tentative ; un détachement de gardes nationales dissipa le rassemblement. Les or^ léabistes et les jacobins prirent alors le parti de se rendredirectement au Cham p-de-Mars. Il était trois heures aprèa midi lorsqu'ils y arrivèrent. Danton lut la prétendue pétition du peuple français . Ca mille Desmoulins et Rotundo, placés sur l'autel de la patrie, haranguèrent le peuple. Les horreurs commises le matin en faisaient appréhender de plus atroces encore pour le soir. Les nouvelles les plus alarmant tes venaient coup sur coup. La municipalité, ne pouvant plus se dissimuler les suites funestes qu'entraî*nerait sa négligence , arrêta que le drapeaujrouge serait déployé , la loi martiale publiée , et que le corps municipal transporterait ses séances à l'école militaire. Le corps municipal se mit en marche f^ milieu de douze cents hommes de la garde nationale, précédé de quelques escadrons de cavalerie et de trois pièces de canon. Le peuple avait si souvent éprouvé la mollesse avec laquelle ojq agissait dans

(i) Le même jour 17 joUlet.

46o UVRE X.

toutes les émeutes ^ et la condesceudance que Ton montrait pour ses volontés^ que la rue du drapeau rouge et des douze cents gardes nationales n en imposa à personne. Les orléanistes et les jacobins crîèr rent : uÂbasledrapeaurouge! àbaslesbaïonnettesl» Une grêle de pierres succéda bientôt aux cris et aux huées. La garde nationale fît halte. La Fayette ordonna de tirer quelques coups de fusil en i^ir , espérant que la peur et le bruit engageraient les fac-* tieux à se retirer. En effets une partie du peuple prit la fuite; mais les chefs ^ revenus de leur preniièrç frayeur^ voyant que personne n'était blesse^ rallié: rent les fuyards et les réunirent sur Tautel de là patrie. Là^ se croyant en état de braver la garde nar tionale, les cris d'à bas le drapeau rouge se firent entendre de nouveau ; les pierres recomniiencèrent à voler. Des orléanistes , dans le dessein d'engager une querelle^ s'approchèrent de la garde nationale en vomissant les plus grossières injures^ et tirèrent sur elle quelques coups de pistolet. La Fayette fit faire une seconde décharge^ mais réelle. L'effet en fut terrible : plus de quatre cents personnes furent t^ées ou grièvement blessées. Le peuple effrayé se précipita vers toutes les issues; la garde nationale fondit sur ceux qui tenaient feirme^ et la cavalerie^ s' ébranlant en même temps , acheva de dissiper les fuyards.

Tandis que ceci se passait au Champ-de-Mars , une autre partie du peuple, étrangère à cette intrigue, se promenait aux Champs-Elysées. La jour-

née était belle : le Parisien , renfermé toute la semaine dans des chambres étroites et sombres^ aime le dimàvçhe à respirer le grand air et à se livrer à un exercice que son genre de vie lui rend nécessaire. La sérénité de l'atmosphère, le peu d'é^ ioignement du Champ-de-Mars, quoique séparé des Champs-Elysées par la rivière, laissaient entendre distinctement les cris du peuple et le bruit des coups de fusil. Une terreur subite s'empara de tous les promeneurs; hommes, femmes, enfans, s'enfuirent ; les Champs-Elysées, les rues qui les avoisinent, furent désertes en un instant; chacun s'efforçait de gagner sa maison , s'y renfermait dans l'incertitude de l'événement, la consternation était telle, que deux mille hommes armés eussent donné la loi il tout Paris , tant il est vrai que dans une émeute populaire , lorsqu'on emploie la force , il faut laisser, une retraite facile au peuple : son premier mouvement est toujours un mouvement de terreur. L'impossibilité seule de fuir le force de se defeïidre; alors la nécessité le rend furieux; il n'aperçoit plus le danger, se précipite, et, semblable à des flots amoncelés, renverse tous les obstacles* Cependant quelques, orléanistes courent dans les rues, crient qu'on assassine le peuple; d'autres preur nent le Cjadavre sanglant d'un des malheureux qui venaient d'être tués, Toffrent aux yeux de la multitude > l'invitent à la vengeance et s'acheminent vers le Palais-RoyaL On avait tout à craindre de ce nouveau moyen d'insurrection. L'oiBcier de service en

46a LTVRS X».

prévint les tristes effets en fermant les portes dà Pa^n lais-Royal , et empêchant les orléanistes d y pënë^ trer* La nnit fut tranquille. Le penpjie de Park y égare un moment par des factieux ^ revenu à son caractère naturel , reprit le lendemain ses traTaui accoutumés.

Cet événement malheureur eut les suites lea plii9 funestes. Si la terreur comprima pour quelque temps les projets des orléanistes et des jacobins, am motifs d'ambition qui les guidaient se joignit mn motif de vengeance qui donna plus d^aetivité à ieui* haine contre le roi et contre La Fayette (t). UsaeiH tirent la faute qu ils avaient commise en attaquant Sans armes la garde nationale; ils résolurent, avant de tenter une entreprise , de s'y mieux préparer. La division se mit entre la garde nationale et le peuplé ; elle se mit entre la garde ilationale elle^ ^éme^ les uns blâmant et les autres ap{H*oùvaiit l'action du Champ^de-'Marsl. Cette division devint la principale cause des troubles qui suivirent.

Les constitutionnels réconnurent la nécessité de porter des lois sévères contre ces hommes atroces , qui ne cessaient de provoquer le pillage, le meur* tre , l'incendie et la désobéissance aux lois, par deft écrits^ dés placards et des discours tenus dans tous les lieux publics. Mais ces lois demeurèrent isans

(i) Cette journée (îit aussi la principale cause de la mort de Bailly.

{Note des nout* édiu)

exécution : ropinton publique Tacillant sans cesse d'un parti k un autre parti , d'un homme à un autre homme , a{^)elait aujourd'hui liberté de la presse et sainte insurrection ce qu'elle avait nommé hier émeute et licence.

Si les constitutionnels eussent su profiter de la première consternation des jacobins , ils étaient les maitres : un décret anéantissait les clubs. Une ré-r flexion retint les constitutionnels : ils appréhen-* daient ^encore plus les nobles et les prêtres qu'ils n'appréhendaient les jacobins : ils pouvaient se réconcilier avec les jacobins , mais ils ne pouvaient jamais se réconcilier avec la noblesse ni avec le clergé : il leur fallait donc encore un foyer d'opi-* nion publique y un centre d'oii ils dominassent Paris et les départemens^ Un nouveau club leur parut propre à rallier à leur parti les hommes modérés^ que les exagérations des jacobins^ et les intrigues des orléanistes en avaient jusqu'alors éloignés : ils choisirent l'église des Feuillans , située dans l'enceinte ou l'Assemblée tenait ses séances,

Barnave ouvrit ce nouveau club : il parla de la ré« volte d'une troupe de factieux contre les décrets de l'Assemblée nationale , de la nécessité de déjouer lejirs projets criminels ; in vita tous les vrais amis de là patrie à se réunir pour maintenir la constitution* Cette démarche eut d'abord le plus heureux suc-^ ces : la plupart des Parisiens abandonnèrent les jacobinSy etse rendirent aux Feuillans. Les aristocrates furent effrayés de ce changement. L'exagéraiioa

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des jacobins leur semblait moins dangereuse que la modération des constitutionnels. Perinne ne concevait alors la possibilité même momentanée d une république française ; et le mépris dans lequel était tombé le duc d'Orléans ne laissait considérer ses prétentions que comme une folie sans conséquence. Les jacobins se trouvèrent réduits à Pétion ^ à Robespierre^ à Antoine^ àBu;i^ot et à quelques hommes si décriés^ que les constitutionnels n'eussent osé les admettre dans leur nouveau club^ quand bien même ils s'y seraient présentés. Cet état defaiblesse ne dura pas ; les jacobins reprirent bientôt le dessus (et cela devait être); il est de l'essence de toute révolution opérée par le peuple de ne s'arrêter qu'à l'entière désorganisation de l'oinlre social. Aussi tous ceux qui hâtent cette désorganisation sont sûrs d'obtenir la faveur populaire. En effet le but^ plus ou moins adroitement déguisé, de toute révolution opérée par le peuple, est uiïe nouvelle répartition des richesses. Ce n'est donc qu'au moment que les propriétés se trouvent entre les mains de la partie forte de la nation , que la révolution s'arrête : il se forme un intérêt commun aux nouveaux possesseurs : ils veulent à leur tour des lois qui les protègent; et devenus les maîtres , ils savent les faire exécuter.

Tandis que les Lameth, Barnave^ Dandré, Duport^ triomphaient aux Feuillans, les jacobins et les orléanistes s'emportaient à Paris contre La Fayette, contre la garde nationale , contre la municipalité,

LITBE X.t 465

contre lès.constiCutioDnefls. A les entendre > Thourety Sandre^ Chapelier^ Duport^ Barnave et les* Lameth étaient vendus à la liste civile; ils youlaieni : rétablir la noblesse^ le clergé ^ ramener l'ancien pouvoir ministériel.

Le peuple écoutait ces discours avec d'autant plus d avidité^ que les constitutionnels ^ revêtus de rautorité du gouvernement^ disposant des places > de$ emplois y des richesses ^ se trouvaient dans la même position où s'était trouvée la cour au commencement de la révolution ; ils étaient^ aihsi qu'elle Tétait alors ^ l'objet de la défaveur populaire. C'est toujours l'autorité que le peuple jalouse; quels que soient les hommes qui l'exercent^ et sous quelque nom qu'elle existe^ c'est toujours l'autorité qu'il accuse de ses maux^ parce qu'il veut que les hommes entre les mains . desquels il la dépose ^ sans jamais s'occuper d'eux-mêmes^ s'occupent uniquement de lui.

Les nombreuses arrestations qui se faisaient chaque jour^ dont lé prétexte était constamment la pétition du Champ-de-Mars, augmentèrent encore les haines y et attirèrent de plus en plus la défaveur populaire $ur les constitutionnels. Les yeux du peuple se tournèrent vers Robespierre et Pétiony comme vers les deux seuls députés qui n'eussent jamais varié ni trahi les intérêts du peuple. On vit, mais par un motif bien contraire, les nobles et les évêques de l'Assemblée se rapprocher des jacobins.

Les journaux aristocrates en parlèrent d'une ma- XI. 3o

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AÎère favorable; ils préféraient, disaient-ils, leur franchise et même leur exagération , k la poBtique tortueuse des feuillans leurs adversaires.

Cependant il fallait rendre compte au peuple de la malheureuse journée du Champ-de-M ars ; cela était délicat : chaque parti la contait au gré de ses passions , augmentait ou diminuait le nombre des morts et des blessés, selon qu'il tenait aux c<Histitutionnels ou aux jacobins. Garder le silence , e'eàt été avouer les torts que les jacobins re]Hrock^ient k la municipalité* Le maire Bailly fit afficher une proelaçaation; il ne dit presque rien de révénement i^etraça la conduite modérée de la municipalité, se déchaîna contre les iiristocrates , rejetant sur eux les malheurs de cette fatale journée. C'était une nécessité de toujours flatter le peuple , de pallier ses torts, de lui présenter les nobles et les prêtres comme ses éternels ennemis, et de leur faire porter la peine de toutes les inepties de la municipalité , de toutes les irrésolutions ambitieuses de La Fayette , de toutes les haines qu'excitait entre les jacobins et les constitutionnels la rivalité des richesses et du pouvoir. Op voulut aussi lui persuader que les puissances étrangères étaient entrées dans ce mouvement ; qu'elles avaient des émissaires secrets qui agissaient de concert avec les aristocrates et s'efforçaient d'égarer le bon peuple de Paris. On arrêta un juif nommé Éphraïm , agent du roi de Prusse; une baronne hollandaise, espèce d'aventurière, convaincue de distribution d'argent

et de diseourft séditienk ;' mais on les irelâéha an bout de qûel^ues'jottirs.

Au milieu de Finqaiëtttde générale clés esprits ^ Charles Yilette/Condorcèt et les philosophes^ pen-* sèrent qu'il serait beau d'ciccuper le peuple de la philosophie , c^est-i*dire ^ d'eux-^niémes. Le tempe des. élections approchait : ces deux hommes , F un plein de Fiambition d'one folle renommée^ l'autre, plus solide , aspirant à Fargent et à la domination , intriguaient pour se faire nommer député&à la nou- Telle législature. Charles Vilette , adossé à Iaréput»« tion littéraire deVoItak^,. parvint, à foixe de sollicitations, à engager un manbre de la municipalité de Paris à demander que le corps du poète £ùt exhumé de Fabbaye de Selliers,, et transporté au Panthéon. La municipalité saisit avec empressement nne occasion si favorable dfamuser le peuple de Paris. Elle accueillit la demande de Charles Vilette; mais il fallait un décret de F Assemblée; elle seule avait le droit d'ouvrir ce nouveau temple de Yim^ mortalité. BaiHy, à la tête du corps municipal , se présente h la' barre , armé d'une pétition de la ville de Paris , qui réclame Fhonneur de posséder dans son sein les cendres du plus grand homme que la France ait vu naître. Le nom de Voltaire, auquel la plupart des membres de FAssemblée attachaient lldée d*un parfait démocrate, obtint à Funahîmité le décret que sollicitait Bailly (i). Charles Vilette,

lUmm

(i) 3o mal

muni de cette pièce essentielle^ travailla ayec beau« coup d'ardeur à rendre la translation de Voltaire digne à la fois du grand homme qui en était l'objet^ et du, petit homme qui s'imaginait triompher luim^e sous le nom de ce poëte célèbre. Les journaux du parti ne cessèrent^ pendant]quinze jours ^ d'annoncer^ avec emphase^ ce grand événement^ et de féliciter la nation de l'éclatante Tictoire que la philosophie remportait sur les préjugés du peu[d€ et sur le fanatisme des prêtres. Tout étant disposé, le corps de Voltaire arrive sous une double escorte militaire et municipale. On le déposa sur l'emplacement de la Bastille y prison dans laquelle^ certes, Voltaire n'eût point voulu être renfermé, mais daus laquelle il y eût vu avec joie renfermer tous les cri' tiques de ses vers, de sa prose , et même de ses systèmes philosophiques et politiques (i). Enfin, le jour marqué (2), le cortège part de la Bastille; quarante forts de la halle, vêtus d'aubes blanches, les bras nus , la tête couronnée de laurier, repré? sentant les poètes de l'antiquité, portent tour à tour sur un brancard une mauvaise statue de Voltaire faite de carton doré; ses œuvres précèdent dans un

(i) Quelque opinion qu'on se forme sur Voltaire, on est forcé de reconnaître que personne ne fat jamais pins éloigné de reprit de ijMème^ el que jamais anssi personne ne fit moins de mal à ses ennemis.

{Note des noup, édit,) (a) II juillet

coffre en formed'arche. Suit un char antique^ traîné par douze chevaux blancs: on y voit Voltaire, hideux par sa ressemblance v à demi-couche sut son lit de mort. Des portefaix habilles en prêtres d'Apollon ; des filles publiques, en robes sales, figurent les Muses, les Nymphes, et entourent le char. Vient encore le vieux Voltaire dans sa chaise à bras; des députés de l'Assemblée nationale , la municipalité de Paris, le département, des gens de lettre», marchent pêle-mêle, devant, derrière, au milieu. Quelques détachemens de la garde nationale, quelques pelotons de cavalerie, de longs bâtons, au haut desquels pendent des bannières de cartôïi peint ^ où an lit des vers de Voltaire, complèteût la magnificence de cette pompeuse apothéose.

Charles Vilette , rayonnant de gloire, placé avec les favoris des muses et les élus de la philosophie , sur le balcon delà maison du quai desThéatins, attend le cort^e. Le char parait; une nuée de (leurs fond de toutes les fenêtres : madame Vilette pose avec attendrissement une couronne sur la tête de Voltaire , on chante des hymnes. Tout allait à la phis grande gloire de Charles Vilette et de la philosophie, lorsqu'un gros nuage venant tout à coupa s'ouvrir, une pluie à verse disperse le cortège. Poètes, Muses , Nymphes , prêtres d'Apollon > municipaux, gens de lettres, mouillés, crottés, courent chercher un abri. La statue de carton doré, représentant Voltaire, ne peut résister aux torrens d'eau qui l'inondent ; elle tombe par morceaux : ce grand triomphe

philosophique aoffre aux yeux des nombreux spectateurs qu'une mascarade ridicule , et le pué^ ril orgueil de Charles Vilette.

Leis» hommes qui conservaient encore quelque attache à la religion de leurs pères s'indignèrent de Toir profaner, par une forme toute païenne, une des plus graves cërëmonies du culte catholique* Les poyalistesse plaignirent qu'on se livrait à la joie d'u-» ne fête publique tandis que le rot et la famille royale étaient retenus dans une dure^ captivité; les âmes bienfaisantes regrettèrent les sommes considérables eoaployéesà une vaine représentation théàtrale,dans nn moment oii les ateliers de charité manquaient d'ouvrage , faute de fonds , e\ que le peuple manquait de pain ; les Parisiens ne virent qu'un specta* de qu'on leur donnait , de la pluie » et M. BaiUy.

Pendant que la nation française s'amusait à ces sottises , Galonné , à force d'intrigues , d'allées , de venues, parvint à ménager une entrevue à Filnitz entre l'empereur (i), le roi de Prusse, et le comte d'Artois (2). C^te entrevue commença par des fêtes, des bals, des opéras, de grands repos. On songea ensuite aux affaires ; on arrêta que tous les rois de l'Europe regarderaient la cause de Louis XVI comme la leur propre; qu'ils demanderaient que ce prince et sa famille fussent sur-le-champ mis

(i) Léopold.

('i) Le ^7 juillet I79Ï,

en liberté 9 avec la faculté de se porter où il le ju* gérait convenable; que l'on se réunirait pour veii*ger^ avec le plus grand éclat ^ les attentats que les gouvernans actuels de France commettraient ^ ou permettraient de commettre contre la liberté, la sûreté , l'honneur du roi^ de la reine et de la famille royale j qu'on ne reconnaîtrait comme lois constitutionnelles de France que celles qui seraient munies du consentement volontaire du roi , jouissant d'une liberté parfaite; mais qu'au cas contraire, l'on emploierait,, de concert, tous les moyens qu'on avait en &a puissance, pour faii'e cesser jiè. scandale d'une usurpation de pouvoir qui porterait alors le caractère d'une révolte manifeste , et dont il importait à tous les gouverûemens de TËurope de réprimer le funeste exemple. On convint, encas de refus de la part de la France, d'un plan d'opérations : il fut décidé qu'on enverrait des lettres. réquisito«riales à tous les princes de l'Empire, en état de fournir des troupes, pour se concerter sur l'emploi de leurs contingeus ; qu'on adresserait des lettres circulaires à toutes les puissances qui s'étaient engage à maintenir la monarchie française : savoir : la Rus*sie, la Suède, la Prusse, TËspagne , Naples , la Sar«* daigne et la Suisse. Ces lettres contiendraient les propositions qu'on faisait à la France: 1^ la restitution d'Avignon et du comtat Yenaissin ; 2^ le rétablissement entier des droits et des privilèges des princes de l'Empire, possessionnés en Alsace et en Lorraine; 3^ la dissolution de l'Assemblée natio-

tfj% LIVRE X.

nale ; 4<> le rétablissement de Louis XY I siir son trône (i).

La nourelle de la conclusion du traite de Pilnitz remplit de joie les émigrés et les contre-révolutidnnaires. On ne doit plus douter maintenant ^ disaient-ilsy de la coalition des puissances étrangères. 'Les armées entreront en France avant la fin du mois .d août; cinquante mille Autrichiens marchent en .Flandre^ cinquante mille Prussiens s'avancent sur le Rhin ^ quarante mille Suisses ^ et autant de Fiéiinontais ^ s'apprêtent à entrer en Provence %t en Dauphiné; M. de Nassau^ à la tête de yingt-cinq :inille Russes y débarque à Ostende; la hollande fournit deux cents millions.

' Les constitutionnels traitaient de chimères le projet d'une In vasion ^ et n'oubliaient rien poui: rassurer le peuple de Paris ^ qui^ tintdlé san$ cesse par une foule d'hommes pervers ^ voulant en faire l'ins^ trument de leur ambition et de leur haine ^ vivait dans des craintes continuelles et dans une perpétuelle agitation. U est certain que la France n'avait en ce moment aucune force à opposer à une attaque brusque et vigoureuse des puissances étrangères; mais. la jalousie secrète de la reine contre le comte d'Artois V les intrigues de Breteuil, Tincer-

(i) On tronvera dans les Mémoires de Bouille divers détails snr les conférences de Pilnitz, ainsi que le texte de la déclara* tien qui fui alors rendue publique. .

( Vote (des nouv. édii. ) ■

titude de Léopold , quelques propositions des chefs constitutionnels, avouées secrètement par le roi, d'autres raisons qui tenaient aux cirqpnstances, empêchaient les puissances étrangères de se déclarer, et les engagèrent à attendre les événemens. Tout semblait concourir à en amener.de très-prochains. Les contre-révolutionnaires agissaient à Paris et dans les provinces; les prêtres inassermentéadesdépartemens frontières employaient tous les moyens du fanatisme pour soulever le peuple ; ceux des autreS^épartemèns y travaillaient avec une égale ardeur Ma plupart, instrumens aveugles des anciens evêques e^ de leurs grands-vicaires , consultaient moins leur raison et leur conscience, que leurs espérances ou leurs craintes. Des lettres pastorales, des maudemensf^dés lettres particulières , les entretenaient dans lem* résistance. On leur parlait des immenses préparatifs des puissances étrangères, de leur prochaine entrée en France , de la chute de la constitution , du châtiment des jureurs et des intrus. Cinq ou six journaux, bien fanatiques de commande, bien grossièrement menteurs, confirmaient ces nouvelles insensées. C'est ainsi.que desintrigans/ des évêques, et des prêtres ambitieux, précipitaient d'autres prêtres crédules dans un abime de maux; que loin du danger (car presque tous avaient abandonné leurs diocèses), ils les sacrifiaient à la plus, horrible persécution ; que sous le prétexte spécieux de maintenir la religion catholique, ils la perdaient réellement, en forçant les révolutionnaires de la

474 ' UVRB X.

regarder comme un obstacle , pi^éparànt àinâi les Yoies au hideux athéisme, doctrine de mort, dont les tristes effets se feront sentir à la génération qui s*avance.

Les constitutionnels n^ociaient avec le cotnte d'Artois et avec le prince de Condé. Le chevialier de Coigni fàt envoyé à Coblentz, et l'abbé Louis , conseiller latiparlementysereûditSBruxelles. Les constitutionnels agissaient de bonne foi dans ces ouvertures de paix. La cour voulait-elle sincèi^ement la rentrée di^ princesi et la fin des troubles ? j^ne le croîs pas. Les émigrés, enivrés des magnifiques chimères dont les r6|)aissaient leurs chefs, firent avec une foile inquiétude l'arrivée de labbé Louis à Bruxelles} ilsl'insuUèrentà la promenade publique, le couvrirent de huées, l'obligèrçvt par leurs eiacèê à quitter Bruxelles, et se glorifièrent, dans lenn lettres à leui^s correspondans de Paris, de cette sottise comme d'une illustre victoire. Les puissances étrangères , trompées par les rapports des émigrés qui les assui^aient que la France n'avait aucun moyen de défense, rejetèrent les avances des constitutionnels. Mais quelle folie aux roiâ, aux prêtres et aux nobles , d'entreprendre une guerre contre les peuples I n'est-ce pas leur dire que leurs intérêts n'ont jamais été et ne seront jamais les mêmes que ceux des peuples (i)?

(i) Il est certain que TafËiire de PUnitz fut l'une des causes

Les Constitutionnels, voyant rinutiUtédeleurdë«marche pour la pai]( ^ se préparèrent à la guerre et travaillèrent à mettre te royaume en état de défense. On décréta la levée d'un corps de cent mille'gardes nationales ^ troupes sur lesquelles les constitution*^ nels croyaient pouvoir plus compter que sur les troa^ pes de ligne. Les ministres ^ ennemis la plupart de l'Assemblée qui les retenait dans une rude dépenr dance, s'applaudissaient en secret de Forage prêt à fondre sur la constitution y et cherchaient même à se faire un mérite de leur perfidie auprès d'un parti qu'ils ne doutaient pas devoir être le plus fort. Us opposaient à toutes les mesures que prenait l'Assemblée une résistance d'inertie qui les rendait nulles^ les premiers commis les secondaient avec beaucoup dexèle. Rien ne se faisait , rien n'allait. Qa favorisait les troubles , les émeutes , les rési^tan*ces; on voulait amener l'anarchie, dans la fausse idée que l'anarchie ramènerait l'autorité du roi et le pouvoir ministériel; ignorant sans doute que l'anar*^ chie entr&ine la ruine.de tous les pouvoirs fondés sur les lois; qu'une fois ces pouvoirs anéantis, ceux qui en jouissaient ne les recouvrent plus. Lescons^ tifutionnels ne furent pas la dupe de ces menées ;

qui contribnèrent le plus fortement à exaspérer la révolution française. La maiiace d'une intervention étrangère et armée indigna la fierté nationale, et, dès ce moment, les hommes modériés tirent décimer leur influence.

( Note des nouv, édii.)

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ils voyaient^ source du mal; mais ils peneateiit que l'intérêt du roi l'obligerait de se réuuir à la constitution ; que l'intérêt des propriétaires leur ferait prendre le même parti; que, pourvu qu'ils CTitassent une guerre étrangère, ils parviendraient aisément à soumettre les jacobins et les contre-révolutionnaires. Cet espoir était fondé : les constitutionnels auraient réussi s'ils eussent pu prolonger encore un an Ui session de l'Assemblëe; aussi les jacobins et les contre-révolutionnaires travaillèrent à hâter sa séparation. Tous les députés, à l'exception des constitutionnels, la désiraient; le peuple la désirait également , parce qu'on lui répétait sans cesse que les députés étaient vendus à la liste civile. Cette liste civile était l'éternel objet des déclamations; il semblait qu'elle fût l'unique cause de l'impôt, un agent si puissant de corrupticm^ qu'elle eût suffi pour acheter l'Europe entière.

L'Assemblée nationale s'occupait de la révision des décrets et de la rédaction de l'acte constitutionnel. Les aristocrates, indifférons pour une constitu* tion qu'ils s'attendaient bientôt de voir renverser, ne prirent aucune part aux délibérations. Les ja*cobins n'y mirent pas la même indifférence : ils épiaient le moindre changement dans les décrets en faveur du monarque, prêts à crier à la corruption, à la perte de la liberté. L'occasion ne tarda pas. Les ministres n'avaient été, jusqu'à ce moment, que des espèces de marionnettes que l'Assemblée faisait jouer à son gré. Les constitutionnels, sentant que

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de pareils ministres ne pouvaient rien pour l'exécution dèslois^ voulurent au moins les mettre à l'abri de cette foule de dénonciations contradictoires auxquelles ils étaient sans cesse exposés,

« C'est ici, s'écria Rœderer, le dernier coup porté à la liberté. On réserve aux ministres le droit d'opprimer le peuple ; c'est une coalition ministérielle, il faut la déjouer. Des hommes ambitieux demandent le ministère inviolable, parce. qu'ils veulent être ministres ; la liberté est tuée. » Les jacobins et les orléanistes s'emportèrent avec la même véhémence contre la proposition de conserver aux parens du roi le titre de princes français, en les séparant du reste des citoyens, par la non capacité d'être[éligibles aux places que nomme le peuple. Le duc d'Orléans assura qu'il renoncerait plutôt au droit éventuel d'hérédité de la couronne qu'aux droits de citoyen français. Il offrit de déposer sur le bureau cette renonciation , ce qui parut très-beau au peuple des tribunes , et lui donna une haute opinion d'un citoyen français. Lànjuinais et quelques autres députés représentèrent très-sérieuisement que le titre de prince, accordé aux parens du roi, allait ressusciter la noblesse ; et aussitôt le petit orgueil robinocratique se mit à crier que l'égalité ne subsistait plus. Les contre-révolutionnaires, plus déliés, virent, dans la proposition du comité, une transaction avec les princes dont les constitutionnels désiraient ardemment le retour; mais les orléanistes et les jacobins l'appréhendaient, non qu'ils voulussent

réellement une guerre étrangère : il lehr en fallail un simulacre afin de tenir le peuple en hal^ne, de perpétuer les défiances/ dé pouvoir calomnter les intentions du roi ^ chasser les ministres y achèyer la destruction de la noblesse et du clergé ^ sans laquelle ils n'espéraient pas réaliser leurs ambt-^ tieux projets.

Ce fut surtout lorsqneThouret qualifia, dansFàcte constitutionnel , le roi de représentant héréditaire de la nation française y que se soulevèrent avec lé plus de fureur toutes les haines et toutes les passions. Robespierre y Rœdérer, Antenne, accusèrent hautement les constitutictfinels de trahison ; ils prétendirent que la constitution était anéantie. Les Parisiens y étrangers à toute idée législative , à toute connaissance politique y à toute spéculation raison-' née sur Fhomme^ se crurent retombés sous les griffes crochues des anciens lieutenans de police. Le pouvoir exécutif, disaieat-ils , va encore tout envahir, tout opprimer. Il est certain que dans la folle combinaison de deux pouvoirs indépeddans, se balançant Tun par l'autre, il était aisé de reconnaître qu il existerait toujours entre eux une rivalité de puissance. Mais le peuple de Paris était loin de prévoir le sort de cette lutte inégale : c'était le combat d'un géant contre un nain.

En elFet, Tignorance des Français de tout principe politique leur avait fait adopter, sans examen, les bases de gouvernement que leur avaient présentées les révolutionnaires. Toutes les idées qu'on of-

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frit au peuple y dans le premier moment d^m enthousiasme réformateur^ lui parurent justes^ parce que n'en ayant jamais combiné aucune ; et les considérant isoléeS; indépendantes déshérités pratiques auxquelles il faut les appliquer, des conséquences qui en découlent , il n^aperçut point les rapports qu'elles ont l'une à l'autre. Aucun peuple de l'Europe; je le dis ayecTérité, surchargpd'une foule aussi immense de gens de lettres, n'était plongé dans une si^éelle ignorance des faits, des hommes et des choses. Le Français semblait un aveugle à qui Ton vient tout-à-coup d'epleyer la cataracte , et qui , malgré |on ancien état de cécité, frappé confusément des premiers rayons de la lumière , se hâte de juger de tout ce qui s'offre à ses regards (i). Mais les constitutionnels, dont les fautes mêmes avaient formé l'expérience, apercevaient la fragilité de l'édifice qu'ils avaient construit : ils ne craignaient plus Lopins XVI comme roi constitutionnel ; au contraire ils le trouvaient trop faible contre le colosse populaire avec lequel ils l'avaiei^t mis aux prises. La tendance de l'opinion publique à outrepasser la révolution les effrayait sur le sort du monarque et de la monarchie. C'est d'après ces craintes que, voulant donner quelque stabilité à leur constitution , les uns demandé^

(i) Ce que dit ici Tauteur prouve, plus que les meilleurs raisonuemens , la nécessité d'éclairer les peuples , et le danger de les retenir dans l'ignorance.

( Note des nouv, édiu)

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rent qu'elle ne pût être réyîsëe qti'au bout de cent ans , les autres qu'au bout de trente.

Les jacobins profitèrent d'un principe que les constitutionnels avaient eux-mêmes tant de fois iiH Toquë comme fondamental; savoir : que la souveraineté réside essentiellement dans le peuple ; qu'on ne saurait Tempêcher de changer ou de modifier sa constitution lorsqu'il le juge utile à ses intérêts. Us rejetèrent bien loin toutes les limites que l'on voulait apporter à l'exercice d'un droit appartenant essentiellement au peuple : enfin , après de longs et de violens débats , Tronchet proposa de donner au décret la tournure suivante, vraie subtilité d'avocat.

« La nation a le droit de revoir sa constitution y) quand il lui plaît; mais l'Assemblée nationale dé- » clare que son intérêt l'invite à suspendre ce droit » pendant trente ans. » Tout le monde fut content. Les jacobins se promirent d'user du droit reconnu; le plus tôt qu'il serait possible; tandis que les constitutionnels pensèrent que le peuple français, instruit par sa propre expérience, serait assez sage pour ne point abuser d'un principe abstrait et se servir d'un droit presque toujours funeste à ceux qui l'exercent.

L'acte constitutionnel terminé, on en fit une lecture solennelle. Chacun sentit, malgré tous les placages qu'y avaient faits les réviseurs, les nombreuses défectuosités de l'édifice. Les seuls droits de l'homme, si follement posés en principes à la tête

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de là constitution y étaient un ferment perpétuel ^ et toujours actifs de troubles^ d'insurrections, d'anarchie; un alimentpropre à nourrir tontes les ambitions > toutes les cupidités > toutes les résistances ; une arme meurtrière entre les matins des factieux, La forme des élections aux places nommées par le peupfe n'était pas moins vicieuse; et semblait destinée à assurer de mauvais choix; à éloigner les hommes probes, ennemis de l'intrigue, et méprisant une coupable popularité. Les corps administratifs, placés d'une manière indécise entre le roi et le corps législatif, ne sachant auqu'eldes deux ils appartenaient, devenaient un sujet continuel de querelles et de discorde : mais, il faut être juste, il y avait d'excellentes choses dans cette même constitution. Les droits du peuple y étaient solidement établis , l'égalité sociale sagement posée, la liberté des personnes, la propriété des biens, garanties. On voyait que les intentions avaient été bonnes ; et il eût été facile, à l'aide de quelques changemens dans la formation du corps législatif et dans ses rapports avec le monarque, de remédier aux exagérations démocratiques qu'avaient peut-être nécessitées les défiances et le besoin qu'avait l'Assemblée d'une popularité qui seule faisait sa force contre les entreprises des hommes intéressés à renverser son ouvrage. La lecturede l'acte constitutionnel finie, on agita la manière dont il serait présenté au roi. Beaumetz montra la nécessité que la réponse de Louis XYI

fût dictée par une réflexion mûre .et par une vo- II. ' 3i

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lonté libre; que si les ennemis des travaux de TÂs* semblée pquvaient espérer d'introduire dans le sein de la constitution quelque germe destructif^ ce se^ rait en répandant des doutes sur la liberté de l'ac*ceptation du roi ; qu'en faisant Louis XYI lui-même l'arbitre des précautions qu'exigeait sa dignité^'Âssemblée adoptait la mesure la plus propre à rendre la liberté du roi manifeste et indubitable.

« Je ne doute pas , répondit Robespierre^ que » Louis XVI n'accepte avec transport la constitu- »tion. Le pouvoir exécutif assuré tout entier à lui » et à sa race y le droit de rejeter les opérations de >) plusieurs Assemblées nationales consécutives, la Dfacijité de les diriger par l'influence de ses minis- D très admis au sein du corps législatif^ un empire » absolu sur tous les corps administratifs devenus » ses agenSy le pouvoir de régler les intérêts, les rapn ports de la nation avec les nations étrangères; des » armées innomlurables dont il dispose ; le trésor pu* » blic grossi de tous les domaines nationaux remis »en ses mains.... Ce ne sont pas des calomnies, » s'écrie Robespierre avec une fureur concentrée » ( s' apercevant qu'à cette peinture fausse et exagé- » rée des droits du monarque il s'élevait de violens » murmures ) ; c'est la constitution. . . • » Et se tournant vers le peuple des tribunes, il continue : « Qua- » rantemillionsdestinésà son entretienetàsesplai- » sirs personnels; tout m'annonce qu'il n'existe pas, » dans l'état, de pouvoir qui ne s'éclipse devant le » sien ; tout me prouve que nous n'avons * rien né-

D négligé pour rendre la constitution agréable à ses » yeux.

» Quant à la manière dont se doit faire Taccepta- » tion^ je Croîs que c'est à Paris qu'il faut présenter w au roila cyistitution ; que Louis XVI doit s'expli- )) quer dans leplus brefxLélai possible. 3t ne vois au- » cune raison, inêitie spécieuse, qui puisse justifier #) la proposition de le faire partir pour la lui préseâ- >) ter ailleurs. Je ne comprends pas le mot de liberté »ou de contrainte appliqué à cette circonstance. Je » neconçoîs pas commentracceptation de Louis XVI « pourrait être supposée avoir été forcée; car Ij^ préi) sentation àe l'acte constitutionnel peut se tradui- »re en ces mots :.... La nation vous offre le trône ■» le plus puissant de l'univers. Voici le titre qui vous » y appelle; voulez-vous l'accepter ? La réponse ne » saurait être que celle-ci : Je le veuf, ou je ne le » veux pas. Or, qui peut imaginer que Louis XVI )Mi'est pas libre de dire : Je ne veux pas être roi » des Français? Quelle raison ^e supposer que le «peuple fera violence à un homme pour le forcer » d'être roi, ou pour le punir de ne vouloir pas l'êpi tre? Que signifient ces bigarres scrupules sur la li- » berté de l'acceptation d'une couronne? C'est le sa- » lut de la nation que vous devez seul consulter. Or )) nous permet-il dedésirer que Louis XVI s'éloigne » de Pari^ ? Avez-vous des garans plus sûrs de ses D dispositions personnelles, dé celles des honimes » qui rentôiii*ent, qu'aVànt le Tt juin ? Les rassem- »blemens suspects dont vous êtes les témoins, le

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» plan de laisser vos frontières dégarnies^ de désar- » mer les citoyens , de semer partout le trouble et la » division» les menaces de vos ennemis extérieurs, »les manœuvres de vos ennemis intérieurs, leur » coalition avec les faux amis de la constitution , qui » lèvent ouvertement le masque; tout cela vous in- » yite-t-il à rester dans la profonde sécurité où tous »(|)araissez plongés? Voulez-vous tous exposer aux » reproches d'avoir été les auteurs de la ruine de vo- »tre patrie ? Le danger fût-il moins grand, mioins »réeiquil ne le paraît, lanation le craint, c'est as^* M sez. Les adresses qui vous sont envoyées de toutes » les parties de l'empire le prouvent. Il faut nous » prémunir contre les pièges qui peuvent nous être » tendus, contre les intrigués qui peuvent ndusob- »séder«,.. On doit être content des changemens «qu'on a obtenus de nous dans la constitution. Âh! » que l'on nous assure du moins les débris qui nous » restent de nos premiers décrets. Si l'on peut atta- » quer notre constitution, après qu'elle a été reçue » deux fois, que nous reste-t-il à faire que de re- » prendre ou nos fers ou nos armes? Je ne présume »pas qu'il existe dans cette Assemblée un homme » assez lâche pour transiger avec la cour sur aucun N article de notre code constitutionnel ;. assez perfide » pour faire proposer par elle des changemens nou- M veaux, que la pudeur ne lui permettrait pas de pro- » poser lui-même; assez ennemi de la patrie pour » chercher à discréditer la constitution, parce qu'el- » le mettrait quelques bornes à son ambition et à sa

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» cupidité; assez impudent pour avouer, aux yeux » de la nation, qu'il ne cherche,,dans la révolu- » tîon qu'un moyen de» s'agrandir et de s'élever. » Car je veux regarder certains écrits, certains » discours, qui pourraient présenter ce sens, coin'«- » me l'explosion passagère d'un dépit déjà éjtpié » par le repentir : mais du* moins nous ne serons^ » ni assez stupides^ ni assez indifférens à la ckbise » publique , pour consentir à être le jouet éHâttiëi n de l'intrigue, qui travaille à rénveriser les dîf- » féren tes parties de notre ouvrage, au gré de quel^ » ques ambitieux, jusqu'à ce qu'ils nous aient dit : n Le voilà tel qu'il nous convient/ Messieurs Vncms » avons été envoyés pourdéfeirare les dédits dii la » nation , et non pour élever la fortune de quel- »ques particuliers; pour renverser la cïetriièré >) digue de la révolution , eV lion pour favoriser la >) conduite des intrigans avec la cour, et leur » assurer nous-mêmes le prix de leur trahison. Je » demande que chacun de noâis }ure qu'il ne com- » posera jamais aved le pouvoir exécutif sur au- » cun article de la constitution ; que quiconque » oserait le proposer soit déclaré traître à la pâ^ » trie. »

Ce discours, qui démasquait les constitutiomiel&, fut couvert des acclamations et dés a pplaudisseniefds des orléanistes, des jacobins et du peupte^ui l'emplissait les tribunes. Rœderer chercha encore à augmenter les alarmes en parlant du mauvais état des places frontières, de la disette des munitions ;

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